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 Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord

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Imiria
Seigneur du Royaume Tellurique


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MessageSujet: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Lun 23 Fév 2009, 13:31

PROLOGUE



Finissant de se raser il s’approcha de la fenêtre à petits carreaux qui le séparait du froid et du vent. Il n’en revenait toujours pas. Comment avait-il pu se laisser entraîner si loin au nord, dans ce trou perdu aux confins du monde ? Cet avant poste en plein pays Norn n’offrait rien du confort douillet auquel il avait pris goût dans les magnifiques demeures du Monastère, de l’Arche ou de Kamadan. Habitué au luxe des réceptions de palais sa minuscule chambre, poutant jugée la meilleure de tout le village, lui semblait en dessous de sa condition, si frustre, si dépouillée.

Le conteur négligea de ramasser la serviette qui venait de lui échapper et porta son regard vers l’extérieur : il neigeait encore. Les rues, si l’on pouvait appeler rues les chemins de terre foulés par les rares passants, disparaissaient lentement mais surement sous une fine couche blanche. Les branches des rares sapins encore debout ployaient, se penchant vers le sol boueux. Quelques réverbères isolés, allumés pendant qu’il se préparait, éclairaient d’une vague et vacillante lueur l’intérieur des hautes palissades. Au loin, la salle commune en forme de casque posé à même la terre résonnait déjà du bruit des fêtards alors que le soleil venait juste de se coucher. Il se produirait sans doute dans cette miteuse parodie des majestueuses constructions du sud, devant quelques dizaines de géants nordiques plus proches du coma éthylique que de la magie du conte.

Mais qu’importe, il serait bien payé. Royalement même. Bien au-delà des cachets pourtant considérables qu’il percevait d’habitude. Que les Norns aient réuni une telle somme pour son voyage l’avait surpris. Il n’avait accepté qu’appaté par le gain. Il le regrettait maintenant. Le petit homme trapu se ressaisit. Après tout, il devait sa renommée à cette contrée. Cela faisait si longtemps, et pourtant cela semblait si proche, si vivant encore, plus proche et plus vivant que jamais maintenant qu’il était tout près de l’endroit de la dernière rencontre...
De grands coups frappés à sa porte le tirèrent de ses rêveries.

« C’est l’heure Maitre Conteur ! »
« J’arrive, répondit-il ulcéré par le manque de tact de ces barbares »

Le conteur n’en croyait pas ses yeux. Son guide l’avait conduit hors du village, marchant vingt bonnes minutes vers le nord-est jusqu’à atteindre une immense cuvette creusée dans la montagne. Il découvrait seulement la foule, silencieuse, recueillie autour de l’estrade centrale. Les immenses barbares s’écartèrent, lui laissant un mince passage vers la scène. Il s’y engagea d’un pas qu’il voulait ferme mais ses jambes tremblantes trahissaient sa surprise et son trac.

Il se hissa sur les planches et, en profitant pour reprendre son souffle, adressa plusieurs saluts respectueux aux notables assis aux premiers rangs. Tous les chefs de tribu Norn semblaient s’être donnés rendez-vous pour l’écouter. Quelques hommes du Sud avaient trouvé place sur les bancs. Ici de riches marchands parés de leurs plus belles fourrures, là un vieux combattant bardé de cicatrices et de tatouages accompagné de sa femme au visage voilé, sans doute impotente puisque seule à rester assise dans sa chaise à porteurs alors qu’il saluait, ici encore un mince jeune homme strictement vêtu, probablement dignitaire détaché par l’Empereur en cette lointaine province. Olaf fils d’Olaf étendit les bras, autorisant la foule à s’assoir. Les Norn étaient restés silencieux. Quel contraste avec les applaudissements que provoquaient ses apparitions dans le sud.

Les feux de la rampe montaient haut, à l’abri du vent. La neige tombait droit sur les Norn tous immobiles. Pas un mot, pas un frottement de vétement ne venait perturber le silence. Ils attendaient une prestation hors du commun. La nuit serait longue. Des milliers d’yeux braqués sur lui, le conteur pris son inspiration.

« Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord, premier tableau ! »
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Imiria
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Lun 23 Fév 2009, 13:37

Premier tableau



Vêtu d’un simple pagne et de ses seuls tatouages rituels, le moine guerrier contrastait avec les toges blanches ornées de fils d’or des ministres qu’il venait de quitter. Son grade, responsable du recrutement et de la formation, dissimulait la grande influence qu’il exerçait déjà sur les plus hautes instances de l’Empire alors qu’il venait juste de passer sa trentième année. Les gardes ne s’y trompaient pas. Ils le laissèrent sortir du palais sans exiger de lui la marque de sceau nécessaire à leurs registres.
Asturia n’y prêta aucune attention. Il était en retard. Son titre lui était revenu uniquement pour justifier de sa présence auprès de l’Empereur mais il mettait un point d’honneur à remplir ses obligations au mieux de ses compétences. En ces temps de guerre la formation des jeunes recrues, pour la plupart enrôlées de force dans les orphelinats, garantissait le renouvèlement des troupes chargées de la défense des frontières et de la reconquête des territoires cédés au chaos. Il fallait des années pour qu’ils soient aptes au combat. Négliger leur orientation aujourd’hui serait mettre demain l’Empire en grand danger.

Le moine pénétra en trombe dans l’enceinte de la grande salle où attendaient les recrues et leur jeta à peine un regard. Son visage durci par la colère rentrée il toisa d’un regard furieux les recruteurs. Tous baissèrent les yeux, conscients du reproche qui leur était adressé : trop jeunes. La majorité des « candidats » étaient encore des enfants, quelques uns seulement des adolescents. Asturia savait que l’Empire était exsangue mas l’idée d’envoyer si jeunes ses élèves à la boucherie le révoltait. Se reprenant, il porta son attention sur les orphelins. La plupart pleuraient, presque tous tremblaient, seuls quelques-uns essayaient de se donner bonne contenance mais leurs regards inquiets les trahissaient.

Les gardes mirent quelques minutes à mettre en rang leurs recrues. Le puissant moine s’assit, les recevant un à un et estimant les capacités physiques et mentales de chacun au mieux. De son jugement, de la profession vers laquelle il les orientait dépendaient leur chances de survie. Il venait de désigner le métier de guerrier à l’un des rares robustes garçons, pour une fois satisfait de son choix, quand il vit s’avancer vers lui non pas une, mais trois fillettes âgées d’à peine dix ans. Irrité il s’apprêtait à aboyer un reproche aux gardes quand il vit avec surprise que ceux-ci écartaient les mains dans un signe d’excuse et d’impuissance.

Le sourire provoqué par le désarroi des rudes guerriers s’effaça brusquement quand son attention revint vers les enfants. Elles étaient si différentes et pourtant si unies, si liées, si dépendantes les unes des autres. Celle de gauche, cheveux flamboyants et tâches de rousseur disparaissant sous la crasse, cachait derrière de longs cils ses yeux rouges des larmes versées. Celle de droite, brune et coiffure en bataille, résignée, semblait avoir déjà accepté son sort, peut-être même sa mort prochaine. Toutes deux, plus grandes en taille, tenaient si fermement la main de la petite blonde qu’elles encadraient que leurs phalanges s’étaient vidées de leur sang. Asturia ouvrit la bouche mais n’eut pas le temps de parler.

« Nous ne serons pas séparées ! »

La petite blonde avait osé l’interrompre, bravant tous les usages ! Elle soutint son regard, plus furieuse que lui encore, la tète penchée en arrière pour lui faire face sans montrer de faiblesse. Plus intrigué que fâché il détailla cette miniature qui le bravait, perchée sur la pointe des pieds pour paraître plus grande. Ses longs cheveux blonds, curieusement très propres et entretenus, lui tombaient sur la taille. De grands yeux bleus sombres lui mangeaient le visage. Ses lèvres pincées se voulaient dures et son petit menton volontaire se dressait pour le défier malgré ses vingt kilos toute mouillée. Mais plus que tout, son expression troubla le rude moine guerrier : elle réussissait à mêler détermination et douceur, tristesse et volonté, force et supplication en un seul regard.

Il réalisa alors que, contrairement à sa première impression, la brune et la rousse ne la protégeaient pas en l’encadrant. C’est à ce petit bout que se raccrochaient les deux autres, comme des affamées à une miche de pain. Elle était le ciment de leur amitié. Elle était la lame qui se dressait pour les défendre. Elle était l’espoir, l’unique espoir de s’en sortir vivantes qu’il leur restait. D’un revers de main il aurait pu l’envoyer bouler à l’autre bout de la salle mais elle l’en défiait :

« Ose, semblait-elle dire, ose montrer à tous ta faiblesse en me frappant ! »

Calmant son orgueil blessé, vaincu comme les gardes par la fierté et le mépris d’une simple gosse, il engagea ses pouvoirs, sondant les capacités de ces trois la. La rousse lui apparut faible, maladroite, bien que de bonne volonté. Il faudrait l’intégrer au groupe à un poste d’appui.

