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 [Recit] Ambre à gogos

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vifesprit
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MessageSujet: [Recit] Ambre à gogos   Mer 24 Sep 2008, 19:25

Partie I: La cité

Chapitre I: le grand projet

Je m'habillais en hâte. L'aurore avaient du mal à percer le feuillages touffus des géants arbres pétrifiés de la forêt d'Echovald, cependant la suffisante luminosité bleu-vert du matin kurzick m'indiquait que je n'étais pas en avance pour la réunion de ce matin.
Je voulu me rincer le visage au robinet donnant dans ma chambre. Malheureusement, seul un petit filet d'eau arriva jusqu'à moi. Cela arrivait souvent depuis quelque temps; certains accusaient les saboteurs, les "Pacifistes". On avait beau organiser des commandos loyalistes dans le Service des Eaux et Forêts, cela n'avait guère donné de résultats jusqu'à maintenant.
J'allais être sans doute encore en retard. Ce qui ne me concilierait certainement pas les bonnes grâces du grand conseil.

Je filais donc, traversant les longs couloirs intérieurs de l'arbre-immeuble dans lequel j'habitais au douzième étage. J'avais deux possibilités: soit je prenais la solution de sécurité, c'est à dire l'escalier taillé à intérieur du tronc pétrifié, soit je tentais de gagner du temps en attrapant une des nacelles ascenseurs descendant depuis les branches. J'optais pour la deuxième solution et me précipitais vers une des sorties.
En sortant, j'aperçus que la nacelle était au niveau de ma branche. Concentré sur mon objectif, je prêtai pas attention à la mousse qui recouvrait la branche. Mon pied glissa, mais avec un peu d'habileté et beaucoup de chance, je me rattrapai à la balustrade, m'évitant une chute de trente mètres qui, à coup sûr, m'aurait été mortelle.
Je sautais dans la nacelle qui déjà quittait mon niveau. Comme je m'y attendais, la nacelle était vide à cette heure, seuls les fous, les inconscients ou les retardataires chroniques s'aventurent à l'aube sur les branches glissantes des arbres-immeubles. Mais en descendant, la clepsydre du sixième niveau visible depuis ma nacelle m'indiquait que j'avais rattrapé mon retard.

Retard que je repris aussitôt en faisant un détour par le concierge de l'arbre-immeuble pour voir si Sandra m'avait laissé un message, ce qui n'était pas le cas.
Par bonheur, le comte Petrov Zu Heltzer était aussi en retard. Quand il arriva en s'excusant courtoisement de son retard, j'étais assis à ma place au bout de la table, pas trop nerveux et aussi sûr de moi que peut l'être un des chefs de section de la maison Zu Heltzer.
"Bonjour mesdames, bonjour messieurs", commença le comte. Et nous répondîmes tous les onze par un vague murmure. Au lieu de s'asseoir, il nous considéra d'un air paternel pendant une bonne minute.
"Je suis fier", dit-il, "oui fier d'appartenir à la grande et prestigieuse maison Zu Heltzer. Notre cité est la plus grande des cités de notre nation et pour beaucoup elle fait même office de capitale. L'honneur et la puissance de notre maison sont reconnus tant dans nos territoires que dans l'Empire. Mais tout cela, tient du prestige de notre passé", fit le comte, "je vais vous poser une question. Vous pouvez me répondre sincèrement: est-ce que nous ne nous endormons pas sur nos lauriers?"

Comme à son habitude, Danika, pur produit Zu Heltzer, chargée de l'éducation fut la première à répondre. "En ce qui concerne ma section, je réponds non. Écoutez plutôt le rapport d'aujourd'hui. D'après les chiffres recueillis, les bacheliers sortant de nos prestigieuses écoles de duellistes remportent trente sept pour cent de duels en plus que toutes les autres maisons réunis. Ce chiffre est de quarante-deux pour cent dans le cas des duels mortels. De plus nous constatons une augmentation de onze pour cent de nos nouvelles recrues, faisant de notre maison la première force de frappe de notre nation."
Elle s'assit sous les applaudissements, Petrov fit chorus et nous regarda en souriant. Je me penchais arborant l'expression numéro un: zèle, intelligence, compétence. Mais j'avais tort de m'inquiéter. Le comte désigna le type maigre assis auprès de Danika, Radik.
"Je n'ai pas besoin de vous dire, commença Radik, que la section Armement & Sanctuaire a ses problèmes, elle aussi. C'est à croire que le Conseil des Nobles est entièrement noyauté par les "Pacifistes". Vous savez ce qu'ils ont fait? Ils ont interdit l'emploi des couteaux dans les duels intra-muros si la lame dépasse la main. Mais nous avons riposté en produisant de grands hautbois qui utilisés d'une certaine manière, permettent à une lame respectant scrupuleusement la taille réglementaire de jaillir de l'embouchure. Ce nouvel article se vend comme des petits pains et nous devrions bientôt être obliger de bâtir un nouveau sanctuaire de résurrections à l'est de la cité. Cela permettra à la taxe sur la résurrection de faire un bénéfice net de douze pourcent sur le prochain exercice. "
Le comte buvait du petit lait et j'affichais de nouveau l'expression numéro un. Je me trouvais après Radik et me préparais à sortir une phrase d'introduction bien tournée quand Petrov déclara avec un sourire bienveillant : "je ne vais pas demander à chaque section de faire son rapport. Nous n'avons pas le temps. Vous m'avez répondu. Et la réponse est de celles que j'aime. Jusqu'à maintenant vous avez su vous adapter à chaque situation nouvelle. Eh bien! C'est le moment de persévérer dans cette voie."

Il étala des plans devant nous sur la table. Parmi les feuillets étalés devant nous, je remarquais une esquisse que j'avais déjà vu. Il s'agissait de la nouvelle arme conçue par le maitre Architecte Gunther en vue d'éliminer la grande armada luxons, les ennemis héréditaires des Kurzick. Partout dans la ville j'avais vu des affiches représentant cette arme terminée et invitant les citoyens kurzicks à participer à son achèvement.
Le comte Petrov déclara : " Vous connaissez l'expression : le monde nous appartient. Eh ben! C'est vrai, ce n'est pas un vain mot en ce qui nous concerne, fit-il en ajustant le ceinturon de son épée, Nous avons conquis le cœur de la nation Kurzick, nous réclamons de nouveaux territoires à conquérir. Et là, reprit-il en désignant la table, là, vous avez le premier pas qui nous mènera vers le premier de ces mondes neufs."
Vous l'aurez peut-être compris, je n'ai jamais aimé Danika Zu Heltzer. C'est une gosse de riche que je soupçonne d'espionner tout le monde, même ses collègues. Elle avait dû surprendre depuis longtemps des conversations à propos de ce projet, car tandis que nous étions tous en train de digérer ce que le comte venait de dire, elle se leva d'un bond : "Mes amis, dit-elle avec feu, je veux saluer l'œuvre d'un authentique génie militaire. Ce n'est plus seulement des duels entre maisons, cette fois. Pas une simple escarmouche avec l'ennemie. Mais tout un territoire à conquérir. Je salue en vous, comte Petrov, le Viktor d'un monde nouveau ! "

Danika fut la première, puis chacun de nous se leva tour à tour pour dire à peu près la même chose. Moi compris. C'était facile, je le faisais depuis quelques années déjà. Sandra n'avait jamais compris, et j'avais essayé de lui expliquer en plaisantant que c'était un rite religieux : comme un bouteille de bière des nains qu'on fracasse sur l'étrave d'un navire ou le sacrifice d'une vierge au dieu de la mort.
En écoutant le comte, en nous hypnotisant nous-même comme nous le faisions, nous étions tous au fond capables de n'importe quoi pour servir la maison Zu Heltzer. Je n'entends pas par là que nous étions des criminels. Après tout, les nouveaux hautbois pouvaient servir également à ne faire que de la musique.
Quand nous eûmes tous fini, le comte repris la parole et nous parla des difficultés qu'il avait rencontrées auprès du groupe Brauer et de la facilité avec laquelle il avait triomphé des réticences de la famille Durheim. Les membres de la maison Vasburg, la deuxième plus importante, n'étaient pas contre le projet, que l'on appelait maintenant, le projet Trembleforêt, d'autant plus qu'ils en étaient les initiateurs. Ils voulaient logiquement en être les maitres d'œuvres. Cependant, une fausse manifestation "Pacifiste" contre la maison Zu Heltzer, avait assuré au comte l'appui du rédempteur Kurchek qui avait lors du conseil des nobles remis le projet dans les mains du comte.

"Voilà, conclut Petrov, ce qui va être notre nouvelle campagne. Et elle commence aujourd'hui, immédiatement. Je n'ai plus qu'un renseignement à vous fournir et nous pourront tous aller nous mettre au travail."
Le comte, comme tous les aristocrates kurzicks a le sens des effets. Il prit son temps pour trouver dans les dossiers un parchemin et pour lire une phrase que le plus incapable kurzick de la maison aurait pu pondre sans réfléchir. "Le chef de section chargé du projet Trembleforêt, lut-il, sera Tim Vifesprit."
Et ce fut vraiment une surprise parce que Tim Vifesprit, c'est moi.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Jeu 25 Sep 2008, 19:38

Chapitre II: Sandra

Contrairement à ce que beaucoup pensent au sujet du grand conseil Zu Heltzer, ce dernier n'est pas constitué uniquement de membres de la famille. Certes sept membres le sont effectivement, trois autres le sont peut-être mais alors à un degré très éloigné. Reste le onzième membre, moi, qui n'ont seulement n'est pas un Zu Heltzer, mais n'est même pas Kurzick. Je suis originaire d'une province maritime au sud-ouest de l'Empire Canthien. Officieusement, je représente l'alliance de non-agression entre l'Empire et les terres kurzicks, officiellement je suis un aventurier dont la bravoure et la loyauté envers les intérêts kurzicks m'avaient permis de gravir les échelons jusqu'au grand conseil de la maison. Mais jamais je n'avais pensé devenir le chef d'un projet aussi important.

Je m'attardai quelques minutes avec le comte Petrov tandis que les autres regagnaient leurs bureaux. De l'extérieur les châteaux kurzicks ressemblent à des cathédrales gothiques en pierre, nichées en haut des arbres de la Grande Forêt Pétrifiée. Cependant, comme les arbres-immeubles de la cité, le château Zu Heltzer, tel un iceberg, possèdent de nombreuses salles et bureaux creusés à l'intérieur même du tronc gigantesque. Seuls les bureaux des membres les plus prestigieux, ainsi que la salle du grand conseil se trouvent au sommet de l'arbre. Aussi il me fallut ensuite quelques minutes pour atteindre mon bureau à l'intérieur de l'arbre à la basse de la construction de pierre. Quand j'arrivai, Ester, ma secrétaire, était occupée à mettre de l'ordre sur mon bureau.
"Félicitations, mon seigneur, dit-elle, Vous allez vous installer à l'intérieur du château, maintenant. C'est merveilleux, vous ne trouvez pas ? Et je vais avoir un bureau pour moi toute seule."
Je la remerciai. Pour les Kurzicks, trois choses méritent les honneurs: les dieux, la musique et les duels. La production d'ambre est très très peu honorifique, bien que vitale pour l'économie de la nation et des échanges avec l'Empire Canthien. Aussi, il n'est pas étonnant qu'un non-kurzick comme moi ait pu obtenir le commandement de la section Production des Mines d'Ambre ou PMA.

La première chose à faire, c'était de rassembler mes collaborateurs et de transmettre la direction de la section Production des mines d'ambre à mon successeur. Mais la première chose que je fit, fut de faire venir un coursier auquel je remis un parchemin et qui repartit aussi vite qu'il était venu. Mon bureau à nouveau vide, je fis venir le personnel de ma section.
Ils exprimèrent, comme il se devait, le regret de me voir partir et, comme il se devait aussi, le plaisir de voir tout le monde avancer d'un cran.

Après cela, il était l'heure de déjeuner; je remis donc à l'après-midi le problème TrembleForêt. Je quittai le château, je déjeunai rapidement à une échoppe en bas de la rue et pris le chemin du cœur de la cité. Il pleuvait un peu et l'air, d'habitude rempli de spores de champignons de pierre en cette saison, en était comme purifié. Une jeune choriste vêtue de noir leva les yeux quand j'entrai dans l'auditorium.

"Je m'appelle Canthe, dis-je. Silver Canthe. J'ai rendez-vous.
_ Parfaitement, seigneur Canthe, répondit-elle. C'est pour le cœur... dans votre message, vous avez dit que c'était urgent.
_ En effet...
_Je vous en prie, me dit-elle en me désignant le fauteuil. La duchesse Durheim vas vous recevoir dans un instant."
L'instant dura dix minutes avant que la choriste que je soupçonnais être un garde du corps me dit :
"Si vous voulez passer dans le boudoir de la duchesse ?"

J'entrai. Sandra, impeccable et très belle dans sa robe de duchesse, était en train de ranger son violon. Elle se retourna en disant : "Oh, Tim !" d'un ton exaspéré.
"Je n'ai menti que sur un point, dit-je. Je n'ai pas donné mon vrai nom. Mais c'est un cas urgent. Et une affaire de cœur."
L'ombre d'un sourire passa sur son visage, mais sans s'y dessiner franchement.
"La musique n'a rien à y voir, dit-elle.
_ Mais je n'ai rien dit de tel à ta garde à l'entrée. Elle m'a dit d'entrer quand même.
_Je tirerai cela au clair avec elle. Tu sais bien , Tim, que je ne peux pas te voir pendant les préparatifs des spectacles. Je t'en prie..."
Je m'assis sur le canapé.
" Tu ne veux jamais me voir, Sandra, à aucun moment. Qu'est-ce que je t'ai fait ?
_ Tu ne m'as rien fait. Je t'en prie, Tim, va-t'en. J'ai du travail.
_ Pas avant que tu ne m'aies dit quand je te reverrai.
_ Je..je n'ai pas le temps de te voir, Tim. Je ne suis pas ta femme. Tu n'as aucun droit de me harceler comme tu le fais. J'aurais pu te faire rappeler à l'ordre ou arrêter.
_ Il y avait quelque chose que je voulais te dire."
On pouvait toujours prendre Sandra par la curiosité.
Un long silence. Puis au lieu de répéter: "Je t'en prie, va-t'en", elle dit : "Ah? Et quoi donc ?
_ C'est quelque chose d'important. Ça s'arrose. Et je ne suis pas homme à dédaigner cette occasion de te revoir ne serait-ce qu'un instant ce soir. Voyons Sandra... Je t'aime tant, et je te promets de ne pas faire de scène.
_...Non."
Mais elle avait hésité.
"S'il te plait, insistai-je.
_Eh bien...Entendu, me dit-elle. Passe me prendre à sept heure. Et maintenant laisse-moi, j'ai du travail."
Elle ne me regarda même pas partir.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Sam 27 Sep 2008, 10:39

Chapitre III: Jack Brauer

Je retournais au château, mais je n'eus que quelques minutes pour inspecter mon nouveau bureau que le comte me convoquai à nouveau. Après son classique monologue ventant ces mérites et ses attentes envers le projet, Petrov orienta la discution sur le baron Mirek Vasburg.

"C'est un homme que vous devez avoir à l'œil, Tim.
_ Pourquoi ? Je veux dire : pourquoi lui plutôt qu'un autre ?
_ Parce que, gloussa le comte, parce que je, afin, nous lui avons soufflé son bébé, le projet Trembleforêt.
_ Est-ce que le baron va...exercer des représailles ?
_ Oh! Évidemment, il va essayer de rattraper l'affaire, acquieça Petrov.
_ Ce n'est pas ce que je veux dire. Vous vous souvenez de ce qui s'est passé avec l'Exploitation des chutes du deuil.
_ J'y étais. Cent quarante blessés de notre côté. Mais les dieux savent quelles pertes ils ont essuyées.
_ Et il ne s'agissait que d'un petit territoire kurzick, que va-t-il faire pour la moitié du continent que représentent les territoires luxons ?
_ Non, Tim, m'expliqua Petrov. Il n'oserait pas. Une guerre ouverte, ça revient cher. D'ailleurs, nous ne lui donnons pas de motifs que le conseil des nobles accepterait comme valables pour une vendetta. Et, tertio...il courrait au désastre. Croyez-moi."

Le comte poursuivit : "Il y a une chose à laquelle vous devez prendre garde: méfiez-vous des excités. C'est le genre de projet qui les fait toujours sortir de leurs gonds. Toutes les organisations de timbrés vont prendre parti pour cette affaire. Arrangez-vous pour qu'il soient de votre bord: ils ont de l'influence.
_ Même les « Pacifistes » ? fis-je.
_ Non, certes. Ce n'est pas ce que je voulais dire: eux seraient plus dangereux qu'autre chose."

Les « Pacifistes » étaient un groupe promouvant la paix et la tolérance entre les peuples kurzick et luxon au moyen d'actions terroristes. Les grandes maisons kurzicks les rejettaient pour leur manque de respect envers les traditions et le code de l'honneur. Pour l'Empire Canthien, il était préférable que les deux nations restent en guerre, évitant ainsi qu'elles ne veuillent l'envahir. Etant à la fois membre de la maison Zu Heltzer et agent canthien, j'avais deux bonnes raisons de ne pas les apprécier.

Je passai encore une vingtaine de minutes à écouter les propos du comte. Les consignes étaient claires. Il me fallait trouvé un moyen de motiver les troupes à exécuter le projet Trembleforêt. Malheureusement, les kurzicks avaient tendance à vouloir rester sous leurs arbres à écouter de la musique pendant leurs duels d'honneurs, plutôt que de jouer les conquérants.

Je regardai la clepsydre. Près de quatre heure; j'avais rendez-vous avec Sandra à sept heures. J'avais tout juste le temps. Le comte m'avait donné un nom : Jack Brauer le kurzick qui avait pu vivre au milieu des luxons et en revenir vivant, ainsi que l'endroit où je pourrai le trouver: la taverne du Luth Enchanté.

Je quittai donc le château. Il y avait une certaine bousculade sur la voie principale. Des gardes avaient mis en place un barrage et leur lieutenant demandait à chaque passant ses papier.
Quand mon tour arriva, je m'enquis de ce qui ce passait. L'officier regarda d'un air songeur la partition gravée sur mon bras, et me salua : "Je suis navré de vous importuner, seigneur Vifesprit, me dit-il. C'est à cause de l'attentat pacifiste au sud de la cité.
_ De quel attentat pacifiste voulez-vous parlez ?
_ Le service exploitation de chez Lukas – par contrat, nous assurons la protection de leurs armureries, vous savez – inaugurait une nouvelle mine de charbon. Ils avaient organisé une gentille cérémonie et puis, au moment du premier coup de pelle, quelqu'un dans la foule a lancé une bombe qui a tué l'ouvrier, un assistant et un soldat. L'homme a disparu dans la cohue mais nous avons son signalement. Nous finirons par l'arrêter un de ces jours.
_ Bonne chance, lieutenant ", dis-je? Je me dirigeai en hâte vers la taverne. Brauer m'attendait prés de la fenêtre, visiblement agacé, mais il accueillit en souriant mes excuses.
" Vous n'y êtes pour rien", dit-il. Il pivota dans son fauteuil et héla un garçon. Quand on nous eut servi nos commandes, il se carra dans son siège et dit : "Alors ?"