« Elémentaliste d’eau, annonça-t-il d’une voix ferme »

Habitée d’un esprit morbide, déjà à moitié engagée dans le royaume des morts, le choix s’imposa de lui même pour la brune :

« Nécromante ! »

Au final, il plongea dans l’esprit de cette petite fille blonde inflexible mais n’eut pas le temps d’annoncer quoi que ce soit.

« Elémentaliste feu, clama-t-elle. Et pas séparées ! »

Mettant fin d’un coup d’œil sévère aux gloussements à peine dissimulés des recruteurs, le puissant moine guerrier, l’homme que même l’Empereur écoutait ne put que confirmer :

« Elémentaliste feu, oui. Mais vous serez séparées le temps de votre apprentissage. Je vous donne cependant ma parole de vous réunir au combat quand le temps sera venu. »

Un peu déstabilisée, à moitié satisfaite mais assez sage pour se contenter de cette demi victoire, l’insolente petite fille donna son accord d’un hochement de tête avant d’ajouter crânement :

« Je vous rappellerai votre promesse. »

Asturia ne put que s'amuser d'une telle assurance.

« Quel est ton nom petite ? »
« Je suis Imiria, Imiria Lynn… et je ne suis pas petite assura-elle, son visage s’illuminant soudain d’un sourire auquel le puissant moine ne put que répondre. »
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Imiria
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Mar 24 Fév 2009, 14:48

Deuxième tableau



La jeune fille souleva le pan de tissu servant de porte à la tente et sortit, éclairée par la seule lumière de la lune. Les feux du campement brillaient au loin, reflets étoilés dans ses yeux bleus sombres. Elle consacra quelques secondes à fermer et ajuster sa robe bleue de novice tout en repensant au guerrier musclé dont le ronflement sonore transperçait la toile. Décidément ces grosses brutes ne tenaient pas la distance. Elle préférait de loin les souples et énergiques rôdeurs. D’ailleurs l’un d’entre eux ne lui avait-il pas adressé quelques signes ce soir ? avec un peu de chance il serait encore autour des feux.

Enveloppés dans leurs épais manteaux, la tête couverte par leur larges capuches, le visage invisible dans l’ombre, les deux derviches chargés de la suivre se levèrent la ramenant à la réalité de sa situation. Cette surveillance constante l’agaçait au plus haut point. Pourquoi voulait-il tout savoir ? Elle se sentait maintenant coupable, coupable de faiblesse charnelle, coupable de trahir la confiance du puissant moine, surtout coupable de trahir son amour. A coup sur elle aurait encore une fois droit à une crise de jalousie. Bravache, elle avança vers les redoutables espions, se tenant bien droite pour essayer de compenser sa petite taille.

« Ca vous plait de mâter, demanda-t-elle sans attendre de réponse ? »

Elle se détourna en les ignorant et se dirigea d’un pas chancelant vers les feux de camps, sa mince silhouette se découpant sur la lumière lointaine. Après tout elle était jeune. Elle avait envie de vivre, de vivre vite comme le voulait cette époque de guerre. Elle aimait profiter du moindre instant. Elle était libre. Elle secoua la tête pour dissiper les brumes de l’alcool, provoquant de lumineuses vagues sur ses longs cheveux blonds. Se sachant sous le regard des gardes elle prit son temps pour les attacher, se cambrant, prenant soin de tendre le mince tissus de sa tunique sur sa poitrine. Que le désir dévore ces chiens !

De nombreuses recrues n’arrivaient pas à dormir. Regroupés autour des feux, de petits groupes discutaient de la bataille du lendemain ou bien essayaient de tromper leur angoisse en chantant, buvant et dansant. La jeune élémentaliste se joignit à ces derniers. Elle devait évacuer son énergie et dissiper l’effet de plusieurs choppes de bières de nain. Elle joua de sa chevelure en une danse à la fois lascive et violente tout en surveillant les réactions du charmant rôdeur. Elle força la cadence sous l’impulsion des musiciens, consciente que la transpiration plaquait la tunique sur son buste et que sa courte jupe laissait parfois entrevoir ses dessous. Elle aimait jouer de ses charmes.