Je me lançai. "Qu'est-ce qu'il y a chez les Luxons ? Demandai-je.
_ Du jade, une mer de jade à perte de vue et un soleil de plomb s'empressa-t-il de répondre. Vous n'avez pas lu mon rapport ?
_ Si, bien sûr. Mais je voudrais en savoir plus long.
_ Tout est dans le rapport. Par les dieux, à mon retour, on m'a gardé trois jours entiers, pour m'interroger. Si j'avais omis quelque chose à ce moment-là, c'est sans espoir.
_ Ce n'est pas ce que je veux dire, Jack, fis-je. Qui donc a envie de passer sa vie à lire des rapports? J'ai quinze hommes à la section Archives qui n'ont rien d'autre à faire que de digérer à ma place des rapports. Je veux savoir quelle impression on éprouve là-bas. Il n'y a qu'un seul Kurzick qui puisse me fournir ces renseignements et c'est vous, puisque vous êtes le seul qui y soit revenu vivant.
_ Et croyez bien que parfois je le regrette, assura Brauer. Bon, alors par où est-ce que je commence? Vous savez comment on m'a choisi : suite à un accident dans une fonderie, j'ai été entièrement brulé. Pas suffisamment pour me tuer, mais suffisamment pour cramer ma peau au point quelle ne se régénère quasiment plus. La section Renseignement a considéré que cela donnait l'impression que j'étais resté trop longtemps au soleil, bref que cela me donnait un air luxon.
_ Je sais tout cela. Écoutez, Jack. Si vous vouliez persuader un tas de Kurzicks de s'installer en territoires luxons, que leur diriez-vous ?
_ Je leur dirais mensonges sur mensonges et d'emmener une bonne crème solaire, fit-il en éclatant de rire. Voyons, commençons par le commencement, voulez-vous? De quoi s'agit-il ?"

Je lui expliquai les projets de la maison Zu Heltzer. Quand j'eus terminé, je ne savais toujours pas s'il était de mon bord ou non. "Je voudrais bien pouvoir vous aider", dit-il enfin. Il me raconta tout, comment il avait trouvé un travail dans les fonderies, son terrible accident, sa convalescence, sa honte, l'expédition qui devait racheter son honneur. Il me raconta les paysages magnifiques mais totalement contraire à ce que les Kurzicks se faisaient d'un paysage magnifique.
"Vous m'aidez énormément, Jack, dis-je. Mais il me faut davantage encore de renseignements. Et maintenant il faut que je m'en aille. Écoutez, est-ce que vous ne pouvez pas venir au château travailler avec moi ? Nos dessinateurs ont besoin de vous pour ce que nous voulons faire. Hein, qu'en dites-vous ?"
Jack se renversa dans son fauteuil et finit par accepter. "Je vais vous accompagner jusqu'à la grande voie", proposa -t-il. La nuit tombe vite sous les arbres de la forêt pétrifiée et les nombreuses consommations que j'avais prises à la taverne, n'aidaient pas à améliorer ma vision. "Il descend bien vite cette ascenseur extérieur, grommela Jack en contemplant l'arbre-immeuble que nous longions. Ils vont péter les freins ces abrutis s'ils...Attention ! Venez ! "
Il se mit soudain à crier, tout en me poussant de toutes ses forces. Je le regardai avec stupéfaction; je n'y comprenais rien. Il fonça sur moi et me fit trébucher de quelques pas.
"Qu'est-ce qui vous prend...?", commençai-je, mais je n'entendis même pas mes propres paroles. Elles furent noyées par un épouvantable fracas : la nacelle de l'ascenseur venait de s'écraser là où je me trouvais quelques instants plutôt.

Le bruit attira les gardes qui inspectèrent les décombres et leur première conclusion fût que les cordes soutenant la nacelle étaient trop usées et qu'il s'agissait d'un accident pour négligence. Les gardes me demandèrent si je voulais signifier le propriétaire de l'arbre-immeuble en duel pour « négligence et non entretien pouvant entrainer une mort indigne ». Je remerciai l'officier, mais j'avais d'autres chats à fouetter que de m'occuper d'un petit propriétaire d'arbre-immeuble même pas capable d'entretenir son unique nacelle extérieure. De toute façon, le pauvre allait bientôt avoir une longue liste de duels en provenance des locataires dont la disparition de l'ascenseur allait causer beaucoup d'embarras.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Mer 01 Oct 2008, 19:04

Chapitre IV: avoir une oreille attentive

"Tu es en retard...Comme d'habitude, souffla Sandra en m'accueillant.
_ Mais j'ai une excuse, rétorquais-je.
_ Oui, comme d'habitude... Et c'est quoi cette fois ? ", demanda-t-elle.
_ Je suis en retard parce que j'ai failli me faire tuer. Suis-je pardonner ?"

Je lui expliquais ma malencontreuse aventure avec la nacelle.
"Mais tu aurais pu te faire tuer !", cria Sandra. Son désarroi me toucha beaucoup. Tous ses sentiments envers moi n'étaient pas totalement éteints finalement. Bien que je goutais de la voir ainsi inquiète pour moi, je la rassurais :
"Je n'étais pas seul. Même si la nacelle m'avait percuté, on m'aurait ramené à un autel de résurrection, j'ai encore les moyens de me payer une nouvelle vie. Allez! Ne gâchons pas cette soirée avec des si. Sortons! Un nouveau restaurant vient d'ouvrir sur la grande voie, tu es prête ?"
Sandra retrouva rapidement un visage impassible, comme coupable de m'avoir laissé entrevoir ses sentiments pour moi. "Je te suis", dit-elle d'une voix froide.

Bien que la carte du restaurant fût en dessous de mes espérances _ comment ose-t-on proposer de l'autruche commune en la faisant passer pour de la chair du rare moa noir _ la soirée fut agréable, surtout quand j'annonçais à Sandra la grande nouvelle: le projet Trembleforêt et ma promotion.
"Merci pour cette excellente soirée, me dit Sandra tandis que je la raccompagnais à l'auditorium.
_ Tu es sûre que tu dois encore travailler sur ton morceau, ce soir ? J'ai un excellent cru en provenance de la vallée du régent qui conclurait admirablement bien cette charmante soirée.
_ Je me doutais que tu dirais quelque chose comme ça. Et je m'apprêtais à te répondre que je savais où tu voulais en venir et que c'était toujours non.
_ Je sais", fis-je d'un ton lugubre.
Elle eut comme un sanglot.
"Sandra, demandais-je, tu ne m'aimes donc plus ?"
Elle garda longtemps le silence. Puis elle éclata de rire et dit seulement : "Voici l'auditorium, Tim. Il est minuit." J'accompagnais Sandra jusqu'à la porte. Elle refusa de m'embrasser et ne voulut pas d'avantage me fixer un second rendez-vous. J'attendis une vingtaine de minutes pour être sûr que c'était bien là qu'elle passait la nuit, puis je repris le chemin de mon appartement.

Le lendemain matin, j'étais de mauvaise humeur et je passais la matinée à m'engueuler avec Danika au sujet de l'école de duellistes qui devra se charger de la surveillance du chantier. Je militais pour une petite école, dont l'importance de la tâche motiverait ces troupes, contrairement à Danika qui supportait une des plus prestigieuses où tous les jeunes de bonnes famille et bouffis d'orgueil plus alaise avec une choppe de bière qu'avec une rapière. Il fallu l'intervention du Comte Petrov _en ma faveur_ pour mettre un termine à cette vive discussion.

Ester avait fait des prodiges avec mon agenda et je réussis à déblayer le terrain avec les autres chefs de sections le reste de la journée. Mais elle ne pouvait pas lire les rapports à ma place et à l'heure de la fermeture, j'avais encore une pile de parchemins devant moi. Ester m'apporta du café et un sandwich à la crème de mante bâtisseuse avant de rentrer chez elle.

Il était onze heure à la grande clepsydre du château quand j'eus terminé et la cité était déjà assoupie. Je remontais dans mon arbre-immeuble par la nacelle extérieure. Sur la branche du douzième niveau, je marchais vers l'arcade marquant l'entrée du tronc en prenant garde à la mousse.
"Décidément, il faudrait que le proprio fasse quelque chose, c'est de plus en plus casse-gueule ici" dis-je à voix haute.
Curieusement, une mélodie me répondit. Surement un piètre musicien, car il jouait la marche funèbre kurzick un ton trop haut. D'ailleurs c'est pour cette raison que Radik avait choisi cet air comme combinaison pour ces hautbois mortels.
"Et merde...", soufflais-je en me baissant précipitamment pour éviter l'instrument fatal qui jaillit d'un nuage noir. Je profitais de l'instant, nécessaire à mon assassin pour sortir du plan des ombres et m'attaquer à nouveau, pour entrer en communion avec la déesse de la nature Melandru.

L'essence de la déesse se déversa en moi, mon esprit entra en résonance avec la nature autour de moi, je distinguais tout ce qui se passait autour de moi, comme ralenti. Cela me permit de distinguer mon agresseur prêt à effectuer une nouvelle charge mortelle. L'idiot, il ne savait donc pas que la plus grande caractéristique des rôdeurs, c'est l'esquive.

Il me manqua à nouveau, mais pas si bête que ça, il avait prévu le coup et tenta de me faucher les jambes au passage. Son plan aurait pu marcher, s'il n'avait pas glissé sur une mousse de jade et emporté par son élan, il tomba de la branche.
J'eus la stupidité de regarder par dessus la rambarde. J'aurais fait une magnifique cible pour un tireur embusqué. En parlant, d'embusqué, je vis que mon assassin avait un complice en bas de l'arbre. D'ailleurs au lieu de s'écraser comme je m'y attendais, ce dernier dut utiliser un sort de rappel, car au milieu de sa chute, il se téléporta à côté de son complice, puis ils disparurent dans la nuit.
Ce genre d'assassin était monnaie courante sur notre continent, mon agresseur devait surement en avoir après mon argent, cela arrive tous les jours. Par contre Radik sera content d'apprendre que son invention à pénétrer le milieu de la pègre. C'est l'esprit sur cette pensée que je pénétrais dans le tronc de mon arbre-immeuble.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Sam 04 Oct 2008, 16:47

Chapitre V: un après-midi tranquille

Le reste de la semaine se passa sans encombre. C'était "boulot, boulot, dodo". Le projet TrembleForêt avançait bien, les rapports envoyés par le directeur de l'école du duellistes que j'avais réussi à imposer étaient très encourageants, tout se passait comme prévu. Jack Brauer nous aidait bien, dés que l'on pouvait l'écarter des groupes de secrétaires et d'apprenties qui papillonnaient autour de lui. L'exotisme d'un kurzick bronzé excitait ces dames. Si quand il s'agissait du personnel du château, cela me laissait indifférent, le fait que Sandra préparait une composition pour fêter le « héros » et que la réalisation demandait que Jack soit présent à l'auditorium, ne me plaisait pas, mais pas du tout. D'autant plus que la tonne de rapports qui s'amoncelait sur mon bureau, ne me laissait guère le temps de faire des visites surprises à Sandra. Cependant, le boulot avant tout, plus vite ce sera fini, plus vite j'aurais du temps pour Sandra. De ce point de vue, nous étions tous très optimistes, la date de mise en chantier approchait à grand pas.

J'avais réussi à me débarrasser de la paperasse, Ester avait encore fait des merveilles et je me retrouvais avec un après-midi de libre. Je décidais d'aller visiter ma petite école de duellistes. Les élèves devront servir de gardiens du chantier, ils avaient intérêt à être prêts. Avoir les rapports c'est bien, mais constater de visu la progression de ces jeunes gens me rassurerait sur la poursuite du projet.

Je quittais donc le château, remontais tranquillement la grande voie. Je constatais que la section Communication avait déjà commencé son travail d'informations en affichant de partout des affiches représentants des paysages Luxons avec des colons Kurzicks. Bien sur, ces paysages et les sourires figés des colons étaient aussi vrai que des phacochères volants, mais l'essentiel était de donner le goût de l'aventure aux habitants, pas de leur dire la vérité.

Je pris à droite dans la petite ruelle qui montait vers un immense arbre de pierre. Arrivé au pied de ce magnifique végétal pétrifié, je fis une petite pause. Je m'attendais à entendre déjà les bruits des armes d'entrainement en provenance de la bâtisse qui se trouvait à quelques mètres en contre-bas, mais rien, à part le bruit étouffé de la forêt.

Inquiet, je dévalais la pente pour trouver la porte de l'école ouverte à tout vent. A l'intérieure, la cour était vide. La poussière, les spores de champignons de pierre, des feuilles mortes jonchaient le sol. Le ménage n'avait pas été fait depuis des jours. Où étaient la centaine d'élèves, dont ce matin encore je lisais le rapport de progression ?

L'absence de ménage et mes sens de rôdeur affuté m'ont permis de trouver, cacher au fin fond du bâtiment principal, assis derrière son bureau, caché sous un monticule de bouteille, en train de ronfler bruyamment, le directeur de l'établissement.

Je le secouais vigoureusement : "Eh! Soldat! Debout! Au rapport ! " L'éducation militaire du pauvre homme pris le dessus et c'est au garde à vous mais encore ensommeillé qu'il me répondit :
"Désolé, mon seigneur. A vos ordres, mon seigneur !
_ Où sont mes hommes, où sont les soldats que vous deviez formé ?
_ Mais...Mais.. Mon seigneur...J'ai obéis aux ordres. N'avez-vous pas reçu mes rapports ?
_ Des rapports bidons !
_Ou... Oui, mon seigneur, com... comme j'en avais reçu l'ordre. On m'a dit que c'était pour détourner les recherches des espions luxons. Mais je n'en ai vu aucun tourné autour de l'école depuis que le dernier élève a été muté.
_Ordre ? Espions ? Mutés ? Qui vous a donné cet ordre ?
_ Mais... Dame Danika, bien sûr, elle a dit qu'elle vous en parlerait et que j'aurai une promotion pour service rendu."

Satanée Danika, voilà pourquoi elle m'évitait depuis plusieurs jours. Jamais je pourrais l'accuser de m'avoir menti puisqu'elle ne m'avait rien dit. Maline la garce, me voilà bloqué sans gardiens pour le projet. Je vais être obligé de la supplier de m'accorder les hommes de son choix et elle va surement faire en sorte que cela se sache. "Pour la promotion, vous pouvez oublié," dis-je en quittant précipitamment le bâtiment.

Fou de rage, je me précipitais au château, prêt à en découdre avec Danika. Sa secrétaire s'attendait visiblement à ma visite, car dés que j'entrai dans le bureau de la section Education, elle se précipita vers moi pour m'apprendre que Dame Danika venait de partir pour un campagne de chasse au moa noir dans le vallon de la Fougère. Si elle pensait qu'elle allait m'échapper avec en s'enfonçant dans la nature hostile, c'était mal connaître mes compétences de pisteurs.

Je quittais à nouveau le château. Je passais rapidement dans mon appartement pour récupérer mon équipement et mes armes nécessaires à ma survie en dehors de la cité. Pour un après-midi tranquille, c'était raté. Les gardes en poste à l'entrée de la ville m'indiquèrent la direction prise par la troupe de Dame Danika et je m'enfonçais dans la forêt.

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Dernière édition par vifesprit le Dim 03 Mai 2009, 19:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Mer 08 Oct 2008, 22:01

Chapitre VI: le chasseur et la proie

Passé les deux ou trois premières fougères, la cité avait disparue derrière l'épais feuillage de la nature environnante. Je marchais dans une solitude presque irréelle, mais nullement désagréable. Était-ce cela que ressentait Jack Brauer ? Était-ce pour cela qu'il cherchait toujours ces mots pour décrire les territoires luxons et qu'il n'était jamais content de ceux qu'il trouvait ? Était-ce ce sentiment étrange d'être dans un lieu qui vous est totalement hostile et pourtant s'y sentir bien?

Il est évident que je me sens mieux dans les espaces sauvages qu'enfermé dans un bureau, cependant la Grande Forêt Pétrifiée est issue d'une terrible malédiction qui rend l'endroit guère accueillant.
Déjà en plein jour, sous le couvert des arbres, on ne distingue pas toujours toutes les choses rampantes et volantes qui circulent entre vos jambes. Aussi, quand mes sens m'avertirent de la tombée de la nuit, je me mis en quête d'un abris. Un abris sûr et inoccupé, de préférence.

Les brumes du soir commençaient à monter du sol et j'avais de plus en plus de mal à avancer comme engluer dans une mare de mélasse. Il me fallait me dépêcher, la nuit, des animaux étranges sortent chasser et je ne tenais pas à être la proie. Je m'écartais donc de la piste suivie par Danika. Je trouvais rapidement un bel arbre dont la souche accueillait une cavité aussi haute qu'un homme.
Pressé, mais écoutant mon instinct, je contournais la grotte pour grimper dans les branches de l'arbre. Là, je nouais ma cape pour m'en faire un hamac afin d'y passer la nuit.

Soudain, un feulement terrible retentit. En dessous de moi, à quelques mètres plus à gauche, je distinguais la silhouette d'un grand tigre blanc qui sortait des fourrées. Ce petit sacripant humait l'air avec insistance, cela devait faire un moment qu'il était sur ma piste. Avec précaution, à pas de velours, le terrible carnivore s'approchait de mon refuge.

Tout à coup, de la grotte au pied de l'arbre, jaillit une immense masse noire. En deux bond, elle fut sur le tigre et y planta ces mandibules. Je reconnus une mante chasseuse, insecte de plus de deux mètres de haut hantant cette forêt, équipé d'une bonne vue nocturne, mais à l'odorat limité.
Pendant que la bête déchiquetait sa proie, je me dis que j'avais eu beaucoup de chance tout à l'heure, la bête devait sans doute encore dormir lorsque j 'étais passé devant la sombre cavité qui, je le savais maintenant, était la tanière de cet insecte dévoreur de chair.
Entre deux bruits de mastication, je me concentrais pour rester figer et faire le moins de bruit possible, ma vie en dépendait. Finalement, après ce qui m'a semblé des interminables craquements d'os, la mante avait fini son en-cas, et partit dans les fourrées laissant derrière elle quelques restes de chair, de fourrure blanche et une mare de sang. Traces qui furent rapidement effacées par une multitudes d'animaux plus petits qui profitèrent de cette manne inattendue. Le danger s'étant éloigné, je m'assoupis dans mon hamac.

Je fus réveillé peu avant l'aube, par le retour de la mante. Son ventre gonflé m'indiqua que le tigre ne fut pas son seul repas de la nuit et je commençait à craindre pour Danika. Après tout c'était à moi d'avoir le droit de l'étriper et pas un vulgaire insecte aussi géant qu'il soit.
J'attendis l'aube en récoltant de gros vers à bois laiteux. Il me fallait des forces et ces animaux peu ragoutant étaient plein de protéines. Mon petit déjeuner terminé, je descendis de l'arbre, j'évitais de passer devant le repaire de la mante et repris ma traque.

Une heure, plus tard, je découvris les restes d'un campement dont le foyer était encore chaud. Pas de doute, ma proie avait elle aussi survécue à la nuit et je gagnais du terrain sur elle.
J'avoue que la nuit passée pendu à mon arbre avait quelque peu calmer ma colère. Au fond, me dis-je, cette histoire Danika n'est qu'un affaire de différences de caractères. Elle ne voit pas les grands espaces comme moi, voilà tout. Elle n'a pas fait ça par méchanceté. Elle croit simplement que mes idées sont insensées parce qu'elle ne se rend pas compte des gens qu'il faut intéresser. Il suffit de lui expliquer...

J'arrivais dans une grande clairière. Au centre, une silhouette humaine était bien visible et ne bougeait pas. Je me lançai à un quasi-pas de course qui me mit bientôt hors d'haleine _ surement la faute des bons petits plats dans les grands restaurant de la cité _ et je dus ralentir mon allure. J'étais à vingt mètre quand la femme croisa ces bras autour de sa poitrine d'un air impatient; je repartis aussi vite que je puis dans sa direction.
"Danika, criai-je. Danika Zu Heltzer !
_ Exactement, Tim, dit-elle, toujours aussi désagréable. On ne peut rien vous cacher."
Je la considérai longuement, construisant dans ma tête mes phrases d'attaque. Elle avait son bâton de magique planté dans le sol à côté d'elle.
"Comment... comment..., bredouillai-je.
_ J'ai tout mon temps, dit-elle, mais vous en avez assez perdu comme ça. Adieu, Tim." Comme je restais figé là comme un imbécile, elle empoigna son bâton, le fit pivoter en l'air comme une masse d'arme et m'en assena un grand coup sur la tête. Je m'affalai en arrière, fou de surprise, de douleur et de rage. Je la sentis qui manipulait quelque chose du côté de ma poitrine, puis je perdis connaissance.

Fin de la permière partie

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Dim 12 Oct 2008, 18:33

Partie II: La mine

Chapitre VII: renaissance ?

Des secousses. Ma tête qui insiste violemment interagir avec le plancher sur lequel elle repose. Je revins à moi dans un enfer vibrant et palpitant avec ses démons aux visages de brutes.
"Eh! Markus! Regarde, le dormeur s'est réveillé." Une voix au dessus de moi, un nouveau cahot.
"T'as raison, Pinhg, mais il a pas les yeux bleus, tu me dois 5 morceaux d'ambre.
_J'te fais une reconnaissance tout de suite, mon pote."
Encore un cahot. Mes idées s'éclaircirent quelque peu, je me redresse. En face de moi, deux individus aux habits miteux me regarde en riant d'une blague connue d'eux seuls mais dont je suis visiblement la victime. De toute évidence, il ne s'agit que de travailleurs sous contrat.

A l'époque où tout le continent était sous l'égide de l'empereur Lao Tsu, ce vénérable, mais complètement loufoque régent, décida pour ressembler à d'anciennes civilisations aujourd'hui disparues de bannir la pratique de l'esclavage. Pour l'économie du pays, une telle décision était synonyme de chaos, car tout le système était basé sur cette main-d'œuvre quasi-gratuite. Mais la volonté divine de l'empereur ne pouvait être remise en question, aussi dangereuse fût-elle et la loi interdisant l'esclavage fut promulguée. Pour éviter les désastreuses conséquences de cette décision, le ministre de la Terre, en charge de l'économie de l'empire décida d'instaurer un système de contrat établissant un accord entre les anciens esclaves _ devenus des travailleurs sous contrat _ et leurs anciens maîtres. Le contrat stipulait que les nouveaux travailleurs devaient remboursés une certaines sommes correspondant à la nourriture qu'ils avaient généreusement perçues lors de leur esclavage. Une fois la somme remboursée, ils étaient libres.

Bien évidemment, les sommes étaient trop importantes pour voir partir toutes les forces vives de l'économie, ce qui permit à la fois de bannir l'esclavage tout en assurant à la classe dirigeante de garder ses privilèges. Mais le ver était déjà dans la pomme et pour maintenir la masse de travailleurs, une nouvelle classe apparue: les chef de sections, dont le principal objectif était de trouver des subterfuges pour influencer ou forcer c'est selon, les travailleurs à rester sous contrat.

Et voilà, que moi, l'ancien chef de section de la production des mines d'ambres de la grande maison Zu Heltzer, je me retrouvais entourer de ces travailleurs sous contrat. Je me levai, un peu vacillant, et j'agrippai au passage quelqu'un par le coude. "Je vous demande pardon, dis-je. Où sommes-nous?
_ Lâche-moi mec !
_ Eh, mais dit donc, vous êtes bien familier: je suis le chef du projet...
_Oh là, t'es salement pris, hein. Un coup sur la tête, peut-être ou il t'ont eu avec une bonne bière. J'sais pas c'que t'as signé, mec, mais tu es à bord du transporteur « Dorémi 6 » en route vers la mines d'ambre « Violette ». Cargaison: des pauvres types comme toi et moi. Regarde toi."
Trop occupé à savoir où j'étais, je n'avais pas fait attention à mon apparence. Ma belle armure et mes habits de luxe avaient disparus au profit de pauvres vêtements troués de fermier. Je ressemblais à tous ses pauvres bougres. "Vous êtes... commencai-je, n'osant continuer.
_ Frappé de déchéance", conclut-il amèrement. Puis il se reprit aussitôt. "Mais j'espère remonter la pente. J'pensais le faire avec la mine de charbon des Lukas, mais l'attentat de ces satanés « Pacifistes » a tout fait foiré. Heureusement, la maison Zu Heltzer a racheté mon contrat et m'vlà."

Je m'éloignai, trébuchant sur les corps entassés. Je songeai soudain que je n'avais jamais vraiment connu de travailleurs, sauf durant les brèves périodes où il me servaient. Je les avais naturellement accepté comme des pièces de mobilier, des outils utiles et pratiques qui ne faut pas oublier de ranger à leur place. Je ne voulais qu'une chose, sortir du transporteur « Dorémi 6 » et retrouver mon beau bureau au château. Et puis j'avais mille choses à faire.

Soudain le transporteur s'arrêta, me projetant en arrière . Déjà, les travailleurs habitués formaient une ligne devant la porte du font. Comme eux, je m'alignais. La porte s'ouvrit, inondant les visages crasseux de lumière. Un par un, nous sortîmes à l'air libre.
Mon pied posé sur le sol, je me précipitais vers un garde chargé de la surveillance.
"Eh bien? grommela le garde.
_ Je voudrais voir un officier, dis-je. Je suis ici par erreur. Je m'appelle Tim Vifesprit. Je suis chef de projet pour la maison Zu Heltzer.
_ Matricule ? Fit-il
_ Si Sol - Si", répondis-je, non sans une nuance d'orgueil. On peut tout perdre, sa fortune, sa santé, ses amis, mais votre matricule lyrique, on ne peut pas vous le prendre...
L'homme remontait ma manche. Un instant plus tard, j'allai donner de la tête contre le sol, et la joue me cuisait. "Retourne dans la file, toi! Gronda le garde. J'aime pas qu'on se paie ma tête !"

Je regardai avec stupeur le creux de mon coude. Je lus le tatouage: « Sol La – Si Sol – Si Do - Ré » Mon véritable matricule y figurait, mais noyé au milieu des autres notes et les encres étaient parfaitement identiques. L'écriture peut-être était légèrement différente, mais pas assez pour qu'un autre que moi pût s'en apercevoir.
"Qu'est-ce que t'attends ? Fit le garde. Tu as déjà vu ton matricule, non ?
_ Jamais", déclarai-je. Mes jambes se dérobaient sous moi. J'avais peur, terriblement peur. "Je n'ai jamais vu ce numéro. Regardez", criai-je.
Il eut une grimace de dégout en me voyant lui fourrer mon coude sous le nez. "On a ajouté des notes avant et après mon vrai matricule, qui est Si Sol – Si. Vous voyez ? C'est une partition maquillée !
_Humm, c'est possible...Allons voir le Komissar.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Jeu 16 Oct 2008, 23:32

Chapitre VIII: les bons et les autres

J'emboitai le pas du garde. Nous nous dirigions vers la partie externe du camp marquant l'entrée de la mine. A la limite du camp, je vis les rangées de Juggernauts, chargés autant de la protection de la mine contre les agressions extérieures, que de la surveillance des travailleurs. Ces géants sont la fierté des Kurzicks car ils sont la totale réussite de la synergie entre l'humain et le végétal. Enfin, ça, c'est ce que dit la propagande, dans la réalité, il s'agit d'une alchimie compliquée basée sur les ondes sonores qui permet de transmuter l'âme et la mémoire d'un être humain à l'intérieure d'une plante. Les autorités préfèrent mettre en avant la formidable puissance de ces guerriers d'un nouveau genre, plutôt que le fait que la transmutation est définitive et qu'aucun retour en arrière n'est possible et que l'âme humaine enfermée dans la plante déprime et qu'au bout d'un certains temps, il faut « recharger » le Juggernauts avec une nouvelle âme.

Je détournai mon regard de ces golems végétaux pour entrer dans le bureau du Komissar. Plus tard, j'allai apprendre que les âmes de ces Juggernauts provenaient des élèves de l'école que je voulais utiliser pour le projet Trembleforêt.

Le Komissar était l'exemple typique du fils bâtard d'un riche citoyen Kurzick. De part sa mère, il ne pouvait espérer avoir une meilleure place, de part son père, il pouvait se permettre de n'avoir rien à foutre de son boulot. Aussi, je ne fus guère étonné de le trouver en train de se curer les ongles, les pieds crasseux de poussières d'ambre reposant sur son bureau.

"Qu'est-ce que c'est ? lança-t-il sans nous regarder.
_Je vous demande pardon, monsieur Kobler, dit le garde en mettant au garde-à-vous. Mais c'est ce travailleur...Il semble...Il semble que son matricule soit maquillé.
_Voyez-vous ça, répondit le Komissar concentré sur son pouce, un matricule maquillé et puis quoi encore, c'est quel matricule ?
_Le « Sol La – Si Sol – Si Do - Ré », monsieur.
_Voyons, le « Sol La – Si Sol – Si Do - Ré »...Ah voilà sa partition. Alors Xung, Li Xiu; 29 ans; célibataire, lut-il, abandon du père; équilibre H-F, mâle J, santé 3,1; classement professionnel 2 pendant 7 ans; 1,5 depuis 3 mois; a signé un contrat pour 2500 morceaux d'ambre. Pas brillant, je comprends qu'il souhaite être quelqu'un d'autre. Et pour qui ce brave homme se prend-t-il ?
_ En voilà assez, m'écriai-je, hors de moi. Je m'appelle Tim Vifesprit. Je peux vous acheter tous, rien qu'avec mon argent de poche. Je dirige le projet Trembleforêt pour la maison Zu Heltzer. J'exige de vous que vous envoyez un messager à la cité pour leur signaler ma présence ici.
_Tim Vifesprit...Tim Vifesprit, dites-vous? Fitle Komissar d'un ton sucré et me regardant pour la première fois. Tenez !" dit-il en me montrant un journal trainant sur le bureau.

Le garde et moi nous penchâmes sur la feuille de chou. En première colonne figurait un article nécrologique sur Tim Vifesprit, chargé du projet Trembleforêt pour la maison Zu Heltzer. On m'avait retrouvé à moitié dévoré dans le vallon de la Fougère. A peine reconnaissable, c'est mon armure qui avait pu certifiée qu'il s'agissait de moi. Je poursuivais ma lecture. Danika Zu Heltzer m'avait remplacée à la tête du projet. Ma mort était une grande perte pour la maison. Sandra s'était refusée à toute déclaration. Le compte Petrov faisait un petit laïus et Jack Brauer était subitement devenu mon meilleur ami depuis l'enfance.

Le Komissar avait perdu tout intérêt à mon cas. "Voulez-vous reconduire cet abruti auprès de ces petits camarades?"
Le garde m'escorta à grands renforts de gifles et de coups de pied dans mon fondement. Nous nous engageâmes sous l'immense arche qui marquait l'entrée de la mine. La première salle était immense. Elle servait d'entrepôt pour stocker l'ambre avant expédition. Nous prîme la direction d'une petite tente. Le garde indiqua à l'homme derrière un petit bureau en bois mon matricule.
"Hum, il fera pousse-chariot, dit l'homme.
_C'est quoi un pousse-chariot ? demandai-je.
_C'est pas compliqué mec, on te file un chariot remplis d'ambre, tu le pousses avec tes petites mimines vers l'ascenseur, tu décharge le chariot dans la benne de l'ascenseur, puis tu repas d'où tu es venu, compris ?" demanda l'homme. J'acquiesçai. "Je m'appelle Mulanek, sous-deuxième grade du personnel. J'ai une question à te poser, Xung, ajouta-t-il, après avoir lu ma fiche. Nous avons besoin d'un pousse-chariot au soixante-septième sous-sol et d'un autre au quarante-deuxième. Ta couchette est au quarante-cinquième sous-sol. Franchement, où préfères-tu travailler ? Faut que je te dise tout de suite que les pousse-chariots et les autres ouvriers de classe 2 n'ont pas le droit aux ascenseurs.
_Le poste du quarante-deuxième sous-sol, dis-je, en essayant de savoir où il voulait en venir.
_Voilà qui est raisonnable. Très, très raisonnale." et il resta planté là, sans rien dire. Il ajouta enfin : "J'aime voir un homme raisonnable agir raisonnablement." Nouveau silence.
"Je n'ai pas d'argent sur moi, lui dis-je.
_Ca ne fait rien, dit-il. Je vais t'en prêter. Signe-moi ce billet et nous réglerons ça le jour de la paie. C'est simplement un bon pour cinq morceaux d'ambre."

Je lus le bon et signai. Je dus consulter ma fiche : j'avais oublié mon prénom. Mulanek griffonna « 42 » sur ma feuille d'affectation. Je quittai la tente sans que Mulanek ne me donne les cinq morceaux d'ambre.

"Je suis Miss Horrocks, préposée au logement, me dit ensuite une femme d'un ton suave. Bienvenue dans la maison Lukas, monsieur Xung, j'espère que vous passerez parmi nous nombre d'années heureuses. Et maintenant au travail. J'ai pour tâche de veiller à ce que vous soyez installé au niveau quarante-deux avec des collègues sympathiques."

Elle arborait une expression qui me rappelait celle d'un tarentule de pierre, elle reprit : "Nous avons une couchette libre au dortoir douze. C'est une équipe difficile à vivre, je le crains. Vous pourrez toujours porter un couteau ou une arme quelconque. Alors c'est entendu, monsieur Xung, je vous inscris au douze ?
_Non, dis-je. Qu'est-ce que vous avez d'autre? Et au fait vous pourriez me prêter cinq morceaux d'ambre jusqu'au jour de la paie ?
_ Je vais vous inscrire au dix, dit-elle, en marquant un chiffre sur ma feuille. Bien sûr, je vous prêtrai un peu d'argent. Dix morceaux d'ambre. Vous n'avez qu'à signer ce bon, monsieur Xung. Merci!" Et elle partit en quête d'une autre victime.

Un gros homme au visage rougeaud me prit par le bras et me dit : "Frère, je veux t'accueillir dans les rangs du Syndicat Libre des Travailleurs sous Contrat de la Maison Lukas. Cette brochure t'expliquera comment le S.L.T.C.M.L protège ses adhérents des innombrables abus et injustices auxquels on est en butte dans le travail libre. Tes frais d'inscription et de cotisation seront automatiquement déduits de ton salaire, mais cette brochure se vend séparément.
_Frère, lui dis-je, qu'est-ce que je risque si je l'achète pas ?
_On sera au quarante-cinquième sous-sol, fit-il simplement. Des mètres de terre pour étouffer les cris." Après un bon supplémentaire, je descendis jusqu'au quarante-cinquième sous-sol.

Les autres occupants du dortoir commençaient à arriver.
"Un nouveau ! Cria l'un deux, en m'apercevant.
_Messieurs, le grand conseil ! " déclara un autre.
Je ne leur en veux pas de ce qui suivit. C'était dans la tradition; cela rompait la monotonie de l'existence, cela leur permettait de faire figure de maître pendant un moment. Je suppose qu'au dortoir douze, ça aurait été beaucoup plus désagréable. Au dortoir dix, c'était bon enfant. Je m'acquittai de mon « amende » _ encore des bons _, j'encaissai quelques horions et chantai l'hymne qui m'initiait en tant que membre de la confrérie.
Je ne les accompagnai pas au réfectoire pour le dîner. Je restai étendu sur mon lit en pensant à la mort.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Dim 19 Oct 2008, 18:11

Chapitre IX: Que faire ?

La technique du pousse-chariot n'était pas bien difficile à apprendre. Vous vous leviez à l'aube, enfin ce qu'on appelle l'aube quand on se trouve à plusieurs centaines de mètres sous terre, c'est à dire le son de la cloche du matin. Vous avaliez votre petit déjeuner arrosée d'une tasse de café. Vous enfiliez votre uniforme et vous preniez l'escalier pour rejoindre votre affectation. Et jusqu'au crépuscule c'est à dire jusqu'à ce que la cloche du soir sonne, vous arpentiez les couloirs de la mine avec votre chariot d'ambre. Toutes les heures, vous pouviez aller boire un verre à la cantine du niveau et prendre un bol de bouillie dont la composition est impossible à déterminer, mais heureusement, il y avait beaucoup de sel dedans pour donner le goût. En tant qu'ancien chef de la section Production de la maison Zu Heltzer, je savais que le sel n'avait pas été rajouté pour améliorer le quotidien des travailleurs, mais pour forcer la consommation de boisons. Je le savais d'autant plus que c'était mon idée à moi, tout en proposant que seules boissons soient payantes.
Ainsi se passait la journée, après la cloche du soir, vous ôtiez votre uniforme et vous alliez dîner _ là encore seules les boissons sont payantes _ et puis vous étiez libre. Vous pouviez bavarder, lire, rentrer en méditation, chercher la bagarre ou vous rendre fou en réfléchissant à votre sort. Les deux dernières solutions avaient la préférence des habitants du sous-sol, quoique les plus sages allaient dormir. Le plus souvent, j'allais dormir.

Le jour de paie me prit au dépourvu : je ne me doutais pas qu'une semaine s'était déjà écoulée. Je me retrouvai débiteur de seulement quelque quatre-vingt morceaux d'ambre à la maison Lukas, en plus des 2500 morceaux de mon contrat. Outre les divers bons à payer que j'avais signés, les diverses boissons que j'avais bu, il y avait encore la Caisse mutuelle des travailleurs (pour autant que j'eusse compris, cela voulait dire que je participais aux impôts de la maison Lukas pour l'exploitation de la mine); les cotisations syndicales de protection du personnel (pour éviter un couteau dans le bide); mes impôts personnels; la taxe d'hospitalisation (« tu peux toujours essayer de te faire admettre à l'hospice », disaient les vieux); et la prime de retraite.
Je compris vite qu'à ce rythme-là, je ne sortirais pas d'ici avant au-moins trente ans à condition d'arrêter de boire ne serait-ce que de l'eau. J'avais vu certains travailleurs tenter l'expérience en léchant les murs pour récupérer la condensation, puis les retrouver comme des momies entasser dans un coin, morts de déshydratation. Il me fallait un autre plan et vite.

J'appris que Mulanek avait obtenu son sous-deuxième grade du personnel après dix ans de travail chez Lukas.Il avait progressivement gravi les échelons au sens propre comme au figuré, puisque votre affectation vous approchait de la surface.
Moyennant ces responsabilités, il touchait un salaire convenable et pourtant, il ne semblait pas dans ces intentions de le dépenser. C'était un homme dont je devais faire connaissance : il avait de l'argent _ il devait en avoir après dix ans de travail _ et c'était d'argent dont j'avais besoin.

Les travailleurs, une fois leur travail terminé, avaient le droit de remonter à la surface pour prendre une petite dose du soleil couchant, mais ils ne devaient pas prendre les ascenseurs, ni sortir du campement une fois à la surface. Ma journée terminée, j'entrepris de grimper les différents niveaux afin, je l'espérais, avoir quelques minutes de conversation avec Mulanek. Je le trouvais en train d'affuter son couteau.
"Il est bien affuté. Il n'y a que deux sortes de gens, au fond : ceux qui soignent leurs outils et les imbéciles."
Sous ses sourcils broussailleux, il me regarda d'un air méfiant. "Ça rapporte toujours de faire les choses proprement. C'est toi, le nouveau ?
_ Oui. C'est la première fois que je viens. Tu crois que je devrais rester ?
_ Tu es bien obligé. Tu as un contrat." Et il se dirigea vers le comptoir où se trouvaient les magazines. Un homme s'en éloignait. Il s'agissait d'un des types que j'avais vu en me réveillant dans le transporteur lorsque nous étions arriver à la mine, Markus ou Pinhg, je ne sais plus.
"Tiens, je viens de finir celui-là, je te le fait à moitié prix", dit-il en me montrant son journal dont le titre était « La duchesse Durheim honore à sa façon le héros ». Je me précipitais sur la feuille de chou et signais rapidement une reconnaissance. Sandra avait fini sa composition pour Jack Brauer. L'article était élogieux et rappelait le calvaire qu'avait dû subir Jack, sa blessure, son courage. Maintenant c'était la gloire pour lui. Et il avait pas mal d'amour à rattraper. On racontait que sa liste de conquêtes devrait faire partie du livre des records. Cette histoire ne me plaisait guère. Je n'aimais pas la façon dont le dessinateur avait représenter Sandra dans les bras de Jack sur la gravure de la deuxième page.