Une pause lui donna l’occasion d’aborder le timide rôdeur. Sa veste brune entrouverte laissait apparaître un torse glabre et musclé, des muscles longs et nerveux, très différents des rondeurs volumineuses mises en avant par les guerriers. Oh Lyssa, pourquoi ne pouvait-elle résister à la tentation ? Pourquoi n’arrivait-elle pas à rester un seul soir sans se sentir en sécurité dans les bras d’un homme ? Accoudé au bar il s’apprêtait à y défier amicalement un apprenti parangon quand elle s’interposa.

« Je vous prends tous les deux : vieille bière des nains. Celui qui s’écroule le premier paiera la tournée. »
« Tu as déjà pris quelque avance en début de soirée Imiria. Je ne voudrais pas te dépouiller de ton or, rétorqua le parangon. »

Un peu étonnée et flattée que le parangon la connaisse, mais aussi contrariée que sa réputation de fêtarde et peut-être de débauchée la précède, la magicienne décida de jouer avec l’orgueil des hommes et se tourna vers le rôdeur.

« Toi aussi tu as peur de m’affronter, susurra-t-elle avec malice ? »
« A coté de ce qui nous attend demain ton défi me semble trop facile à gagner, répondit-il »
« Je n’ai pas peur, s’exclama le parangon vexé. J’en suis aussi ! »

Un demi sourire illumina le visage de l’élémentaliste. Lyssa que les hommes sont faciles à manier et prévisible. Du coin de l’œil elle croisa le regard réprobateur de Patty et d’Aurèle qui se dirigeaient sagement vers leur tente pour dormir. Ses deux amies avaient sans doute raison : ce n’était pas au soir de leur première vraie bataille qu’il fallait prendre le risque de s’enivrer et de chercher les plaisirs de la chair, mais Imiria n’y pouvait rien. Telle était sa nature.

Il fallut trois vieilles bières avant que le parangon ne s’écroule. L’élémentaliste adressa un clin d’œil malicieux au serveur avant de s’éloigner en compagnie du rôdeur. L’archer tenait à peine debout et la magicienne dut le soutenir pour arriver à sa tente. Elle gloussa, un peu ivre quand même. Que la vie était belle !

Ce n’est que bien plus tard, alors que les premières lueurs de l’aube éclipsaient les étoiles, qu’Imiria traversa le campement endormi pour rejoindre la couche qui lui était attribuée. Une imposante silhouette lui barrait le chemin. Elle soupira mais continua d’avancer, acceptant la remontrance à venir.

« Réalises-tu Imiria, demanda le puissant moine qui se dressait sur sa route, te rends-tu compte de ce que tu fais ? »
« Je suis libre Asturia. Je t’ai prévenu, tu sais qui je suis et comment je veux vivre, alors laisse moi en paix. Il faut que je dormes à présent. »
« Il serait temps petite idiote. Tu prends la vie comme un jeu et ne tiens pas compte de l’inquiétude de ceux qui t’aiment. Aujourd’hui tu vas risquer ta vie, l’as-tu oublié ? Es-tu inconsciente et égoïste au point de ne pas te préoccuper des personnes pour lesquelles tu comptes ? »
« J’ai besoin de vivre Seigneur, articula lentement l’élémentaliste en appuyant sur le titre du moine. Tu m'étouffes. Je t’aime, mais tu m'étouffes. Quand comprendras-tu que je ne suis ni ton esclave ni ton serviteur ? je n’ai pas à te rendre de comptes, je ne t’appartiens pas. »

Imiria avait conscience de la cruauté de ses paroles mais ne pouvait s’empêcher de réagir à la jalousie du moine. A peine les eut-elle prononcées qu’elle les regretta. Mais elle ne pouvait plus s’en excuser.
Asturia était commandant en chef des cette petite armée dont la moindre recrue connaissait son attachement à la jeune élémentaliste. Il l’avait formée, lui avait donné les meilleurs professeurs, lui avait permis de développer au mieux ses facultés innées. Mais hélas il en était tombé amoureux ce qui lui avait valu le mépris de ses troupes d’élite. Et voilà qu’elle lui échappait, le ridiculisant, amoindrissant son autorité. La mort dans l’âme, sur une impulsion, sans se rendre compte du mal qu’il allait se faire, il lâcha :

« C’est fini Imiria. Puisque tu veux ta liberté prend la. Je ne peux pas me permettre de continuer à supporter tes frasques. »

Le cœur serré la jeune magicienne baissa la tête pour dissimuler ses larmes naissantes. Un relent d’orgueil la poussa à jeter une dernière pique en insistant sur le dernier mot qu’elle prononça avant de dépasser le puissant moine pour aller se reposer.