Cela me motiva le lendemain soir pour remonter encore les quarante-deux étages pour voir à nouveau Mulanek.
"Salut, Mulanek. Fatigué ?
_ Salut, Xung. Oui, un peu. On est un peu à court d'effectif en ce moment avec les besoin du projet de la maison Zu Heltzer. Aussi j'ai dû me farcir le chargement d'un transport d'ambres supplémentaire en plus de trouver quelqu'un pour le conduire. J'en ai plein les bras.
_ Je m'en doute. Pousse-chariot, ça c'est pas sorcier et puis ça demande pas d'intelligence.
_ Qui sait ? Peut-être qu'un jour tu auras de l'avancement...Bon j'vais me piauter."
Un autre jour:
"Salut, Xung. Ça va ?
_ Faut pas se plaindre, Mulanek. Je bronze pas c'est déjà ça.
_ Je pense bien. Dans quelque temps, tu seras aussi blanc que moi. Ha! Ha!"
Et puis un autre jour... Un grand jour :
"Salut Mulanek.
_ Salut ami Xung. Tu n'as pas l'air si bien que ça, me dit-il à brûle-pourpoint
_ Je ne le suis pas non plus, l'ami." Enfin, ça y était. "Je me trouve dans une situation très étrange." Je le laissais venir.
"Je pensais bien qu'il y avait quelque chose de louche. Un garçon intelligent comme toi, un garçon qui a voyagé. Peut-être as-tu besoin d'aide ?"
Merveilleux; merveilleux ! "Ecoute Mulanek, c'est unrisque que tu prends, bien sûr, mais je t'affirme que tu n'y perdras pas. Voici mon histoire...
_ Chut! Pas ici !" fit-il. Et il reprit à voix plus basse : "C'est toujours un risque. Mais cela vaut toujours la peine quand je vois un jeune homme intelligent qui commence à comprendre et à agir. Un jour je me tromperai, alors il m'arrêteront et peut-être qu'ils me grilleront le cerveau à coups d'ultra-sons. Mais qu'importe, j'aurai rempli mon rôle. Tiens, je n'ai pas besoin de te dire de faire attention quand tu ouvriras ceci." Il me donna une poignée de main et je sentis une bouclette de parchemin se coller à ma paume. Puis il se dirigea vers une des chaises longues mises à disposition de ceux qui veulent prendre un bain de soleil.
Intrigué, j'allai aux lavabos. Personne en vu, la boulette se déroula dans ma main et ce que j'y lus m'étonna. J'allai devoir la jouer serrer.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Dim 18 Jan 2009, 13:22

Chapitre X: P A X

LA VIE SURPASSE LA MORT !
Vous tenez actuellement entre vos mains un tract de l'association mondiale des Pacifistes Anti-Xénophobes, dont les membres sont appelés simplement "Pacifistes" par les pouvoirs en place. Ce tract vous a été remis par un de nos membres qui vous a considéré comme a) suffisamment intelligent; b) capable de lire; c) mécontent de son sort; d) susceptible d'être une recrue intéressante. Sa vie est entre vos mains mais avant de prendre une décision, lisez ce qui suit.

PAX PAR LES FAITS
Les faits: PAX est une organisation secrète persécutée par tous les dirigeants du monde. Elle estime que l'exploitation inconsidérée des ressources naturelles dans des buts guerriers a provoqué un appauvrissement et une misère inutile. Elle est convaincue que, si l'on continue de pratiquer cette méthode, cela signifiera la fin de l'espèce humaine sur cette terre. Elle croit que cette tendance peut être renversée si l'on arrête la loi du talion. Pour parvenir à ce résultat, nous recourons à la propagande – en voici un exemple -, aux démonstrations de force, et au sabotage des installations qui fabriquent les produits nuisibles à la paix.

QUELQUES MENSONGES QU'ON COLPORTE A PROPOS DE PAX
Vous avez sans doute entendu dire que les « Pacifistes » sont des assassins, des névrosés et des inadaptés qui tuent et qui détruisent sans raison ou par envie pure. Tout cela est faux. Les membres des PAX sont des gens normaux, équilibrés, et nombre d'entre eux sont des travailleurs sous contrat ayant une carrière réussie. Le pouvoir en place prétend bien sur le contraire. Malheureusement il existe des déséquilibrés et des criminels qui commettent des abus au nom de la paix soit par idéalisme d'illuminés, soit parce qu'ils trouvent là un prétexte pour se livrer au pillage. PAX affirme n'avoir aucun lien avec ces individus dont elle désapprouve totalement la conduite.

ET MAINTENANT, QU'ALLEZ-VOUS FAIRE ?
A vous de choisir. Vous pouvez : a) dénoncer la personne qui vous a remis ce tract; b)détuire ce tract et ne plus y penser; c) aller trouver la personne qui vous l'a remis et lui demander plus de renseignements. Nous vous demandons de réfléchir avant de prendre une décision.

Je réfléchis longuement. Je trouvais que ce tract était : a) le prospectus le plus mal fait et le moins attrayant que j'eusse jamais vu; b) une vision déformée de la réalité; c) une possibilité d'évasion pour moi.


C'était donc ça les « Pacifistes » redoutés ! Quelle blague...Et pourtant...Bon deux solutions s'offraient à moi. Je pouvais aller à la direction et dénoncer Mulanek. Cela me ferait peut-être un peu de publicité. Mais je me rappelais que les dénonciateurs de « Pacifistes » étaient aussitôt soupçonnés d'être porteur du virus et comme le mal pouvait se déclencher plus tard, une fois passée la première réaction saine et normale, on les transformait aussitôt en Juggernauts lobotomisés. Et cette solution ne me convenait absolument pas.
L'autre solution beaucoup plus risquée était d'aider ces minables « Pacifistes » pour m'en servir. Si leur organisation était vraiment mondiale comme ils le prétendaient, il n'y avait aucune raison que je ne finisse pas par retourner dans la cité pour dévoiler le pot aux roses. Pas une seconde je ne doutai de ma réussite.
Je déchirai le tract en petits morceaux avant des les faire disparaître dans l'évier et je sortis retrouver Mulanek. Je le retrouvais en train d'affuter nerveusement son couteau. "Alors ? Me demanda-t-il.
_ D'accord. Quand tu voudras.
_ Bientôt", dit-il avant de s'arrêter de soigner son couteau. J'examinai l'instrument sous un jour nouveau. "C'est pour les gardes ? demandai-je
_ Non, dit-il avec un air scandalisé. Pas du tout, Xung. Pour moi. Pour que je sois sûr de ne pas flancher. "
C'était là une noble intention, même si la cause qu'il défendait était mauvaise. Je maudis les cerveaux détraqués et pervertis qui avait amenés là un brave type comme Mulanek. Dommage, il disparaitra comme les autres lorsque je démantèlerai l'organisation en bloc. Maussade, je repartis vers mon dortoir.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Dim 18 Jan 2009, 15:48

Chapitre XI: Complots

Les jours passaient comme des semaines. J'avais rejoint les « Pacifistes », enfin plus exactement le groupe « Clé de Sol – Si Fa » en charge des niveaux quarante à quarante-quatre de la mine. Et j'avais été très déçu.
Finalement, la formidable organisation mondiale qui faisait tant peur aux nobles des grandes familles kurzicks ne faisait que contrôler le marché noir au sein de la mines. Certes, cela avait l'avantage de me permettre de me fournir en vêtements plus confortables et en nourriture plus juteuse, mais je ne voyais toujours pas comment foutre le camp d'ici.
Ne voyant toujours rien venir, je décidai de précipiter les évènements. Étape numéro un: la diffamation; je fis très discrètement courir le bruit que les membres de la PAX à l'extérieur de la mine considéraient ceux de la mines comme des vendus, des pleutres au services du pouvoir, des révolutionnaires en pantoufles. Quelques jours plus tard, les dirigeants des différents groupes de la mines organisèrent en secret une réunion pour mettre au point un plan d'action. Bien sûr, seuls les chefs étaient au courant de l'heure et du lieu de la réunion et j'étais une recrue encore trop récente pour avoir atteint un tel statut.
Un soir, en rentrant à mon dortoir, je passai par le secteur des chutes d'eau. C'est le secteur par lequel passent toutes les conduites d'eau pour alimenter les machines de forage des niveaux inférieures, qui permet à la ventilation des galeries de tourner et aux hommes de s'abreuver. J'arrivai à l'endroit où le couloir fait un coude en angle droit quand j'entendis des voix chuchoter de l'autre côté. Sans bruit, je me collai contre le mur et reconnu les voix de Mulanek et de l'homme qui devait s'appeler Markus. "Tu as entendu les rumeurs qui circulent ? demandait ce dernier.
_ Évidemment, faudrait être sourd ou noble pour pas les avoir entendues, répondit Mulanek
_ Alors, on fait quoi ?
_ Ça sera décidé demain tu le sais bien.
_ Au réfectoire c'est ça, mais c'est vers quel heure déjà ? Dix-huit heure ou vingt heure ?
_ Vingt heure. Enfin qu'est-ce qui t'arrives, tu connais aussi bien que moi tous les détails, pourquoi me les faire répéter ?
_ Oh ! Du calme ! C'est juste que je me suis pris un roc sur la tête dans l'éboulement de la galerie « Do-Ré-Mi » du niveau cinquante-deux. Depuis j'ai des doutes sur ma mémoire...Mais le dit pas aux autres, ils me foutraient dehors de l'organisation et l'organisation c'est toute ma vie.
_ Ok, ok, je comprends. Bon séparons nous. On a l'air louche à trainer au milieu du couloir."
Rapidement, je fis quelque pas en arrière, puis repris une démarche normal comme si je venais d'arriver dans le couloir. En passant au niveau du coude, je croisai le chemin de Markus. Je fis comme si de rien n'était, mais j'aurai juré qu'il me fit un clin d'oeil lorsque je passais à son niveau; surement la lumière de bougies qui se reflétait sur l'eau avant qu'elle ne disparaisse dans les entrailles de la terre. Je restai un moment à méditer sur cette eau et sur les informations que je venais de recueillir.
Le lendemain, peu avant vingt heure, je pris le chemin du réfectoire. Un homme avec des biceps gros comme mes cuisses en gardait l'entrée. D'un pas résolu, je me dirigeai vers la porte quand une poutre qui s'avéra être un bras se mis en travers de mon chemin. "Ton billet !
_ Désolé, dis-je. Je en savais pas. Où puis-je en acheter un ?
_ Impossible.
_ Répète. J'ai mal compris.
_ Personne n'entre sans invitation, a-t-il grogné. Qui es-tu ?
_ Moi, dis-je avec la plus froide des douceurs, je suis... Xung Li Xiu, et tous les vieux camarades me connaissent. Et Toi, qui es-tu ?
_ T'occupe ! Montre-moi un billet avec le bon numéro ou tire-toi !"
Je me suis alors posé quelques questions sur son espérance de vie. Je n'avais cependant pas l'intention de me battre, je me suis seulement demandé à quoi ressemblerait sa figure si je m'occupais de lui.
Je n'ai fait qu'y penser...J'étais sur le point de lui répondre poliment quand j'ai vu Mulanek à l'intérieur de la salle. "Mulanek !"
Il m'a entendu et a souri "Xung, comment vas-tu? Comment ? Approche je t'entends pas.
_ Difficile, ai-je crié. Il y a un blocage sur la ligne.
_ Il n'a pas de billet, a rétorqué le portier."
Mulanek a plongé sa main dans sa poche et m'en a remis un dans la main." Maintenant, si. Viens Xung"
Nous avons pris place au moment où un home sur l'estrade, frappait sur la table avec un marteau pour obtenir le silence." Fermez les portes ! A-t-il crié. Ceci est une réunion privée. Regardez celui devant vous, celui derrière vous, ceux qui sont sur vos côtés. Si vous ne les connaissez pas et si personne parmi ceux que vous connaissez ne peut répondre, jetez-les dehors !"
Il y eu quelques bousculades, trois personnes furent poliment conduits vers la sortie. Je me suis senti gêné. Enfin, on ferma les portes; alors est venu le temps des discours.
Leur contenu sémantique approchait de zéro. Un type a proposé de marcher sur la cité et d'imposer la paix. Mais il fallait passer les gardes, les juggernauts et les armées privées des nobles. Un petit type insignifiant, aux yeux injectés de sang comme les vieux mineurs, s'est levé. "Je travaille dans la mine depuis longtemps. Comme la plupart d'entre vous, j'ai appris mon métier en faisant mon temps de travail sous contrat. J'ai élevé huit gosses, et ils ont tous fait leur chemin: aucun n'a été éliminé, aucun n'a eu d'ennui sérieux. Mais qu'ai-je réellement fait ? J'ai contribué à renforcer le pouvoir de la violence à chaque pelleté d'ambres. Ça suffit ! Il est temps que cela cesse, il faut faire exploser la mine."
La dernière phrase se termine sur des vivas. Tous des cinglés ces « pacifistes », ils oublient les gardes et les autres mineurs qui risquent de mourir lors de l'explosion ou de rester coincés sous terre, mais pire que tout, il sera simple pour les armées des nobles de retrouver et d'éliminer tous les dissidents, suffira de tuer tout les survivants. Et l'idée de mourir à cause d'idiots ne m'enchantait pas, mais celle de fermer la mine était peut-être la solution à mon problème. J'avais un meilleur plan et je me levais à mon tour pour aller sur l'estrade.

Fin de la deuxième partie

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Dim 01 Fév 2009, 16:17

Partie III: Le retour

Chapitre XII: renaissance !!!

Des secousses. Ma tête qui insiste violemment interagir avec le plancher sur lequel elle repose. Je revins à moi dans un enfer vibrant et palpitant avec ses démons aux visages de brutes.
Puis je me rappelle. Je suis dans le transporteur « Dorémi 6 » et je vais bientôt retrouver mon beau bureau au château. Enfin, c'est la prochaine étape de mon plan. Pour l'instant, je regarde Markus et Pinhg qui, les dieux savent comment, se retrouvent dans le même transporteur que moi en train de parier combien de ronflements effectue leur voisin entre deux cahots.
Lassé de leur jeu, je fais le point sur les évènements de ces derniers jours. La réunion des terroristes « Pacifistes » section « mine d'ambre violette » s'était terminée par l'acceptation de mon plan. D'abord les premiers jours, faire courir des bruits comme quoi la mine est hantée, que des fantômes de travailleurs apparaissent, que des objets se déplacent mystérieusement. Au bout d'une semaine, l'angoisse submergeait tranquillement les gardes, les travailleurs et même certains « Pacifistes » qui commençaient à croire leur propre mensonge.
Phase deux, un subtil sabotage des installations obligea la direction à fermer certaines sections de la mine. Cela a augmenté l'impression de peur, mais pas suffisamment pour mon projet.
La solution provient de la disparition, que même sous serment je qualifierait d'inopinée d'un garde dans une galerie récemment fermée. Cela suffit à déclencher la panique chez les gardes et la direction décida de fermer l'ensemble de la mine le temps que des ritualistes viennent chasser, ce que les gardes nommaient, les démons du sous-sols.
C'est bien-sur le sous-deuxième grade du personnel qu'il revenait la tâche de replacer les différents travailleurs sur d'autres chantiers. Or qui était ce brave homme, si ce n'est mon bon ami Mulanek, qui eut la bonté de transférer mon contrat pour celui d'égoutier dans la cité.
Avant de partir, Mulanek m'apprit les signes de ralliement pour me faire reconnaître des « pacifistes » de la grande ville. L'idiot, il fut même triste en me disant au revoir, je dus simuler la compassion.
Heureusement, tout ça c'est terminé. Je reviens dans la cité des « Zu Heltzer » et je compte bien y régler mes comptes.

Nous arrivâmes enfin aux abords de la cité. L'ordre vint de nous grouper par pelotons de cinquante. Nous nous alignâmes et l'on tamponna sur le poignet notre visa d'entrée, puis nous marchâmes jusqu'aux portes de la ville pour passer devant le Service du Travail. On nous tria et on nous répartit suivant nos affectations respectives.
Il eut un peu d'affolement quand on apprit que certains contrats avaient été transférés vers la mine de charbon de Lukas qui avait finalement ouvert: personne n'a envie de travailler dans les mines de charbon, mais je n'étais pas inquiet, Mulanek avait fait en sorte que mon contrat soit sûr. C'est juste avec un peu d'impatience que je regardais les gardes séparer les vingt malheureux et les emmener. Finalement, on me conduit avec mon groupe jusqu'au dépôt au sud de la cité.
Il n'y a pas de petites économies. Sous la cité, comme dans sous toutes les cités du contient, les conduites d'égouts menaient à une série de bassins et de cuves de récupération. Mon travail consistait dans une puanteur infernale à ajuster les tuyaux flexibles par lesquels on pompait la vase, cette vase qui devenait peu à peu comme une seconde peau.
Au bout de trois jours, j'avais découvert que la plupart des travailleurs mourant de faim, partent d'abord à la cantine avant de prendre une douche. Ce qui est très stupide car l'odeur qui vous suit donne un goût de vase à tout ce que l'on mange. Aussi, je résistais à la faim ayant ainsi les douches pour moi tout seul. Quand la cohue arriva, ce fut mon tour d'aller chercher de la nourriture.
Ce soir là il y avait un homme dans la salle de douche. Quand j'entrai, il me tendit le savon; je me frottai consciencieusement et laissai l'eau ruisseler le long de mon corps. C'est à peine si je remarquai la présence de l'autre. Mais quand je lui rendit le savon, je sentis ses doigts taper un code sur mon poignet.
"Oh, fis-je stupidement en lui rendant la poignée de main rituelle. Vous êtes mon cont...
_ Chut !" siffla-t-il en désignant tour à tour les murs et ses oreilles.
Lorsqu'il me rendit le savon, il y avait un bout de papier collé dessus qui disait: Demain, à l'auditorium à 20h.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Ven 20 Fév 2009, 18:26

Chapitre XIII: journée libre ?

Je pris une grande respiration. Cela faisait vraiment du bien de se retrouver sur la Grande Voie de la cité Zu Heltzer, de revoir les branches de pierres prendre à cents mètres au dessus de moi au lieu du plafond lugubre d'une mine ou des égouts.
J'avais pris mon jour de congé afin de me préparer pour la réunion de ce soir. Avec de la chance, je verrai lors de cette réunion les leaders du groupement « PAX », il me fallait en savoir d'avantage si je voulais revenir sur le devant de la scène.
En attendant, c'est armé en tout et pour tout d'un paquet que je me dirigeai vers le château du Comte. Je devais le voir absolument si je voulais redevenir moi-même.

Dans le hall, je fus immédiatement arrêté par les gardes. Un rapide coup d'œil sur la partition gravée sur mon bras leur indiqua que j'étais un travailleur de basse classe qui n'avait rien à faire ici. "Je sais bien, répliquai-je, c'est ce que je leur avais dis, vous pensez, un gars comme moi, mais les gardes du Comte ne me laisseront jamais passé. Ils ont pas voulu comprendre et me voilà attaché par un lien spirituel à ce fichu paquet que je dois remettre dans le bureau du Comte et...
_ Oh là, doucement, m'interrompra un des gardes, un lien spirituel. J'en ai déjà vu. Un mec voulait séparé le paquet du livreur, quand le lien c'est rompu, rien a survécu autour de dix pas."
Aussitôt, comme un seul homme, tous les gardes ont fait deux pas en arrière. "C'est bon tu peux passer,va devant l'Oracle."

Il est facile de tromper les gardes. A vrai dire, ils ne sont là que pour faire jolis et stopper les benêts plus bêtes qu'eux, ce qui est rare; mais comme ils sont issus de familles prestigieuses, cela sauve les apparences. Le véritable système de sécurité du château c'est l'Oracle.
Pour entrer dans le château, il faut obligatoirement passer par une pièce vide ne possédant que deux portes et une rigole au centre pour l'évacuation du sang. Dans cette pièce se trouve l'Oracle, un ritualiste qui invoque une escouade d'esprit qui se charge de vous fouiller, de déceler les pièges potentiels et si la menace pour la maison Zu Heltzer est trop grande, et bien, comment dire, les esprits vous montrent à quoi sert la rigole, si vous voyez de que je veux dire.
Bien sûr, vu le nombre importants de personnes qui vont et viennent dans le château, il n'existe pas qu'une seule pièce et qu'un seul ritualiste qui joue le rôle de l'Oracle, mais parler au singulier contribue à la superstition et donc à la sécurité. Ce coup-ci, j'avais un femme en face de moi. Le sol était poisseux montrant qu'elle était efficace dans son boulot. Croyant avoir à faire à un vulgaire travailleur, j'eus droit à la totale, un véritable son et lumière d'angoisse et de peur et je due me retenir de rire pour rester dans mon rôle de livreur.