« Comme tu veux, Sei-gneur »
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Imiria
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Mer 25 Fév 2009, 16:32

Troisième tableau



Asturia examinait d’un oeil critique mais bienveillant la progression de sa petite armée. Les jeunes recrues enfonçaient sans grand problème les lignes étirées de l’ennemi. Pour leur premier combat l’Empire s’arrangeait toujours pour que le baptême du feu de ses nouveaux combattants se fasse contre des troupes Kournan ou margonite fatiguées, démoralisées et inférieures en nombre de manière à risquer le moins de pertes possible. L’œil exercé du moine parcourait le champs de bataille, passant d’un groupe à l’autre. Si l’aile gauche poursuivait déjà quelques rares fuyards, le centre rencontrait encore une vive résistance qui devrait bientôt céder devant le nombre. Quant à l’aile droite, sa progression avait été fulgurante et quelques octades s’attaquaient sûrement déjà au Fort.

« Où est-elle? » demanda-t-il au noble parangon qui commandait sa garde personnelle.
« A l’extrême de l’aile droite » répondit très vite le lancier qui manifestement s’attendait à cette question. « Son octade avance bien et se trouve sans doute au contact avec la dernière garnison mais nous n’avons plus vue sur eux. »

Seul un imperceptible froncement de sourcils trahit la contrariété du moine. Il savait ne pas pouvoir veiller en permanence sur sa protégée mais s’habituait mal à l’inquiétude de la savoir en danger. Il reportait son attention vers le cœur de la mêlée quand un grondement diffus lui parvint du combat. Se tournant vers les observateurs il les interrogea d’un haussement de sourcils.

« Les Kournans sortent en force du Fort. Nos lignes cèdent » reporta le Parangon sans montrer la moindre émotion avant d’ajouter, toujours sur le même ton « Ce sont des vétérans. Le Fort avait une garnison de vétérans. Nos bleus sont débordés. Lourdes pertes. »

Asturia répliqua sans attendre.
« Lancez nos réserves pour maintenir notre centre et encadrer les bleus avant qu’ils ne paniquent. Il faut forcer jusqu’au Fort et abattre leurs chefs »
« Toutes nos réserves ? » demanda le lancier, « vous ne conservez que la garde avec vous ? »

Le moine savait que son attachement pour la jeune élémentaliste était considéré par ses troupes rapprochées comme une faiblesse, que ces combattants expérimentés se raillaient des frasques d’Imiria et de son impuissance à se faire obéir d’une magicienne à peine sortie de l’adolescence. Il hésita donc un instant avant de donner l’ordre suivant, un ordre qui ne serait pas compris, que ses hommes exécuteraient sans broncher mais qui lui serait reproché car il allait risquer sa propre vie en s’exposant exagérément.

« Non. Tu va prendre ma garde avec toi en ne me laissant que quelques coursiers et deux observateurs. Vous allez contourner par la droite au pas de course et aiderez les groupes qui donnent l’assaut au Fort. »

Devant l’hésitation du Parangon son regard se fit dur comme l’acier et, son ordre renforcé par la lueur rougeâtre de ses pouvoirs de châtiment il ajouta sur un ton qui ne souffrait aucune discussion :
« Exécution immédiate, et je veux des résultats »

Regardant s’éloigner sa garde personnelle il laissa enfin son inquiétude s’exprimer en pensée. Il allait la perdre, ils arriveraient trop tard.





Imiria dépitée mesurait l’étendue du désastre. Les vétérans ennemis n’avaient fait qu’une bouchée de leurs quatre octades. Leurs guerriers frappaient mieux, plus vite, plus fort. Leurs moines plus vifs les soutenaient mieux. Leurs envoûtements l’avaient même rendue très vite impuissante à dévaster les rangs ennemis. Comme ses compagnons, elle avait été non seulement vaincue par le nombre mais aussi surclassée. Maintenant, la garnison avait rejoint la bataille et risquait d’en changer l’issue.