Comme je m'y attendais, les esprits ne décelèrent rien et me laissèrent passer. Je grimpai jusqu'au bureau du Comte, mais il n'était pas là. Légèrement découragé, je décidai d'aller voir dans Yoshiwara, la zone des plaisirs du château.
La famille Zu Heltzer est loin d'être idiote. Elle sait que les confidences sur l'oreiller peuvent changer le cours d'une guerre. Aussi, pour soulager de la pression constante que la famille maintient sur ses collaborateurs, elle a instauré au sein même du château, toute une section dédié aux divertissements et aux plaisirs. Avec un peu de chance, le Comte y est allé se détendre.

Arrivé dans la section Yoshiwara, je passais de « maison de thé » en « maison de thé » à la recherche du comte, quand je reconnu la voix d'une femme. Une des hôtesses n'était autre qu'Ester ma fidèle secrétaire. Elle était occupé avec quelques cadres moyens de la maison Zu Heltzer. Je me cachai du côté réservé au personnel pour l'attendre.
"Que faites-vous ici, il est interdit pour tout autre personne...Oh par les Dieux, c'est vous monsieur, s'écria Ester en m'apercevant, oh monsieur, vous êtes vivant !
_ Chut Ester, pas si fort, les gens qui ont fait croire à ma mort ne veulent surement pas que je ressuscite trop vite.
_ Monsieur, vous savez depuis votre décès, enfin...vous me comprenez, depuis votre disparition, c'est Danika qui dirige le projet maintenant. Elle a fait le ménage, mit des hommes à elle un peu partout, et je ne voulais pas partir, je ne voulais pas quitter le château, redevenir une travailleuse sous contrat, alors il me restait qu'ici. Je suis désolée monsieur, déclara Ester entre deux sanglots avant de me tomber dans les bras.
_ Je sais, Ester, je sais. Tout va rentrer dans l'ordre maintenant ou en tout cas, dés que j'aurai vu le comte. Savez-vous où il est ?
_ Le Comte, mais il est dans la capitale impériale pour signer d'importants contrats.
_ Mince, et Jack, Jack Brauer ?
_ Avec le comte, il lui sert de garde du corps. Seule Danika est ici pour gère le projet Trembleforêt. Voulez-vous la voir ? Je peux peut-être vous...
_ Non, surtout pas Ester, j'ai peur que Danika fasse partie des gens qui me préfère mort. Écoutez, il faut absolument que je vois le Comte, pouvez vous me trouver une place dans la prochaine caravane en partance pour la capitale impériale, pourvez-vous faire cela pour moi ?
_ Oui, bien sur, mais...
_ Je ne peux pas rester plus longtemps au château. Je suis arrivé ici en tant que livreur, si je mets trop de temps, je vais avoir les gardes sur le dos. Rendez-vous demain soir en bas du château. Au revoir Ester."

Je sortis du château aussi simplement que j'y étais rentré. Il était bientôt 20h et un autre rendez-vous m'attendait. Mais pas celui que je pensais, car soudain, un coup sur la tête, puis le noir total.

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Dernière édition par vifesprit le Dim 03 Mai 2009, 19:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Mer 01 Avr 2009, 20:09

Chapitre XIV: Petite discussion entre ennemis

"....Réveillera dans quelques minutes.
_ Il est prêt pour Ekaterina ?
_ Seigneur, non !
_ Oh doucement ! Je demandais ça comme ça.
_ Tu devrais pourtant bien le savoir. Il faut d'abord leur administrer un sort de soin et un onguent. Alors seulement ils sont prêts pour Ekaterina. Elle n'aime pas qu'ils s'évanouissent sans arrêt. Ça l'agace méchamment."
Petit rire nerveux.

J'ouvris les yeux pour distinguer un plafond en Jade sculpté comme on en trouve seulement dans les résidences des nobles kurzicks. J'étais donc revenu dans le château Zu Heltzer...mais y étais-je vraiment ? Je ne reconnaissais aucun visages penchés sur moi.
"Regarde moi son air réjoui ? interrogea l'un des visages. Vifesprit,tu sais pas où t'es ?
Après cela, c'était facile à deviner. "Chez les Vasburg, murmurai-je.
_ Exactement."
Je voulus me dégager, mais mes muscles n'obéissaient pas. Je ne savais pas s'ils m'avaient jeté un maléfice de paralysie ou tout simplement ligoté comme un saucisson. "Ecoutez, dis-je d'un ton ferme. Vous ne vous rendez sans doute pas compte de ce que vous êtes en train de faire, mais je vous conseille de vous arrêter. Ou bien vous allez me libérer ou bien me tuer. Si vous me tuez sans déclaration de guerre officielle à la maison Zu Heltzer, le grand conseil des Nobles vous grilleront le cerveau; vous ne me tuerez donc pas, vous finirez par me libérer; aussi je vous conseille de le faire tout de suite.
_ Te tuer, Vifesprit ? déclara l'inconnu de son haleine fétide. Comment pourrions-nous faire cela ? T'es déjà mort. Tout le monde le sait. T'es mort dans le vallon de la Fougère, Te souviens pas ?
_ Ils vous grillerons le cerveau, insistais-je. Vous êtes fous ? Comment peut-on avoir envie de sentir sa cervelle qui crépite pendant qu'un abruti dira : tiens ça sent le cochon grillé ?
_ Qui sait ? " fit l'autre nonchalamment. Puis se retournant vers un de ses collègues, il dit: "Prévenez Ekaterina, il est prêt." Des mains m'aidèrent à me relever. Je sentis ma peau se tendre : j'étais donc seulement ligoté, mais inutile de gaspiller mes forces pour l'instant.

Une clochette retentit et on me dit d'un ton sec : "Tâche d'être poli, Vifesprit. Voici le Baron Vasburg."
Mirek Vasburg fit son entrée, à moitié ivre. Il était tel que je l'avais toujours vu à des centaines de banquets. Épanoui, rougeaud, habillé avec trop de recherche...et ivre.
Il me toisa, les pieds bien écartés, les mains sur les hanches, vacillant un peu. "Vifesprit, dit-il, Vifesprit, hum, comme c'est dommage. On aurait pu faire quelque chose de vous si vous ne vous étiez pas mis au service de cette crapule de Zu Heltzer. Dommage. Vraiment dommage."
Il était soûl, il déshonorait la noblesse et il avait bien plus de crimes sur la conscience que moi, mais je ne pus réprimer une nuance de respect en m'adressant à un chef de clan : "Monsieur, dis-je aussi calmement que je pus, il doit y avoir un malentendu. Rien ne s'est passé que la maison Vasburg peut considérer comme une provocation au meurtre, n'est-ce pas ?
_ Non, dit-il, rien que l'on puisse légalement considérer comme une provocation. Ce salaud de Petrov s'est contenté de me voler mes projets, d'acheter le grand conseil, de suborner mes témoins de me souffler Trembleforêt !" Sa voie s'était fait perçante. Mais des années de beuveries lui ont donné l'expérience suffisante pour reprendre d'une voie normale: "Non pas de provocation. Il a pris bien soin de ne tuer aucun des membres de ma maison ou affiliés. Il est malin Petrov, il respect la loi Petrov, mais c'est quand même un fils de pute !"

Il reporta son attention sur moi : "Espèce de salaud ! Reprit-il. De tous les plus immondes tours de cochon qu'on m'a joués, c'est vous qui remportez la palme. Moi, fit-il en me frappant la poitrine, moi, j'avais trouvé le moyen de commettre sans risque un meurtre illégal. J'avais le moyen de déshonorer Petrov en montrant que les étrangers qu'il engage ne sont incompétents ou trop bourrer pour rentrer chez eux sans faire une chute mortelle et voilà que vous faites bêtement le mort. Vous avez filé trouillard que vous êtes."
Il fit mine de s'assoir sans regarder s'il y avait une chaise pour le recevoir. Un acolyte zélé eut le temps de glisser une chaise pour sauver les fesses de son patron. "Vifesprit, continua Mirek Vasburg avec un grand geste, je suis un artiste, au fond.
_ Bien sûr, répondis-je machinalement.
_ Oui un artiste, un rêveur., un visionnaire." Pour un peu, je croyais entendre le Comte Petrov Zu Heltzer. "Je voulais Trembleforêt, Vifesprit, et je l'aurai. D'ailleurs je ne peux malheureusement pas rester plus longtemps, mais ne vous inquiétiez pas, je vous laisse entre de bonnes mains...". Titubant légèrement le baron quitta la pièce, pendant que se dessinait un regard mauvais mêlé de peur sur le visage de mes geôliers.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Mer 08 Avr 2009, 19:09

Chapitre XV: Tête à tête

Mes geôliers quittèrent à leur tour la pièce, une clef tourna dans la serrure. Je me roulai aussitôt sur le plancher, espérant trouver un objet assez tranchant pour couper mes liens, mais il n'y avait rien.
Tim Vifesprit, chef du projet Trembleforêt. Tim Vifesprit futur destructeur des « Pacifistes ». Tim Vifesprit était là en train de se rouler sur le sol dans la cave d'une des plus ignobles Maison Kurzick qui aient jamais déshonoré la noblesse, sans autre avenir que la perspective sans doute de trahir, et avec un peu de chance mourir sans trop souffrir. Heureusement Sandra ne le saurait jamais. Elle croirait que j'étais mort comme un idiot, dans le vallon de la Fougère, bouffé par quelque bête sauvage.
Il y eut des bruits dans le couloir. Quelqu'un injuriait une autre personne pour sa lenteur à ouvrir la porte. Un bruit aigu dans la serrure, suivit d'un bruit sourd comme un corps qui s'écroule. On venait me chercher ?

Mais quand la porte s'ouvrit, du plancher où je gisais, au lieu d'une forêt de jambes cuirassées, j'aperçus seulement deux chevilles fines et blanches. Plus haut, la créature était pâle et maigre aux longs cheveux blonds. Un sourire figeait ses traits; elle avait les lèvres minces et exsangues. Dans une main, elle tenait une aiguille de quinze centimètres emmanchée sur un poignée de jade.
"Je vous aime, dit la voix de la femme étrange. Ils disaient qu'il faudrait que j'attende, mais je n'ai pas eu la patience." C'était Ekaterina.
Je voulus crier au secours, mais j'avais la gorge nouée; elle s'agenouilla auprès de moi, les yeux brillants. Il me sembla que la température de la pièce baissait de dix degrés. Elle colla ses lèvres exsangues sur les miennes : on aurait dit du fer chauffé à blanc. J'eus l'impression qu'on m'arrachait la moitié la tête. Cela dura quelques secondes, puis tout sombra dans une brume rouge.

"Réveille-toi, reprit la voix sans timbre. Je te veux. Réveille-toi." Une douleur fulgurante me traversa le coude droit, je poussai un cri, je contractai les muscles de mon bras. Et mon bras bougea...
Mon bras avait bougé !
Les lèvres glacées se posèrent encore une fois sur les miennes, et l'aiguille plongea dans ma mâchoire, cherchant la masse du nerf facial trijumeau où elle s'enfonça. Je me débattis dans la brume rouge pour éviter de sombrer. Mon bras avait bougé. Elle avait couper mes liens en donnant son premier coup. L'aiguille fouilla encore dans mes chairs, la douleur était insupportable, d'une ultime secousse je me libérai.
Je crois bien que je la saisie à la gorge et que je serrai. Je ne suis pas sûr. Et je ne tiens pas à être sûr. Mais au bout de cinq minutes, peu m'importaient sa présence et ses avances. Je parviens difficilement à me mettre debout, dégourdissant péniblement mes muscles ankylosés.

Je sortis et faillis trébuché sur un corps. En me penchant sur lui, j'aperçus quelques gouttes de sang et de sérum en train de coaguler dans le creux qui se dessinait entre les deux tendons qui supportaient son cou décharné. Ekaterina n'avait eu besoin que d'un coup pour atteindre la moelle épinière. Elle possédait vraiment une connaissance approfondie de l'anatomie du système nerveux.
Je récupérai quelques pièces sur le cadavre. Le couloir était vide, visiblement Ekaterina terrorisait tout le personnel du baron. J'aperçus la pâle lumière du jour sous une porte au bout du couloir. Je n'avais plus rien à perdre et je me précipitais vers l'extérieur.
La porte donnait sur une petite ruelle, elle aussi déserte. Les traces sur le sols indiquaient qu'elle devait servir à débarrasser le baron des corps des amants d'Ekaterina dés qu'elle avait fini de jouer avec.
Je pris la direction de la grande voie. Je m'arrêtai devant un restaurant ambulant pour grignoter de quoi tenir encore debout. Mon bras droit me faisait encore souffrir horriblement et c'est de la main gauche que je payais mon encas avec l'argent du mort.
Je me renseignais sur l'heure qu'il était. J'appris que j'étais resté près d'une journée chez ce brave baron. Il me fallait reprendre le chemin du château Zu Heltzer pour mon rendez-vous avec Ester au risque de tomber à nouveau sur les sbires du baron.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Jeu 23 Avr 2009, 00:30

Chapitre XVI: Fuite en avant

Si j'avais été quelqu'un de censé, j'aurai étudié les éléments que j'avais appris et désigné mes priorités. J'aurai surement déduit que l'attaque dans l'arbre immeuble que j'occupais était donc bien l'œuvre du Baron Vasburg, mais qu'il n'était pas le seul à vouloir ma mort, vu les nombreux incidents dont j'avais été victime. Danika ? Peut probable, elle avait eu l'occasion de la faire dans le vallon de la Fougère et j'étais toujours en vie. Il y avait donc un autre joueur à s'amuser avec ma vie. Un homme censé aurait surement décidé de fuir au plus vite. Malheureusement, la souffrance infligée par Ekaterina et la chance d'avoir échappé à une mort aussi sûr que douloureuse ne m'incitait pas à la sagesse.

Aussi, je me dirigeais vers l'auditorium. J'avais besoin de voir Sandra, de voir son visage, de m'assurer que je n'étais pas dans un enfer créé par je ne sais quel dieu absurde. Je me faufilais rapidement dans les ruelles, j'évitais le plus possible les patrouilles autant de gardes que de jeunes nobles en quête d'un affrontement, histoire de se dégourdir le poignet.
J'arrivais enfin devant l'auditorium. Malédiction, il était fermé ! Comment est-ce possible ? Quel dieu avais-je donc offensé pour qu'il m'en veuille à ce point ? La veille gérante de l'échoppe d'à côté rassasia ma curiosité, la duchesse Sandra Durheim est partie avec toute sa cour dans la capital impériale pour donner un récital à l'empereur. Finalement, s'il y a bien un dieu qui guide mes pas, il insiste pour que je rentre pour la capital. Le Comte Petrov Zu Heltzer, Jack Brauer et maintenant Sandra, tous les gens en qui j'ai confiance sont là-bas. Tous sauf cette brave Ester qui doit m'attendre devant le château. Je remerciais la veille dame et m'enfonçais dans le dédale des rues de la cité.

"Ah, vous voilà enfin, Monsieur, s'écria Ester en me voyant, j'étais morte d'inquiétude. Mais qu'avez-vous ? On dirait qu'on vous a battu ?
_ Chut, pas si fort Ester, je vais bien, calmez-vous. Ecoutez moi bien, oubliez le Monsieur, appelez moi Xung, on trouverai étrange que vous appeliez un travailleur sous contrat Monsieur. Avez-vous fait ce que je vous ai demandé ?
_ Oui Mon...Xung. J'ai réservé pour un couple, cela ne dérange pas le caravanier, mais il veut partir dés ce soir et...
_ Il est hors de question que vous veniez avec moi Ester, c'est trop dangereux. De nombreuses personnes souhaitent ma mort. Je ne peux pas vous faire ça.
_ C'est généreux à vous, mais vous n'avez pas le choix. Le château vient de recevoir une plainte en provenance de la maison Vasburg. Un travailleur sous contrat répondant à votre signalement aurait violé et tué une femme faisant partie de la suite du Baron. C'est un crime très grave pour un travailleur. Comme la requête vient de la maison Vasburg, le personnel Zu Heltzer va faire la grève du zèle, mais cela nous laisse peut de temps. Dans quelques heures la ville sera bouclée et passée au peigne fin. Vous n'aurez aucune chance. Est-ce vrai que vous...la femme..
_ Non Ester je ne l'ai pas molestée. C'était l'assassin du Baron et oui, je l'ai tuée. C'était elle ou moi. Comment pouvez-vous douter de moi ? Aurai-je peu faire quelque chose d'aussi ignoble ?
_ Non, bien sûr, c'est que, vos blessures, la description du rapport...Ca m'a chamboulée..Je suis désolée.
_ Ce n'est rien Ester, vous n'allez pas recommencer à pleurer j'espère. Allons, plus le temps de changer nos plans. Le caravanier veut partir tout de suite et bien allons-y."

Nous retrouvâmes le caravanier à la porte nord de la cité en train de charger un fourgon avec ses assistants. Je jette un regard furtif sur les gardes stationnés prés des battants monumentaux de la porte. Leur nonchalance me rassure, ils n'ont pas encore été prévenus.
"Pardon Monsieur Kritcheck, annonce Ester, vous vous souvenez de moi ?
_ Hum, ah oui, la petite dame de la maison Zu Heltzer ! J'en déduis que votre mission pour la capital est maintenue."Ester acquiesce."Bien,bien, nous étions d'accord pour cinq cents pièces d'or, il me semble.
_ Oui, je les ai ici...
_ Chacun, ajouté le caravanier le sourire en coin
_ Comment ?! Mais je croyais que, commença Ester.
_ Bien sûr, dis-je, évidemment cinq cents pièces d'or maintenant, cinq cents à l'arrivée."
Monsieur Kritcheck me fixa cherchant une faille dans mon regard. Malheureusement pour lui, ma journée avait été très difficile et j'étais trop fatigué pour me laisser impressionner. Après de longues secondes de silence, le caravanier ouvrit la bouche :
"Ok d'accord, filez moi l'argent et allez vous placer dans le fourgon six. Vous n'en sortez que si je vous le demande. Pigez ?" J'acquiesçai tandis qu'Ester payait nos places."Nous partons dés que le chargement est fini, alors grouillez vous de monter à bord, sinon je pars sans vous.", jeta l'homme en retournant à ses assistants.

Ester et moi montâmes à bord du fourgon. La moitié du compartiment était déjà occupé par une grosse cargaison d'ambre. Normalement cette cargaison devrait servir pour le projet Trembleforêt, mais visiblement Danika ou un de ses sbires trouvait plus rentable de la vendre, en toute discrétion, à des marchands peut scrupuleux de la capital. Si l'ambre était ici, alors avec quoi Danika construisait les bâtiments nécessaires au projet. Voilà un point qu'il faudrait que je mette au point avec son père le comte Petrov, dés que j'aurais retrouver ma véritable identité.
Pour l'heure, je m'en fichais de l'ambre, l'important c'était que je sorte de la ville au plus vite. Soudain un choc, la caravane se mettait en route. L'angoisse me gagna quand nous arrivâmes au niveau de la grande porte. Ester me broyait la main, cherchant du réconfort dans mon regard. Un garde s'approcha, fit un signe au caravanier, visiblement ils se connaissaient car le garde ne chercha pas à faire la moindre inspection et nous sortîmes ainsi de la ville.
Quand la porte ne fut plus guère qu'un point à l'horizon, Ester me lâcha enfin la main. "Au fait Ester, c'est quoi cette histoire de mission dont vous avez parler avec le sieur Kritcheck ?
_ Oh, ça, je, je vous expliquerai plus tard. Voulez-vous à boire, euh, Xung ?
_ Volontiers", répliquai-je remarquant pour la première fois à quel point ma gorge était sèche. Après tout, le danger était écarté, nous avions un certain temps à passer ensemble dans ce fourgon, ses explications pouvaient attendre. Je me retournai pour contempler le paysage.


Fin de la troisième partie

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Dim 03 Mai 2009, 19:11

Partie IV: Vérités

Chapitre XVII: Voyage

Après notre départ, Ester connut quelques instants de folle gaieté, puis elle s'effondra. Elle se mit à sangloter, affolée à la pensée de ce qu'elle avait fait. Elle avait été élevée dans une famille profondément morale et elle ne pouvait pas commettre un crime aussi affreux que la rupture d'un contrat de travail.
"Monsieur, gémissait-elle...Xung...si seulement j'étais sûre d'avoir bien fait ! Je sais que vous avez toujours été très bon pour moi et que vous ne feriez rien de mal, mais j'ai si peur !"
Je lui essuyai les yeux et lui expliquait tout. "Ester, voici ce qui se passe, dis-je, je vous laisse juge. Vasburg a fait une découverte redoutable. Il s'est aperçu qu'il existait des gens qui n'ont pas peur d'avoir le cerveau grillé par les élémentalistes du conseil de Nobles s'ils commettent un crime sans honneur. A son avis, le comte Zu Heltzer lui a soufflé le projet Trembleforêt dans des conditions irrégulières et il est prêt à tout pour reprendre l'affaire. Il a essayé au moins deux fois de me faire assassiner. En plus il est à craindre des trahisons internes. Danika m'a assommé quand je suis parti à sa recherche dans le Vallon, puis elle m'a embarqué sous une fausse identité à bord d'un transport de main-d'oeuvre, laissant un autre cadavre à la place du mien. J'ai d'abord pensé que Danika était de mèche avec le baron pour renverser son père et prendre le pouvoir sur la cité, mais maintenant je n'en suis pas si sûr."

Je voyais bien que mes révélations enfonçaient de plus en plus Ester vers la dépression."Je ne sais pas comment tous ses éléments se raccordent, dis-je. Mais j'étais membre d'une cellule pacifiste...
_ Oh! Monsieur !
_ Ce n'était qu'un prétexte, m'empressai-je de préciser. J'étais coincé dans les mines d'ambres et je ne voyais que le réseau pacifiste pour me donner le moyen de rentrer à la cité. Il y avait une cellule pacifiste, je m'y suis inscrit, fait jouer mes talents et réussi à me faire transférer dans la cité. Vous savez le reste."
Elle demeura un long moment silencieuse, puis demanda : "Vous êtes sûr d'avoir bien fait ?
_ Certain, Ester", dis-je en priant les dieux que cela soit vrai.
Elle sourit. "Je vais aller chercher nos rations. Vous feriez mieux de rester ici."

Quarante heures plus tard, peu avant d'arriver au Bosquet Enchevêtré, dernier avant-poste avant la frontière séparant le royaume kurzick et le grand empire canthien, le convoi fit une halte improvisée.
"Que se passe-t-il, me demanda Ester, le visage appeuré.
_ Je n'en sais rien. Je.." Soudain un caravanier surgit dans notre compartiment. "Toi, rugit-il en me désignant, tu m'aides à décharger les caisses."
Je croyais qu'une patrouille nous avait arrêtés, mais il n'en était rien. La caravane était l'objet d'un curieux manège. D'un côté nous déchargions les caisses pleines d'ambres, de l'autre nous les remplacions dans la caravane par des caisses pleines de tissus. Moi qui pensait que Danika se servait de sa position pour faire du trafic d'ambre avec l'empire, voilà encore une supposition concernant la fille du comte qui voulait en éclat. Décidément, je ne comprenais rien aux agissements de cette femme.
Quelques heures plus tard, nous reprenions la route avec notre nouveau chargement et nous pénétrâmes dans le Bosquet Enchevêtré.

Passé le Bosquet, la lumière se fit plus vive, nous commencions à sortir de la grand forêt d'Echovald. Allons, pensai-je, tout va finir par s'arranger : le comte est dans la capitale, j'ai quelques relations, je le retrouverai facilement. Par le comte, je pourrai toucher Sandra... Mon cœur se serra un instant à cette pensée. D'ici ce soir nous serions dans les murs. Ester me sourit et disparue chercher nos rations du jour.
Comme d'habitude, elle revint une dizaine de minutes plus tard. Habituée à la faible luminosité du royaume kurzick, chaque sortie l'assoiffait énormément, elle se précipita sur sa gourde d'eau. Je tendis la main, mais elle ne voulait pas me donner la mienne. "Eh bien ?, fit-je.
_ Excusez-moi, monsieur.."Elle se raidit la main crispée sur son ventre et une grimace lui tordit le visage. Stupéfait, je la pris par le bras. Elle était d'une mortelle pâleur, un comble pour une femme dont la peau à naturellement la couleur blanc du lait, et poussait des gémissement de douleur.
"Ester, dis-je, que se passe-t-il ? Qu'est-ce...?
_ N'en buvez pas, réussit-elle à articuler, la main toujours serrée contre son estomac. La gourde...du poison..." Ses ongles lacérèrent le tissu de sa tunique, puis tracèrent sur sa peau des sillons sanglants.

Je la pris dans mes bras et me précipitais vers le fourgon médical. Le visage d'Ester se détendait et mon inquiétude s'accrut encore. Elle dit d'une voix faible : "Sandra...une garce...Vous a laché. Une garce. C'est drôle. Vous n'êtes pas kurzick, mais vous êtes trop bien pour elle. Elle ne voulait pas...ma vie...la vôtre." Un nouveau spasme contracta ses traits. "La secrétaire contre la princesse. Classique. Ridicule. Vous ne m'avez même jamais embrassée..."
Je n'en eus pas le temps. Elle avait perdu connaissance quand un moine me rejoignit. En la voyant, il prit un air soucieux. Nous emportâmes Ester à l'intérieur du fourgon médical. Il lui administra quelques soins. La poitrine d'Ester commença à se soulever et à s'abaisser et elle ouvrit les yeux.
"Où...êtes...vous ?" demanda le moine en articulent soigneusement. Elle remua légèrement la tête et j'eus un moment d'espoir;
"Elle réponds ? murmurai-je à l'ecclésiastique,
_ Je ne sais pas", dit-il de son ton le plus professionnel. Elle agitait toujours un peu la tête, le moine continuait à guetter ses réactions. "Qui...êtes...vous?" Elle eut un imperceptible frémissement des paupières, puis ne bougea plus. Après un ultime sursaut, c'était fini.
Le moine entreprit de m'expliquer avec ménagement : "Je vais arrêter d'entretenir le sort. Ne croyez surtout pas qu'il y ait encore un espoir. C'est un cas contre lequel on ne peut rien. Je sais bien qu'il est souvent difficile, pour quelqu'un que des liens d'affections unissent au patient, de croire que..."
Je regardai les paupières battre encore, irrégulièrement, dans leur simulacre de vie. "Arrêtez", dis-je d'une voix rauque. Le moine prononça un mot et Ester se figea, à jamais.
"Elle a eu des nausées ? ", m'interrogea le moine. J'acquiesçai. "C'était son premier voyage en dehors de la forêt pétrifiée ?" j'acquiesçai encore. "Pas de symptômes précurseurs ? " Je secouai la tête. "Des vertiges pourtant ?" J'acquiesçai, sans être sûr...Il devait avoir une idée derrière la tête. Il continuait à poser des questions et les réponses me venaient comme si j'étais un automate. Allergies, tendances aux hémorragies, règles douloureuses, crises de lassitude dans l'après-midi...Il finit par conclure d'un ton catégorique : "Je crois que c'est la maladie de Boispirite. Nous la connaissons assez mal. Cette affection est une sorte d'allergie à la lumière non filtrée par la pierre des arbres d'Echovald. Cela touche certains natifs du royaume, cela provoque une chaîne de réactions se manifestant par des..."
Il me regarda et changeant soudain de ton : "J'ai un peu d'alcool dans le placard, dit-il, Voulez-vous..."
Je pris le flacon qu'il me tendait, puis me rappelant brusquement : "Vous trinquerez bien avec moi", dis-je.
Il accepta et, sans se faire prier, but une gorgée au flacon à double goulot. Je vis sa pomme d'Adam monter puis descendre. "Doucement, me dit-il. Nous arrivons bientôt."

Je m'attardai encore quelques minutes tout en l'observant, puis portant le récipient à mes lèvres, je bus une bonne lampée d'alcool à quarante degrés. C'est à peine si je pus me trainer jusqu'à mon fourgon.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Jeu 07 Mai 2009, 16:45

Chapitre XVIII: Du grand Art

J'avais la gueule de bois, j'étais accablé par le chagrin, fou d'angoisse et exaspéré par la lenteur des formalités du donjon de Maatsu,bastion verrouillant l'entrée de la grande cité de Kaineng, la fabuleuse capitale impériale. Je devais avoir l'air complètement abruti. C'est à peine si je distinguais les caravaniers dire aux officiers impériaux : " Allez-y doucement avec ce type...Il vient de perdre sa petite amie."
Face aux fonctionnaires du service d'accueil, je m'étais fixé une attitude bien définie : j'ignorais tout de la mission prévue par Ester ; j'étais Xung Li Xiu, travailleur sous contrat pour le compte des Zu Heltzer, et le mieux à faire était de m'adresser au Comte Petrov. J'avais cru comprendre que nous devions nous présenter à lui. Les officiers discutèrent le problème et me firent attendre sur un banc tandis qu'on se renseignait auprès du consulat kurzick.

J'attendis en essayant de réfléchir. Ça n'était guère facile. Aussi je portais mon attention sur le panneau d'affichage en face de moi. Il comportait nombres de petites annonces, offres d'embauches et publicité pour touriste en manque de plaisir érotique. Quelques unes de ses annonces attirèrent mon attention, notamment celle-ci :

Pour vous qui ne supportez plus l'enfermement des grandes villes.
Avoir votre liberté de mouvement vous est cher. Le professeur
Xanghû a la solution contre vos rhumatismes.

Il peut vous apporter la joie et la liberté dont vous avez besoin.
Cette vérité est à porter de votre main. Pour cela,
Il vous suffit de contacter le Pr Xanghû par la voie habituelle.


Un messager arriva en provenance du consulat. Comme je m'y attendais, la maison Zu Heltzer n'avait jamais entendu parler d'un travailleur sous contrat du nom de Xung Li Xiu. Les officiers commençaient à me dévisager en murmurant. Dans un instant, ils allaient surement m'envoyer un garde.
Je me levais de mon banc : il me restait plus qu'une solution, et elle était effrayante. Je fis les petits gestes de la main qui, exécutés dans un certain ordre, constituent le Grand Signal de détresse des « Pacifistes ».
Un garde se fraya un chemin jusqu'à moi et me posa la main sur l'épaule. "Vous n'allez pas faire d'histoires ? Dit-il.
_ Non, répondis-je d'une voix sourde. Montrez-moi le chemin."
Il fit à l'adresse des officiers du bureau d'accueil un petit signe apaisant auquel ils répondirent en souriant, satisfaits de voir que leur problème, c'est à dire moi, passer dans d'autres mains. Le garde m'entraîna, me poussant de la pointe de son épée à travers les files de voyageurs ébahis. Je me laissai conduire dans une rue commerçante bâtie le long du tunnel.

"Arrêtez", fit le garde. Nous étions à côté d'un magnifique lampadaire de pierre. "Arrachez-moi mon épée, me souffla-t-il à l'oreille. Assenez-m'en un bon coup avec le plat derrière l'oreille. Renversez le lampadaire, puis filez dans la ruelle à droite. Au milieu, il y a la boutique de Xanghû, entrez et donnez-lui la poignée de main convenue. Bonne chance...et tâchez de ne pas me fracturer le crâne.
_Vous...vous êtes...bredouillai-je.
_Oui, dit-il avec amertume. Et je regrette bien d'avoir vu votre signal de détresse. Ça va me coûter deux galons et me faire sauter un tour d'avancement. Allez, vite."

Je m'exécutai. Je m'emparai de son épée et l'assommai avec tout le réalisme dont j'étais capable, renversai le lampadaire au milieu des exclamations apeurées des passants. Cela fit un fracas de tonnerre qui se répercuta sous les voûtes du tunnel. Je me précipitai dans la boutique du fameux Xanghû et me trouvai en face d'un homme grand et mince au menton orné d'une barbiche.
"Que signifie cette intrusion ? Demanda-t-il. Je ne reçois que sur rendez-vous..." Je lui donnai la poignée de main convenue. "Vous cherchez refuge ? Interrogea-t-il aussitôt, renonçant à ses airs de mage.
_Oui. Vite."
Il me fit traverser le hall et pénétrer dans un petit observatoire à la coupole transparente où se trouvaient un télescope, des cartes célestes, des horloges et des bureaux. Il pressa vigoureusement la surface de l'un de ceux-ci qui pivota sur ses gonds, révélant un puits et des échelons. "Descendez", ordonna mon hôte.

J'obéis et plongeais dans les ténèbres.
Le temps me sembla bien long, enfermé dans ce petit réduit obscur. Soudain, j'entendis au-dessus de moi un bruit de voix. L'une était suave et pontifiante de Xanghû. L'autre était la voix pétulante et exaspérante d'une femme que je devinai obèse. Tous deux semblaient être assis autour du bureau qui dissimulait ma cachette.
"...Me semble vraiment exorbitant, mon cher Professeur.
_Comme vous voudrez, madame. Si vous voulez bien m'excuser, je vais retourner à mes calculs et potions...
_Mais, Professeur Xanghû, je ne voulais pas dire...
_Vous me pardonnerez, madame, d'avoir conclu, peut-être un peu hâtivement, que vous n'étiez pas disposée à me régler le montant habituel de mes honoraires...fort bien. Maintenant, voulez-vous me dire le jour et l'heure de votre naissance ?"
Elle lui confia ces renseignements à voix très basses et je me demandai un instant comment Xanghû se débrouillait avec les clientes qui dissimulaient leur âge.
"Bien...Le taureau en conjonction avec le phénix...Le cochon céleste à l'ascendant en triple aspect...
_Comment ? Intervint la dame d'un ton méfiant. J'ai quelques connaissances du grand Art et je n'ai jamais entendu parler de tout cela.
_Vous devez comprendre, madame, répondit Xanghû toujours avec sa voix suave, qu'un observatoire situé au plus haut de la cité permet bien des possibilités dont vous n'avez sans doute jamais entendu parler. Il est possible de pousser le grand Art jusqu'à un degré de perfection dont vous n'avez pas conscience.
_Oh ! Naturellement. Mais oui, continuez, je vous en prie, Professeur. Pourrai-je observer mes astres à travers votre télescope?
_Plus tard, madame...Nous disons donc..."

L'établissement du « thème » astrologique dura encore une demie-heure; il y en eut encore deux autres, puis ce fut le silence. J'allais m'endormir quand la tête de Xanghû apparue au-dessus de moi."Sortez, dit-il. Je n'attends personne avent douze heure d'ici."
Je me coulai hors du trou.
"C'est vous, Xung Liu Xiu ? déclara le professeur.
_Euh, oui, dis-je, ahuri.
_Nous avons reçu un rapport à votre sujet. Dieu sait quels sont vos projets; c'est trop compliqué pour moi." Je m'aperçus qu'il gardait une main enfoncée dans la poche de sa tunique."Je ne suis pas de taille à m'occuper de votre cas. Un membre du Comité central doit venir incessamment pour essayer de voir clair dans votre affaire. Vous n'avez rien à dire ? Vous ne voulez pas avouer que vous êtes...je ne sais pas, moi...un agent provocateur ? Un fournisseur de feux d'artifices ?"
Je ne répondis rien.
"Très bien", dit-il. Une porte dans la maison s'ouvrit et se referma. "Ce doit être elle, l'envoyée du Comité", annonça-t-il.

Et sur ces entrefaites, Sandra, mon cœur, ma folie, la duchesse Durheim entra dans l'observatoire.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Dim 24 Mai 2009, 18:17

Chapitre XIX: Début de réponses

"Tim, fit-elle, stupéfaite. Par les dieux, Tim, répéta-t-elle, en riant nerveusement. Tu n'as pas voulu attendre, n'est-ce pas? Tu n'as pas voulu resté sagement planqué dans ta mine au frais ?"
L'astrologue tira une dague de sa manche en demandant à Sandra: "Faut-il..?
_ Non. Je le connais, c'est bon. Vous pouvez nous laissez seuls. Je vous en prie."
Il nous laissa. Sandra se laissa tomber dans un fauteil en tremblant. J'éatais incapable de faire un geste. Ainsi la femme que j'aimais était une pacifiste de premier ordre. J'avais cru la connaître; je m'étais trompé. Elle m'avait sans cesse menti et je m'étais aperçu de rien.

"Rien à dire ?", demandai-je. Piètre début.
"Tu es scandalisé ?, dit-elle se reprennant. Toi l'étranger œuvrant pour la cause kurzick, moi la noble kurzick faisant tout pour que tu échoues. Ban sang, explosa-t-elle, tout ce que je t'ai demandé, quand j'ai retrouvé mon bon sens, c'était de disparaître une fois pour toute de ma vie et de mon coeur. La plus grosse gaffe que j'aie jamais faite, ça a été d'empêcher Vasburg de te tuer.
_ C'est toi qui m'as fait assommer par Danika ?
_ Je pense bien.
_ Impossible que Danika trahisse la cause kurzick, tu mens !
_ Mais qu'est-ce que tu crois ? Elle n'a pas trahie. Tu la gênais pour ces affaires, nous avions un intérêt commun pour te faire disparaître, c'est tout. Mais au nom du Ciel, que fiches-tu ici? Qu'est-ce qui te prend de jouer au surhomme ? Pourquoi ne peux-tu pas me ficher la paix ?" Elle criait à tue-tête maintenant.

Sandra était un pacifiste, Danika était à son compte, mais chacune décidait de ce qui valait mieux pour ce pauvre Tim et elles le faisaient. Et Vasburg aussi. C'était à qui me déplacerait comme un pion sur l'échiquier politique kurzick.
"Echec à la reine," dis-je en lui assenant une bonne gifle. Cela la calma un peu, me considérant d'un air un peu surpris. "Fais venir ton charlatan, dis-je.
_Tim, que veux-tu faire ? reprit-elle sur un ton plus naturel.
_ Fais-le venir ici, maintenant !
_Tu n'as pas d'ordres à me donner...
_Vous, là-bas, criai-je. Le sorcier !"

Il se précipita et arriva juste sur mon poing, l'assommant sur le coup. Secouant ma main endolorie, je me penchait sur lui pour le fouiller. Je retrouvai la dague et repoussai Sandra. Elle me regarda avec stupéfaction, tout en se frottant machinalement la hanche.
"Tu es un triste individu, déclara-t-elle d'un air solennel.
_ Mais certainement , répliquai-je. Le comte Petrov sait que tu es dans la capitale." Ce n'était pas tant une question qu'une affirmation. Sandra acquiesça de la tête. "Bien, tu vas m'écrire une lettre de sauf-conduit au nom de Xung Li Xiu."

Elle ne répondit rien et ne fit pas un geste vers le bureau.
"Ecoute bien, dis-je. C'est Xung Li Xiu qui te parle. Xung, qui a été assommé, poignardé, voloé, enlevé. Il a vu la seule amie qu'il avait en ce monde mourir empoisonnée sous ses yeux. Il a été victime d'une sadique qui connaissait trop bien l'anatomie. Il l'a tuée et il s'en vante. Il est si bien coincé qu'il ne s'en tirera peut-être jamais. La femme dont il croyait être amoureux s'est révélée être une garce et une fanatique qui ment comme elle respire. Xung n'a rien à perdre, je n'ai plus rien à perdre.
_Et, demanda-t-elle calmement, qu'as-tu à gagner ?
_Assez lambiné. Écris !
_Pas avant d'avoir fait encore une dernière tentative. Un mot m'a blessée: « fanatique ». J'avais deux raisons de te faire expédier aux mines. Je voulais te soustraire aux coups des tueurs de Vasburg. Et je tenais aussi à ce que tu aies un aperçu de ce qu'est la vie d'un travailleur. Je pensais, je ne sais pas, moi, je pensais que tu verrais ainsi à quel gâchis on en est arrivé. On s'en aperçoit pas quand on est dans les hautes classes; c'est plus sensible quand on est tout en bas. Je croyais que tu reviendrais de là-bas, je pourrais te faire entendre raison et que nous pourrions travailler de concert à la seule tâche qui mérite qu'on s'y attache: la paix. Ça n'a pas marché, c'est dommage, tu es toujours le même vieux Tim. Enfin, j'aurai essayé."
Un bref silence, puis elle reprit, "Allons, fais ce que tu crois être ton devoir. Ne te laisse pas arrêter par la crainte de me faire du mal. Ce ne sera pas pire que les soirées passées à nous jeter des mots désagréables à la tête. Ni les fois où je devais aller à des réunions du P.A.X. Dont je ne pouvais pas te parler et où il fallait que je supporte ta jalousie. Et crois-tu que c'était agréable de t'expédier aux mines pour essayer de faire de toi un homme sain d'esprit, malgré les ravages de la propagande ? Et de ne jamais pourvoir t'aimer complètement, de ne pouvoir me donner à toi corps et âme à cause de ce secret entre nous. Un coup de dague est une plaisanterie à côté de ce que j'ai enduré.
_La lettre",dis-je essayant de garder une voix ferme.
"Et que comptes-tu faire après ? Me demanda-t-elle pendant qu'elle écrivait. Tu n'aura pas fait deux pas dehors que tu te fera arrêté.
_Ne t'inquiète pas pour moi. Je suis né ici, je connais ces toits comme pas poche. C'est plutôt toi qui devrait t'inquiéter pour ton avenir.
_Tu comptes nous dénoncer, n'est-ce pas ?, dit-elle en me tendant la lettre.
_Je...je vais vous laisser à toi et à tes amis encore deux jours de grâce. Le temps pour vous de déménager votre quartier général, de changer vos signes de reconnaissance et de toute cette ridicule mascarade. Je ne veux jamais te revoir."