Ils ne restaient que huit survivants sur vingt quatre, prostrés dans ce fossé à cent mètres à peine du Fort aux portes grandes ouvertes. Quelques Kournans entouraient leurs trois chefs redoutables, riant de leur déroute, se moquant et leur promettant une mort prochaine. La magicienne coupa rageusement une bande de tissu de sa robe déchiquetée pour panser elle-même sa blessure au bras. Le moine de son octade avait déjà fort à faire avec les trois guerriers. Intacte mais prostrée et choquée Aurèle tremblait de tous ses membres. Patty la Nécromante palsomiait, relevant des squelettes animés des corps de leurs compagnons morts. Elle agissait mécaniquement, l’esprit vide. L’apprenti envoûteur ne valait pas mieux : de grosses larmes courraient sur ses joues.

« Il faut fuir, courir, nous sauver très vite » coassa-t-il. »

« Arrêtez de vous voir vaincus et réfléchissez » gronda l’Elémentaliste. « Ils sont peu. Ils sont confiants. Ils nous croient à terre. Regardez-vous ! Où sont les braves guerriers qui hier me juraient que rien ne pourrait leur résister ? Nos compagnons ont perdu la vie en brave. Ils ont tout donné. Pouvez-vous supporter de fuir ? Pourrez-vous affronter les regards de tous ceux qui sauront que nous avons fuit ? »

Elle fit une pause laissant ses paroles pénétrer ce qui restait de conscience à ses compagnons.
« Souvenez-vous de votre serment, de notre serment : nous nous sommes promis d’aller au bout de nous même et de ne jamais renoncer. Avez-vous oublié ? »

« Il n’y a pas de gloire à mourir sans une chance de gagner Imiria » rétorqua Patty.

Quelques flammèches jaillirent des doigts d’Imiria, trahissant sa colère rentrée.
« Et si je te dis qu’il y a une chance ? »
« Ben voyons » rétorqua la Nécromante levant les yeux au ciel. « Ta fierté va nous tuer Imiria .»
« Non. Je vais tenter la double pluie de météores »
« Tu es folle. Tu n’as jamais réussi ce tour de force. Tu tomberas épuisée avant d’avoir dit la moitié de l’incantation. »
« Alors laissez-moi aller seule et ne venez m’appuyer que si je réussis. Vous sentez-vous assez courageux pour ça, au moins pour ça ? »

Ses compagnons échangèrent des regards honteux avant d’acquiescer. Ils iraient au combat avec elle. La jeune magicienne sourit, leur donnant une nouvelle force en affichant sa confiance et sa volonté. Une fois debout, seule exposée face à l’ennemi, elle leur clama d’une vois ferme:

« Ensemble ! »

... (à suivre)
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Imiria
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Jeu 26 Fév 2009, 18:38

Troisième tableau suite



Patty avait préparé ses ordres. Ses serviteurs attaqueraient dès qu’Imiria aurait lancé son double sort. Comme les autres , elle risqua un oeil hors du fossé. Les kourmans n’avaient pas remarqué la jeune fille aux longs cheveux blonds qui incantait, le corps cambré, les mains levées vers le ciel, la tête renversée et les muscles bandés dans un effort suprême. La nécromante fréquentait la mort depuis trop longtemps pour la mépriser. Trop jeune pour supporter de lancer un tel sort, son amie allait mourir. La moindre des choses était de l’accompagner du regard dans ses derniers instants.

L’Elémentaliste lâcha d’un coup son sort, comme un arc tendu qui décoche sa flèche mortelle, laissant dans le même temps échapper un petit cri de douleur qui contrastait avec le déferlement de feu s’abattant sur les trois chefs kourmans. Les guerriers jaillirent du fossé en criant, chargeant en braves les ennemis. Aurèle murmura un sort de gel pour immobiliser leurs adversaires sous le déluge de feu. Soignant son timing Patty lança ses squelettes à l’attaque juste avant qu’Imiria hurle à plein poumons. La nécromante n’en croyait pas ses yeux : elle avait réussi à doubler son sort. Non seulement réussi mais l’incantation avait duré deux fois moins de temps que pour la première pluie. Les kourmans vivaient un enfer. L’envoûteur s’avança, interrompant les ripostes alors que le moine se démenait en prières pour protéger les guerriers au contact.

Une minute Patty crut que la victoire pouvait être leur. Deux des chefs tombèrent, déchiquetés, carbonisés, puis transpercés par les guerriers. Mais les kourmans réagissaient malgré les vagues de feu que continuait de lancer l’élémentaliste. Reprenant l’avantage ils repoussaient la petite troupe, frappant de taille et d’estoc, plus rapides et plus précis que les jeunes recrues. Les squelettes ne tinrent pas le choc, se désagrégeant les uns après les autres. Le moine à court de magie et ne pouvant plus soutenir les combattants se résolut alors à donner le signal de retraite.