J'enjambais le corps de l'astrologue, passais la porte du fond et m'enfuyais par les toits, laissant La duchesse Durheim, mon ex-amour, chef des pacifistes, seule dans l'observatoire.

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Dernière édition par vifesprit le Lun 25 Mai 2009, 23:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Lun 25 Mai 2009, 23:16

Chapitre XX: Mon nom est Tim Vifesprit

Filer entre les toits et arriver devant l'ambassade Zu Heltzer de la capital fût un jeu d'enfant, enfin, si on excepte les toits effondrés, les niveaux supplémentaires qui avaient poussé pendant mon absence dans le royaume kurzick, les multiples détours et impasses, sans compter la vermine qui n'avait pas arrêter de me mettre des bâtons dans les roues. C'est donc vivant, mais dans un triste état que je me présentais au garde de faction dans le magnifique hall de l'ambassade Zu Heltzer.

Le garde regardait tour à tour le sauf-conduit, puis ma mise de vagabond, ne sachant pas trop comment réagir. L'idée de la violence n'allait sans doute pas tarder le bout de son nez, quand, les dieux soient loués, le comte Petrov Zu Heltzer entra en personne, accompagnés de gardes chargés de sa protection. Je fis un pas vers lui. Aussitôt, deux des quatres gardes sortirent leurs dagues. Je stoppais net, sachant que les deux autres devaient avoir des armes encore pires.
"Vous ressemblez... mais vous êtes Tim !", annonça le comte avant de m'empoigner par les épaules et de m'entrainer dans une valse endiablée à travers la pièce sous l'œil ahuri des gardes . "Qu'est-ce que c'est que cette plaisanterie? Que vous est-il arrivé mon garçon?" Il s'arrêta, un peu essoufflé après tous ces efforts.
"J'ai procédé à une petite enquête personnelle, dis-je. Et je crois bien que je me suis mis dans un mauvais cas. Disons pour le moment que j'ai tenté un voyage d'étude qui s'est mal terminé. Disons que je me suis momentanément déchu de mon plein gré pour étudier l'opinion et le fonctionnement des travailleurs sous contrat pour le projet Trembleforêt...et que ça a mal tourné. Je vous en prie, Monseigneur, ne me demandez pas d'autres détails pour l'instant. Je suis assez mal en point. J'ai faim, je suis épuisé, sale et traqué.
_D'accord,Tim. Vous êtes un bon élément et vous ne m'avez jamais déçu et les dieux savent à quel point je suis heureux de vous retrouver. Le projet Trembleforêt a besoin de vous. Tout va mal. La porte intérieure violette est à peine commencée alors que la porte extérieure devrait déjà être terminée.
_Mais je croyais votre fille Danika sur le coup.
_C'était le cas. Elle a bien su mener le projet juste après votre départ. Mais un autre projet prioritaire l'a retenu.
_Et qui dirige l'opération alors ? demandai-je.
_Moi. Nous avons essayé tour à tour divers membres du conseil, et ça n'a pas marché. Malgré tout ce que j'ai à faire, il a fallu que je prenne la direction du projet Trembleforêt. Ah! Ce que je peux être content de vous voir!"

Il m'emmena dans une petite pièce. Un groupe d'assistants entra à notre suite, installa un lit de camp, un bureau, deux chaises et disparu. "Jetez donc un coup d'œil là-dessus, dit-il en tirant de sa veste une liasse de notes. Ce sont les derniers rapports. Voyez ce qu'on peut faire, je vous fait monter un repas et nous en reparlerons demain, c'est d'accord ?
_Oui, Monseigneur."
Il me fit un grand sourire et s'en alla emportant avec lui ses gardes du corps. Je parcourus d'un regard vague les parchemins sur la table. Deux minutes plutard, j'étais déjà en train d'optimiser la production et améliorer certains rendements. Bref j'étais de retour et ça faisait du bien de se retrouver en famille.

"Je vous en prie, Monseigneur, dis-je. Demain, pas aujourd'hui.
_ Bon Tim, fit-il. C'est bien parce que c'est vous." Le comte m'avait surpris au saut du lit, mais il retint néanmoins les questions qui lui brûlaient les lèvres: où avais-je été, qu'avais-je fait ? "Bien, je me suis quand même arrangé avec les formalités. Vous êtes à nouveau reconnu par le royaume kurzick comme répondant au nom de Tim Vifesprit. De fait, même les mandats d'arrêts des autorités locales sont sous votre ancien nom de travailleur, vous n'êtes donc plus inquiété."
Le cauchemar commençait enfin à prendre fin. Je me sentais à nouveau moi-même.
"Bon travail, fit-il en désignant les feuilles que j'avais noircies la veille au soir. Revoyez cela avec Jack Brauer, voulez-vous ? Il est mieux placé que personne pour ajouter certains détails techniques. Ah! Et puis faites vos bagages : nous rentrons par la prochaine caravanne...j'oubliais; vous n'avez pas de bagages."

J'allai trouver Jack, pelotonné comme un chat au milieu de son grand lit dans une chambre voisine e la mienne. L'homme se retourna et me regarda d'un air vague; il avait l'air aussi ravagé que son visage. "Tim, dit-il d'une voix pâteuse. Encore un foutu cauchemar.
_Jack, debout, Jack. Il est l'heure de se réveiller."
Il s'assit d'un bond et me foudroya du regard. "Qu'est-ce que ça veut dire?...Oh! Bonjour, Tim. Je me rappelle maintenant. Om m'a parlé de ça hier soir."Il tendit son bras vers un bouteille de bière, prit une gorgée avant d'enchaîner: "Mon dernier conseil: ne soyez jamais un héros. Vous ne méritez pas ça...Allez me chercher une autre", dit-il en montrant la bouteille vide.
Je passai dans le couloir le laissant le temps de s'assoir au pied de son lit. A peine sorti, un assistant se précipita vers moi, une bouteille à la main. Son sourire narquois indiquait : « Comme d'habitude, n'est-ce pas ». Je pris la bouteille sans un mot et retourna dans la chambre.
"Ooh ! Mon dos, gémit Jack. Je crois que je vais rentrer dans un monastère. Si vous saviez tout ce dont sont capables les courtisanes kurzicks expatriées ici pour un peu d'exotisme. Je suis tout ce dont elles rêvent: Kurzick à l'apparence Luxon, un bonheur de perversité. Et je m'efforce d'être à la hauteur de ma réputation, vous comprenez..", fit-il un sourire au lèvres avant de se jeter sur la bouteille. Pas de « s'il vous plaît » et pas d'avantage de « merci ». Comme si tout ça lui était dû. Il avait changé.
_Vous pensez que vous pourrez travailler un peu ce matin ? demandai-je assez sèchement.
_ Ça se pourrait, dit-il d'un ton nonchalant. C'est la maison Zu Heltzer qui paie, après tout. Dites-moi, que vous est-il donc arrivé pendant tout ce temps ?
_Je faisais une enquête...
_Vous avez vu Sandra Durheim ? dit-il. Une femme formidable, vous savez, Tim." Il eut encore un sourire, un de ceux que faisaient naître des souvenirs peut-être précis. En tout cas, c'était un sourie qui ne me plaisait pas...pas du tout.
"Ravi que vous l'appréciez", dis-je sans autre commentaire. Il prit une autre gorgée et dit en posant la bouteille avec précaution. "De quel travail vouliez-vous me parler ?"

Nous travaillâmes ainsi tout le reste de la matinée, lui dans son nuage alcoolisé, moi tendu par ses remarques souvent salaces. Peu avant l'heure de déjeuner, un garde entra nous donner l'ordre du départ. J'allais pouvoir enfin retourner dans la cité Zu Heltzer avec mon vrai nom et j'avais du ménage en retard.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Lun 08 Juin 2009, 19:58

Chapitre XXI: Moi parano? C'est eux qui vous l'ont dit ?

Le retour dans le royaume kurzick se passa sans encombre et sans mort contrairement à l'aller. Peut-être était-ce dû aux provisions de nourritures et d'eau dont je m'étais pourvu avant de partir et qui comme moi, ne quittaient jamais mon compartiment. Le comte me trouvait un peu excessif, mais laissait faire, après tout cela ne concernait que moi et cela me rassurait.
Arrivé à la cité Zu Heltzer, je racontai toute l'histoire au comte Petrov. Enfin, pas vraiment toute l'histoire. Je passai sous silence l'intervention de sa fille, n'ayant aucune preuve à charge si ce n'est ma parole qui a ce moment là ne valait pas grand chose. Car en effet, le comte ne crut pas un mot de mon récit. Il eut l'amabilité de ménager pourtant ma susceptibilité.
"Tim, loin de moi l'idée de vous faire le moindre reproche, dit-il avec bienveillance. Vous avez subi une rude épreuve. Nous connaissons tous ces combats avec la réalité. Ne vous croyez pas le seul dans votre cas. On a parfois besoin d'être...aidé. Je connais d'ailleurs un excellent analyste, un envouteur qui ..."
Je le foudroyais du regard.
"Allons, allons, reprit-il d'un ton apaisant. Attendez...Laissez moi vous expliquer tout ça...
_ Vous aller peut-être m'expliquer ça, criai-je, en lui montrant mon tatouage maquillé dont je devais bientôt être définitivement débarrassé.
_Si vous voulez, dit-il sans se démonter. Tout cela entre dans votre brève...disons brève escapade hors de la réalité. Vous avez été victime, ce que les professionnels appellent, les visions de regrets. Vous vous êtes fui vous même. Vous avez pris une nouvelle identité et vous en avez choisi une aussi éloignée que possible de celle que vous avez normalement. Vous avez choisi la vie douce et fainéante d'un travailleur sous contrat..."
Je savais maintenant qui avait perdu le contact avec la réalité !
"Vos horribles calomnies contre Vasburg sont extrêmement clair claires. C'est votre véritable nature qui tentait de resurgir. Écraser l'opposition, vaincre la concurrence, la détruire. Vous êtes un combattant dans l'âme,Tim ! Votre rencontre avec cette Ekaterina, par exemple, est une illusion assez classique !
_Par les dieux, m'écriai-je, regardez ma mâchoire ! Regardez ce trou ! Ça me fait encore mal ! "
Il se contenta de sourire en disant: "Je reconnais bien là votre sens du détail et félicitons-nous que vous ne vous soyez pas plus gravement blessé. Vous comprenez, Tim...
_Et Sandra ? Demandai-je d'une voix rauque. Et les informations que je vous ai données sur les pacifistes ? Les poignées de mains, les signes de ralliement, les mots de passes, que faites-vous de tout ça ?
_Tim, fit-il d'un ton persuasif, je vous l'ai dit, ce n'est pas réel. C'est un phénomène d'hostilité sexuelle favorisé par la dissociation de votre personnalité Xung-Vifesprit. Sandra vous a repoussé et elle est devenue le symbole de tout ce que vous haïssiez: les pacifistes. De plus votre autre personnalité a bien pris soin de rendre vos renseignements invérifiables et donc inattaquables. Sinon pourquoi votre vrai vous aurait gardé secrets ces renseignements imaginaires jusqu'au moment où les pacifistes auraient l'occasion de tout changer. « Xung » prenait ces précautions. Vifesprit revenait, il se sentait sur le point d'être évincé, il s'est ménagé une porte de sortie...
_Mais je ne suis pas fou ! Il faut me croire !
_ Ces conflits au niveau de l'inconscient....
_Je vous dis que Vasburg a des tueurs ! Et qui ne respectent pas le code !
_Mon envouteur vous parlera mieux de ça que moi."
Finalement je cédai, sauf sur un point : « J'accepte tout à condition que vous ne me contrariez pas sur un point : Faites attention à vous et veillez sur moi aussi. Vasburg a des tueurs...d'accord, je crois, Xung croit ou je ne sais qui dans ma tête croit que Vasburg a des tueurs. Si vous voulez bien me faire cette concession – faire attention à vous et veiller sur moi – je vous promets de me tenir tranquille. J'irai même voir votre envouteur.
_Entendu,"fit-il en souriant toujours.
Pauvre vieux Petrov. Qui pourrait lui en vouloir? Chaque mot que je prononçais venait bouleverser son univers de rêve.

On me rendit mon poste à la tête du projet Trembleforêt, mon tatouage d'identification qui me démange encore un peu, mon bureau, une nouvelle secrétaire et une escorte en armes. Comme promis, j'allai voir l'envouteur du comte Petrov pour qu'il analyse mes problèmes de conscience. Les envouteurs, vous y allez pour un problème de visions de regrets et dés qu'ils ouvrent la bouche vous regrettez d'être venu les voir. Je savais que l'envouteur répetait tout ce que je lui disais au comte Petrov. J'engageai un étudiant des arcanes secrètes pour qu'il m'invente des traumas justifiant l'hypothèse selon laquelle mont « stage » chez les travailleurs avait été une fugue de névrosé; le gamin était doué, l'envouteur buvait mes paroles comme du petit lait.
Il est un point pourtant sur lequel je ne cédais pas: je continuais à affirmer que ma vie et celle du comte Zu Heltzer étaient en danger.
Le comte et moi étions de plus en plus liés. Il croyait avoir opéré conversion, d'avoir fait de moi le fils névrosé qu'il n'avait pas eu. Et j'avais un peu honte de le mener en bateau. Il était très gentil avec moi. Mais c'était une question de vie ou de mort. Le reste ne comptait pas.
Le jour vint où le comte Petrov me dit : "Je crois bien, Tim, que toute cette mise en scène de cape et d'épée a assez duré. Je ne vous demande pas de vous priver de ce dernier rempart qui vous protège de la réalité. Mais pour ma part, un chef de clan doit montrer sa bravoure même fasse au danger. Aussi je vais congédier mes gardes.
_Ils vous tueront ! Ne pus-je m'empêcher de m'exclamer.
_Nous verrons bien, fit-il en secouant la tête. Je n'ai pas peur."
Toute discussion était inutile. Le soir même le comte Petrov sombrait dans le coma.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Mar 09 Juin 2009, 20:40

Chapitre XXII: Les chaises musicales

Vous pouvez imaginez ce que fut la journée du lendemain au château Zu Heltzer. Il y eut un conseil d'administration spécial au quel je me rendis toujours escorter par mes gardes du corps. On évoqua évidemment la bravoure, le sens du devoir et du sacrifice du comte Petrov Zu Heltzer. Mais personne au conseil n'y attacha beaucoup d'importance. Ils ne pensaient qu'à une seule chose : qui allait diriger la maison Zu Heltzer pendant la convalescence du comte ?
En théorie, le système kurzick est un système de promotion au mérite. Plus on effectue de missions, de quêtes et de travaux pour une maison, plus on récupère des réquisitions d'équipement de la dite maison et plus on a de réquisitions, plus on a de l'importance dans les votes du conseil de cette même maison. Pour éviter que des dynasties de familles ne monopolisent le pouvoir la loi kurzick impose que la moitié des réquisitions d'équipement soient distribuées à des personnes ou groupe extérieur à chaque maison kurzick. Ainsi la maison Zu Heltzer qui représente 70 000 réquisitions d'équipements, ne peut en donner que 35 000 à ces membres. Mais il était courant que les grands chefs de maison rachetaient les autres réquisitions au travers d'hommes de paille.
Ainsi le comte Petrov possédait en son nom propre uniquement 7 500 réquisitions. Moi-même, qui était encore assez jeune dans la maison, bien qu'ayant peut-être le poste en second, j'avais accumulé quelques 857 réquisitions. Le plus gros possesseur de la maison Zu Heltzer était Andru Pitrak qui avait amasser 8 300 réquisitions. Théoriquement Andru avait donc plus de pouvoir que le comte Petrov, mais il savait bien qu'en cas de vote, la masse des 35 000 réquisitions extérieures viendraient toutes soutenir Petrov avec une mystérieuse unanimité. De toute façon, Andru était loyal envers le comte, intègre mais sans imagination ni ambition.
Le compte Petrov étant dans le coma, la loi demandait a ce que ces réquisitions soient temporairement redistribuer aux membres du conseil, le temps de son rétablissement qui pouvait durer longtemps, voir indéfiniment. Le comte, homme prévoyant, avait fait une liste de redistribution en cas où il serait dans l'incapacité d'exercer son pouvoir. Généralement chez les Kurzicks, cela correspond à faire son testament, mais dans le cas présent, l'homme étant encore à la limite du royaume de Grenth, la distribution ne serait que temporaire, le temps qu'il se décide à choisir de quel côté son âme partirait. Mais tels des charognards, les membres du conseil ne se faisant pas d'illusions sur l'état du comte, attendaient avec impatience la lecture de cette liste afin de savoir qui serait le nouveau patron. Seule Danika était absente, ce qui ne pouvait dire qu'une seule chose: ce n'est pas à elle que le comte avait décidé de confier ses réquisitions. Cette donnée à elle seule, donnait l'eau à la bouche des jeunes loups du conseil et notamment de Jaun Stumi qui, à en voir la petite cour respectueuse qui s'agglutinait autour de lui, était visiblement le favori.

Enfin, un exemplaire de la liste fut distribué à chacun. Mon regard tomba aussitôt sur ce passage :
A mon cher ami et collaborateur Tim Vifesprit, je lègue mes quatre-vingt quatre réquisitions d'équipements que je possède en tant que membre fondateur de l'Institut pour l'étude et la diffusion de l'ondulation harmonique du Si bémol, organisation déclarée d'utilité publique; étant entendu qu'il y consacrera ses heures de loisir à participer activement aux travaux de l'Institut et à l'accomplissement de sa noble tâche.

L'institut du je-ne-sais-trop-quoi en si bémol ! Du n'importe quoi ! En face de moi Jaun Stumi avait le sourire éclatant. L'enflure avait pratiquement tout raflé. Stumi s'éclaircit la voix et le silence aussitôt se fit dans la salle du conseil.
Le grand homme parla."Nous sommes un peu serrés ici, messieurs. Je propose de mettre aux voix une motion excluant de la salle toute personne étrangère au conseil..."
Je me levai en disant : "Je vais vous épargner cette peine, Stumi. Venez les enfants. Je reviendrai peut-être, Stumi", dis-je. Et je sortis avec ma garde.