De nouveau réfugiée à l’abri du fossé Imiria ne put que constater la fuite des trois guerriers. Paniqués, ils courraient vers l’arrière comme si les kourmans les poursuivaient encore.

« Lâches !» grommela la magicienne avant de se tourner vers ses derniers compagnons.

Aurèle roulait des yeux effarés, un reste de flèche brisée fiché dans le flanc. Patty la fixait d’un air hagard, proche de la folie. L’envoûteur triait ses amulettes en pleurant, concentré pour diminuer ses tremblements. L’état du moine était plus préoccupant encore : plusieurs fois blessé il utilisait ses herbes et ses incantations pour réduire les flots de sang qui s’échappaient de ses plaies. Implorant, il s’adressa à tous d’une voix faible, les dents serrées.

« Je ne peux plus vous aider. Si j’y retourne je meurs. »

Imiria eut un élan de tendresse pour ce courageux guérisseur. Elle savait devoir la vie à son soutien. L’aidant du mieux qu’elle pouvait à se mettre debout elle lui désigna la direction de l’arrière, de la sécurité. Sans un mot le moine s’éloigna en boitant, s’enfonça dans un bosquet et échappa aux regards des trois derniers compagnons de la jeune fille. Les yeux baissés celle-ci époussetait sa tunique bleue souillée de poussière. La voix soudain plus grave mais toujours ferme elle annonça :

« On y retourne. Il n’en reste qu’un. »
« Un seul chef certes, rétorqua Patty le regard toujours vide, mais tu oublies ses gardes et ses mages. Nous serions balayés. Abandonne ! »
« Patty, Aurèle, depuis combien de temps sommes nous ensemble ? demanda la magicienne. »

L’élémentaliste d’eau hésita, cherchant le regard de la nécromante sans y trouver le soutien qu’elle espérait. Aurèle se savait faible par rapport à ses deux amies. Blessée elle ne les aiderait que peu et ses chances de survie deviendraient infimes si un nouveau combat s’engageait. Sa confiance en l’élémentaliste feu s’effritait. Elle passa la main dans sa chevelure rousse pour en retirer quelques broussailles tout en se donnant le temps de réfléchir mais ne trouva rien d’autre à répondre que la vérité.

« Depuis toujours Imiria. »
« Et que nous sommes nous promis ? »
« De ne jamais nous quitter. »
« Et ?... »
« De ne jamais baisser les bras, ajouta Aurèle consciente de se trouver prise dans un piège mortel. »
« Patty, interrogea la magicienne ? »
« Ensemble... je sais, murmura à regret la nécromante. Mais je n’ai plus que deux squelettes pour te soutenir. »

Négligeant de consulter l’envoûteur qui de toute façon suivrait le groupe, ignorant la fatigue toujours présente de son précédent effort, Imiria de redressa, de nouveau face à l’ennemi, et désigna le dernier prêtre kourman comme cible avant de lancer :

« Au bout ! Ensemble ! »

... (à suivre)
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Ven 27 Fév 2009, 17:15

Troisième tableau suite et fin




Balayée par le souffle d’un éclair tombé tout près, assommée, aveuglée, Imiria reprenait doucement conscience. Que s’était-il passé ? Elle avait tout donné, enchaînant les sorts plus vite que jamais. Les squelettes de Patty avaient retenu les guerriers juste le temps nécessaire, l’envoûteur avait interrompu le chef kourman, l’eau avait emprisonné le prêtre et l’invocation à Rodgort l’avait brûlé vif. La victoire était proche, alors elle s’était surpassée, s’imposant un rythme jamais atteint. Elle se souvenait des yeux exorbités de ce guerrier venu pour la transpercer. Victime du Phœnix il s’était écroulé, dévoré par le feu intérieur puis... plus rien. Le chef ennemi l’avait balayée d’un seul sort. Mais où était donc l’envoûteur ? et pourquoi Aurèle était-elle restée muette ?

Reprenant peu à peu ses esprits la magicienne jeta un coup d’œil aux kourmans toujours retranchés dans les limites du Fort. Ils ne m’achèvent pas songea-t-elle, ils jouent avec moi.