L'Institut pour l'étude et la diffusion de l'ondulation harmonique du Si bémol occupait un modeste logement dans un des arbres-immeubles les plus éloignés du château Zu Heltzer. L'absence de ménage et mes sens de rôdeur affuté m'ont permis de trouver, assis derrière son bureau, caché sous un monticule de bouteille, en train de ronfler bruyamment, le directeur de l'établissement. Cela me donnait un air de « déjà vu ».
"Debout, feignant !", criai-je délicatement dans l'oreille du dormeur.
L'homme sursauta. "Excusez-moi monsieur. Je ne vous avais pas entendu entrer. Qu'est-ce que vous voulez ?
_ Je voudrais voir vos livres de comptes. Je suis le nouveau parton...par interim." Je lui montrai la liste de redistribution. Il hocha la tête et alla prendre les livres dans un extraordinaire coffre-fort dissimulé derrière une statue de pierre.
Trois heures passées sur la comptabilité me révélèrent que l'Institut n'avait d'autre raison que de posséder soixante-cinq pourcent des réquisitions de la compagnie de traitement des égouts de la zone sud. Je revins dans le couloir et dis à mes gardes. "Venez, les enfants. En route pour la zone Sud."
Je vous épargnerai les détails. La piste me mena de petites sociétés à d'autres compagnies sans intérêt apparent et de fil en aiguille, je me retrouvai à la tête d'un consortium d'entreprise possédant l'ensemble des 35 000 réquisitions d'équipements de la maison Zu Heltzer réservé aux non-membres.

Deux semaines plus tard, le conseil était réuni, je pénétrai dans la salle avec mes gardes.
Stumi présidait. Il avait l'air hagard et épuisé : on aurait dit que depuis quinze jours il passait son temps à chercher quelque chose qu'il n'arrivait pas à trouver.
"Vifesprit, gronda-t-il. Je croyais vous avoir fait comprendre que vous deviez laisser votre régiment au vestiaire ! "
Je fis un petit signe au brave Andru Pitrak que j'avais mis dans la confidence. Avec la même loyauté qu'il avait toujours témoignée à Petrov, il récita : "Monsieur Stumi, je propose que les membres du conseil soient autorisés à se faire escorter de gardes en nombre suffisant pour assurer leur protection.
_Je vote pour, dis-je. Allons les enfants, apportez les papiers." Mes gardes en souriant, firent glisser dans ma direction des caisses pleines de procurations à mon nom.
Il fallut un moment pour les compter et pour en vérifier l'authenticité. Pour, 57 300; contre, 12 700. tous les votes contre venaient de Stumi et de lui seul. Il n'y avait pas d'abstentions. Les autres étaient passés de mon côté sans perdre une seconde, même Danika à ma grande surprise.
Ce bon vieux Andru proposa que la direction par intérim de la maison Zu Heltzer me soit confié. Voté à l'unanimité. Puis il proposa que Stumi fût mis à la retraite. Voté à l'unanimité. Histoire de bien faire comprendre qui étaient les nouveaux maîtres de la cité, divers membres du conseil ayant outrageusement léché les bottes de Stumi furent aussi destitués. Voté à l'unanimité.
Ça y était. J'étais le maître (par interim le comte étant toujours dans le coma) de la maison Zu Heltzer. Et j'avais appris à mépriser tout ce que soutenait la maison.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Sam 20 Juin 2009, 17:16

Chapitre XXIII: Interrogatoire

"Un messager pour vous Monsieur, annonça ma secrétaire, on a arrêté un pacifiste dans la zone sud, sur dénonciation de ses voisins. Dois-je prévenir votre escorte ?
_ Bien sûr que oui, bon sang ! M'écriai-je. Combien de fois devrai-je vous répéter la même chose ? Qu'ils soient prêts dans deux minutes.
_ Excusez-moi, Monsieur, bredouilla-t-elle...je pensais que comme c'est assez loin...
_On ne vous paie pas pour penser. Bougez vous et plus vite que ça !" Je n'aurais peut-être pas dû être aussi brutal avec elle, mais je voulais à tout prix retrouver Sandra, quand bien même il me faudrait pour cela découvrir toutes les cellules pacifistes du royaume. Officiellement elle était en voyage dans la capitale impériale pour des récitals , mais grâce aux espions Zu Heltzer que je commandais maintenant, je savais que c'était faux, J'avais contraint Sandra à se cacher _ de crainte que je ne la dénonce _ maintenant je tenais à la retrouver.

Une heure plus tard, j'étais au siège central de l'association de protection mutuelle de la zone sud, ce que tout le monde appelait la caserne de la milice de la zone sud. Le capitaine en personne vint nous accueillir, mes gardes et moi. "C'est un honneur pour nous, dit-il. Un grand, un très grand honneur Monsieur Vifesprit. Que puis-je faire pour vous ?
_ Vous avez reçu un message vous ordonnant de ne pas commencer l'interrogatoire du suspect avant mon arrivée. M'avez-vous attendu ?
_Naturellement, Monsieur. Quelques-uns de nos hommes l'ont peut-être secoué un peu, histoire de le mettre en train, mais il est en très bonne forme.
_Je veux le vois. Maintenant !"

Il me montra le chemin, empressé. Pendant que nous remontions le couloir, je me demandais où j'avais bien pu voir la bobine du capitaine, j'étais sûr de l'avoir déjà vu quelque part. Tant pis, la mémoire me reviendra surement.
Le suspect était assis sur un tabouret. C'était un travailleur sous contrat d'une trentaine d'années, sur sa figure quelques bleus.
"Une chaise, dis-je; et je m'assis en face du suspect. Je m'appelle Vifesprit, lui dis-je. Et Vous?"
Il me regarda d'un air surpris. "Kiroz, dit-il, d'une voix bien timbrée, Bobani Kiroz. Pouvez-vous me dire de quoi il s'agit ?
_On vous soupçonne d'être pacifiste."

Un frémissement parcourut les gens de la milice. Je violais là le principe le plus élémentaire de la jurisprudence en informant l'accusé de la nature des charges retenues contre lui. Je le savais mais je m'en fichais pas mal.
"C'est absolument ridicule, déclara Kiroz. Je suis un respectable père de famille. Qui a bien pu vous raconter cela ?
_Dites-lui qui ", ordonnai-je au capitaine.

Il me regarda avec des yeux ronds, ne pouvant croire ses oreilles. "Monsieur, dit-il enfin, avec tout le respect que je vous dois, je ne peux pas prendre une telle responsabilité. On n'a jamais vu ça ! Le droit protège les informateurs...
_J'en prends la responsabilité.
_C'est que..Je ne...
_Ecoutez! Vous ne pouvez pas le dire au suspect, mais vous pouvez le dire à moi n'est-ce pas? lui dis-je . Dites le moi dans l'oreille, ensuite quittez la pièce, je serai ainsi le seul et unique responsable."

Il paru réfléchir un moment, puis un sourire apparu sur son visage. Ca y est, je le reconnaissais. Le capitaine était le portrait craché de Pinhg, le travailleur que j'avais rencontré pendant ma malheureuse expérience des mines. Il pariait tout le temps avec un autre travailleur, quel était son nom ? Ah oui, Markus. Mais cela ne pouvait pas être Pinhg, il faut connaître trop de pistons pour être capitaine de milice. Il paraît que chacun a un sosie dans le monde, je venais juste d'en avoir la preuve.
Le capitaine me souffla à l'oreille : « il s'agit de sa voisine de palier, une certaine Hélène Theleh et...
_Et elle est enceinte je parie, l'interrompais-je
_Mais, mais c'est exact, comment le savez-vous ?
_Classique, un nouvel enfant, besoin de place rapidement. Vous pouvez sortir." Je me retournais vers le suspect tandis que le capitaine sortait avec ses hommes. "Et bien, Kiroz, dis-je, il paraît que c'est une certaine madame Theleh."

Il se mit à jurer et je l'interrompis: "Je suis pressé, dis-je. Vous savez, bien sûr, que votre compte est bon. Parlons peu, mais parlons bien. J'ai beaucoup d'influence. Je peux faire en sorte que votre famille reçoive une forte pension pendant votre absence, si vous acceptez de coopérer et si vous avouez que vous êtes un pacifiste."
Il réfléchit quelques instants, puis dit : "Entendu, je suis un pacifiste. Qu'est-ce que ça change? Coupable ou innocent, je suis fichu de toute façon, alors autant en finir tout de suite.
_Si vous êtes un vrai pacifiste, citez-moi donc quelques passages de Togo?"
Il n'avait jamais entendu parler de Togo et se mit à improviser péniblement: "Eh bien! Il y a celui qui commence par: le premier devoir d'un pacifiste est..euh..de reconnaître les Luxons comme des êtres humains...Je ne me souviens pas de la suite, mais je suis sûr que cela commence ainsi.
_A peu près", dis-je, tout en pensant : Complètement à côté de la plaque mon pauvre, Togo parle de la paix entre Humains et Tengus, pas entre Luxons et Kurzicks. Les vrais pacifistes se servent de son texte comme base de débats. Togo était un de ces héros semi-mythiques dont on imposait la lecture des œuvres dans toutes les cellules. Je tentais quand même une dernière question. "Maintenant parlez-moi un peu de vos réunions de cellule ? Qui y participe ?
_Je ne les connais pas par leur nom, dit-il avec plus d'assurance. Nous avons un numéro. Il y a un type aux cheveux noirs, c'est le chef, et puis..."

Je sortis.

Je rencontrai le capitaine qui rôdait d'un air inquiet dans le couloir, et je lui dis: "Je en crois pas que ce soit un pacifiste."
J'étais le patron de la plus importante cité kurzick et lui qu'un petit capitaine de section, mais cette fois, c'en était trop. Il se dressa sur ses ergots et me dit avec une extrême dignité : "Nous sommes chargés de faire respecter la justice, Monsieur. Et il y a une vielle maxime qui dit : « Mieux vaut faire souffrir injustement mille innocents que de laisser échapper un seul coupable. »
_Je connais ce dicton, dis-je. Adieu, Capitaine."

Mon chef d'escorte s'approcha de moi, un message en provenance du château venait d'arriver, un autre pacifiste arrêté dans le secteur des habitations au nord-ouest. Nous partîmes sur le champ.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Ven 26 Juin 2009, 20:41

Chapitre XXIV: Fatigue

Lorsque dans la soirée je rentrais épuisé au château, je découvris Danika dans mon bureau. Elle était venue réclamer des ressources en hommes supplémentaires pour son projet dont je ne savais pas grand chose si ce n'est que c'était une demande du grand conseil des nobles. Bref, on me laissait à l'écart de ce projet-là et j'avais intérêt à bien rester à ma place, Danika ne s'empêchant pas de me faire remarquer à chaque fois que je n'aurai peut-être pas des anges gardiens pour me protéger la prochaine fois que je sortirai en forêt. De toute façon, trop fatigué pour me battre sur le terrain politique, je lui offrais les services de la section Orange afin qu'elle parte de mon bureau au plus vite.
Je m'écroulais sur mon magnifique fauteuil en cuir symbole de mon autorité. Pourtant ce soir, Danika venait de me rappeler que sur ce continent, on ne sait jamais qui tire vraiment les ficelles. Bien qu'une migraine commençait à me percer les méninges, je fis le point sur ma journée.

Après la visite à la milice du secteur sud, nous filâmes dans le secteur des habitations. Le suspect se révéla être une criminel de profession. Il avait tenté de cambrioler une bijouterie, s'était emparé de cargaison de bois-spirite laissant un message grandiloquent faisant allusion à la vengeance des pacifistes et menaçant les riches pourvoyeurs de mort. Cela afin de détourner les soupçons.
Il n'était vraiment pas très fort.
J'eus une longue conférence avec le chef de la milice du secteur. Il commença par me dire que la plupart des pacifistes arrêtés durant les deux derniers mois s'étaient révélés être des individus comme celui-là, puis il m'avoua que toutes les arrestations pratiquées depuis deux mois leur avaient livré des gens de ce type. Autrefois, ils détruisaient des cellules pacifistes au rythme d'une à deux par semaine. Peut-être, pensait-il, s'agissait-il là d'un effet de mode.

De là nous partîmes pour Trembleforêt afin que je puisse superviser l'avancement, l'équipe Orange avait terminé, l'équipe Verte pratiquement, seule l'équipe Violette avait encore du retard.
Enfin je rentrai au château et changeai de gardes. Fichue journée. Si on excepte la visite surprise de Danika, cette journée était l'exacte réplique de toutes celles qui s'étaient écoulées depuis que j'étais à la tête de la maison Zu Heltzer.
Un rapport trainait sur mon bureau. Je m'en saisis, il s'agissait d'un rapport du chargé des coffres.


Objet: Jack Brauer

Monsieur,

Nous versons à monsieur Jack Brauer de gros émoluments en qualité de conseiller. Je me suis renseigné _ et j'espère n'être pas en cela sorti de mes attributions_ et j'ai appris qu'il ne prodiguait guère les consultations. Je dois également mentionner que depuis quelques semaines, il a pris de grosses avances. Si nous cessions aujourd'hui de faire appel à ses services, il serait notre débiteur pour des sommes importantes.
En outre, je dois également vous prévenir que les secrétaires de mon service se plaignent de ses assiduités.
J'en appelle à votre sagesse monsieur afin de résoudre ses désagréments.

Cordialement,

M. Hector, gardien du trésor Zu Heltzer.



Je me rendis compte que je n'avais pas vu Jack depuis quelque temps. Je demandai à ma secrétaire de l'équipe de nuit si Brauer se trouvai dans le château, et dans ce cas de le convoquer.
Il arriva, puant l'alcool et se lamentant : "Par Balthazar, Tim, il faut pas exagérer! Je venais chercher une des filles pour l'emmener passer la soirée quelque part et voilà que votre équipe de choc me tombe dessus. Est-ce que vous ne prenez pas un peu trop au sérieux cette histoire de consultations techniques? Que voulez-vous de plus ?"
Il avait l'air en piteux état. Soudain, je ne pus m'empêcher de penser à Sandra et il me fallut quelques temps avant de comprendre pourquoi.
"Eh bien? Fit-il Qu'est-ce que vous avez à me regarder comme ça? Qu'est-ce que j'ai? Mon col est mal mis?"
L'alcool masquait un peu le reste, mais je sentais quand même le parfum à base d'huile de nagas. A ma connaissance Sandra était la seule kurzick à utiliser ce parfum si rare.
"Désolé, Jack, dis-je d'un ton parfaitement calme. Je ne savais pas que c'était votre nuit de fête. Ca peut attendre. Amusez-vous bien."
Il grimaça un sourire et sortit d'un pas trébuchant.
Dés qu'il quitta l'étage, j'appelai mes espions." Prenez Jack en filature, dis-je. Filez-le et filez tous les gens qu'il rencontrera. Jour et nuit. Si vous découvrez quelque chose qui en vaille la peine, il y aura une prime et de l'avancement pour vous tous. Mais si vous loupez cette occasion, malheur à vous.

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MessageSujet: Re: [Recit] Ambre à gogos   Sam 27 Juin 2009, 14:58

Chapitre XXV: Retrouvailles

J'étais dans un tel état que plus personne n'osait m'approcher. Je n'y pouvais rien. Je ne vivais plus que dans l'attente du rapport quotidien des sbires qui filaient Jack. Tout le reste m'ennuyait et m'agaçait.
Au bout d'une semaine, vingt-quatre experts en camouflage et filature étaient occupés à surveiller Jack et les gens à qui il avait adressé la parole. Il y avait parmi eux des serveurs de restaurant, des femmes, beaucoup de femmes, quelques amis de beuverie, un garde de la milice avec lequel il s'était pris de querelle un soir qu'il était ivre _ mais était-il vraiment ivre et s'agissait-il d'une véritable querelle ? _ et d'autres personnages de même acabit.

Un soir, je trouvai ajoutée à la liste la note suivante : «Travailleuse, entre vingt et trente ans, un mètre soixante-trois, peau très pâle, mal habillée, joue de la musique dans les restaurants, très bonne musicienne. Brauer lui a jeté une pièce pendant son récital. Peut-être y a-t-il eu échange de documents mais je n'ai pas pu m'en assurer de loin. Une collègue la prise en filature. »
C'était peut-être elle. Je demandais un rapport plus complet sur elle. J'appris que cette femme habitait un arbre-immeuble réservé aux couples mariés, mais qu'elle y vivait seule, elle avait prétendu que son mari était travailleur dans les mines d'ambres. Je suivis mon instinct, ramenai tous les espions à la maison, congédiait mes gardes du corps et m'en allai à pied, seul dans la nuit.

Ma formation de pacifiste m'avait apprise à forcer la serrure des appartements. J'utilisais cette connaissance, pour pénétrer dans l'appartement en essayant de faire le moins de bruit possible. Je m'approchais de la forme tapie dans le lit. Soudain les couvertures furent jetées en arrière et une dague griffa ma gorge.
"Sandra", di-je.
Elle lâcha son arme. "Tim, Idiot, murmura-t-elle. Que fais-tu là ? Vasburg cherche toujours à te tuer, tu sais, ils n'ont pas renoncé...
_Je sais, dis-je. Mais j'ai voulu faire un geste, Sandra. Je mets ma vie en balance pour te montrer que je suis sincère quand je dis que tu as raison et que j'avais tort.
_Comment m'as-tu trouvée ? demanda-t-elle d'un ton méfiant.
_Jack, il avait ton parfum sur lui." Sandra se leva, inspecta les fenêtres et verrouilla la porte.
"Trêve de plaisanterie, Sandra, dis-je. Je ne suis pas venu ici simplement pour t'embrasser dans les coins, avec ou sans ton consentement. Je suis venu te dire que je suis de ton bord. Demande-moi quelque chose et je te l'accorde."
Elle me dévisagea longuement et dit : "Trembleforêt ?
_C'est à toi.
_Tim, dit-elle, si tu mens...Si tu mens...
_Tu le sauras demain. Jusque-là on ne peut rien dire de plus n'est-ce pas? Nous sommes coincés là pour la nuit, n'est-ce pas?
_Ah, je reconnais bien là le Tim calculateur que je connais. Les portes de l'arbre-immeuble doivent être déjà fermées à cette heure-ci. Oui, soupira-elle. Nous sommes coincés là pour la nuit." Et puis soudain, d'un ton passionné: "Par Dwayna, comme tu m'as manqué !"

Le soleil vient de se lever, mais sous la pénombre de la forêt d'Echovald on le distinguait à peine. Sandra réajusta le col de ma veste avant d'ouvrir la porte de l'appartement. Vasburg et deux de ses hommes forcèrent le passage pour rentrer. Vasburg, le visage congestionné, oscillait d'un pied sur l'autre, chacun de ses acolytes tenait une dague braquée sur moi.
Entre deux hoquets sentant la veille bière, Vasburg déclara : "Vous avez mal choisi votre endroit pour aller courir le guilledou, Vifesprit. Ma petite, si vous voulez vous écarter..."
Sandra ne s'écarta pas. Elle fonça droit sur Vasburg, lui plantant un couteau sur le nombril. Le gros visage rouge de Vasburg devint d'une pâleur de craie. "Vous savez ce qui vous reste à faire, dit-elle d'un ton menaçant.
_Jetez vos armes par terre, les enfants, dit-il dans un souffle. Bon sang, jetez-les !"
Les deux hommes échangèrent un regard surpris. "Allez-vous les jeter par terre !"

Ils mirent une éternité à s'exécuter, mais ils finirent par s'y résigner. Vasburg sanglotait presque.
"Allongez-vous au sol face contre terre", dis-je pour me donner bonne contenance.
Nous ne prîmes pas la nacelle où nous aurions fait des cibles trop faciles. Nous descendîmes les escaliers à pied. Ce fut une longue opération, surtout avec Vasburg qui ne cessait de pleurnicher et de bredouiller.
Nous l'escortâmes ainsi jusqu'à la Grand Voie et nous nous coulâmes dans la foule, le laissant encore suant de peur sur le trottoir.

Un peu plus tard, Sandra et moi nous retrouvâmes en sécurité dans mon bureau. Ma secrétaire nous apporta le petit déjeuner, puis je lui donnais sa journée, Sandra et moi avions des choses à discuter qui demandaient un peu de discrétion.
"Assez badiné, annonça Sandra, son déjeuner terminé. Tu m'as dit que je pouvais avoir Trembleforêt. J'y compte. Nous savons quoi en faire. Jack nous a tout dit. Il est des nôtres, Tim.
_Depuis quand ?
_Depuis toujours, dés ses premières missions côté Luxons, il s'est pris d'amitié pour certains d'entre-eux parmis les plus humbles. Il déteste le gaspillage de vie pour protéger les privilèges d'une minorité. Nous devons empêcher un massacre des deux côtés.
_Ok que proposes-tu ?
_ Voilà le plan." Et nous passâmes la journée enfermés dans mon bureau à mettre au point ce fameux plan.

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