Elle chercha autour d’elle ses compagnons. Rien, pas un corps allongé, pas une trace. Etaient-ils de nouveau réfugiés dans le fossé ? Péniblement, forçant sur ses muscles tétanisés par la décharge électrique subie, elle réussit à tourner la tête et scruta ses arrières. La douleur disparut, remplacée par une sensation de vide absolu quand son regard croisa celui de la nécromante qui s’enfonçait dans la forêt avec les deux autres, quand elle réalisa que ses amies avaient fuit juste après le début du combat, la laissant seule, la condamnant.

« Ensemble, supplia-t-elle. » Mais elles disparaissaient sous le couvert des arbres. Loin, beaucoup trop loin pour entendre son murmure.

Couverte de bleus, brûlée par la foudre, les dents serrées pour retenir ses gémissements, Imiria se redressa lentement, le souffle coupé par quelques côtes cassées qui lui comprimaient les poumons. Elle se tourna vers les derniers kourmans qui l’observaient, intrigués. Leur chef salua son effort d’une inclinaison de tête. Serrant les poings elle rassembla ce qui lui restait de lucidité, se concentra sur ses sorts, prête à incanter, pris un grande et douloureuse inspiration et d’une voix puissante lança à l’adresse du ciel :

« Je n’abandonne jamais ! »





La bataille était gagnée mais les pertes sévères. Sans les instructions de leurs chefs les soldats kourmans désorganisés venaient enfin de se rendre. Les moines parcouraient le terrain, prodiguant leurs soins aux blessés, essayant de ramener à la vie certains des morts. Jamais premier affrontement n’avait été aussi difficile pour une promotion de jeunes recrues. L’absence de renseignement sur la garnison de vétérans retranchée dans le Fort avait coûté cher, trop cher.

Asturia attendait, calme en apparence mais bouillant d’impatience et rongé par l’inquiétude. Sa garde personnelle revenait du Fort en silence, apparemment sans perte, victorieuse. Ses hommes approchaient. Ils portaient une civière sur laquelle était allongée un corps désarticulé. De longs cheveux blonds pendaient sur l’un des cotés, loin du sol. Le puissant moine réalisa que les porteurs tenaient le brancard à bout de bras, signe rare de respect pour la blessée qu’ils transportaient. Trop inquiet pour se poser plus de question, il força le pas sans pour autant courir, dignité oblige. Ses tatouages rituels scintillaient, trahissant son émotion.

Tous ses hommes attendaient sans un mot, debout en cercle autour de la civière. Ses deux meilleurs guérisseurs s’occupaient de la blessée, l’un priant sans relâche les Dieux, l’autre remettant en place os et chairs et empêchant le peu de sang qui restait dans le corps d’Imiria de s’en échapper.
Incapable de parler pour le moment, Asturia interrogea d’un mouvement de tête le commandant de sa garde.

« Nous avons couru plus vite que le vent mais sommes arrivés trop tard pour sauver les recrues, commença le Parangon. Nous n’avons croisé que quelques rares survivants qui fuyaient à toutes jambes. Ce n’est qu’en arrivant sur le Fort qu’un cri nous a alerté, que nous avons compris que le combat continuait. »

Le lancier marqua une pause, se tournant vers la blessée.

« Elle a hurlé : je n’abandonne jamais. Puis elle est partie seule affronter les derniers kourmans. Les flèches la transperçaient, les éclairs grillaient ses chairs, mais elle continuait d’incanter sans faiblir, comme si sa magie était inépuisable, comme si la douleur n’existait pas. »

Regardant de nouveau son chef dans les yeux, le Parangon reprit :

« Nous n’avons eu aucun mal à finir son travail. Elle les a grillés sur place. Mais elle a payé le prix de sa bravoure. »

Baissant la voix et s’approchant du moine pour appuyer le ton plus personnel de la fin de son rapport, il ajouta :

« Seigneur, Dwayna nous est témoin, acceptez nos excuses. Maintenant, nous comprenons votre attitude envers elle, votre attachement.
Seigneur, ce fut un honneur de combattre à ses cotés. »

Un par un les rudes vétérans de la garde saluèrent le corps inconscient de l’élémentaliste, l’honorant comme l’un des leurs, puis se retirèrent. Leurs soins achevés les guérisseurs reculèrent, laissant enfin Asturia libre de se pencher sur sa protégée. Pas un membre, pas un pouce de sa peau n’avait été épargné par les blessures mais la science des moines était grande et il n’y paraîtrait plus dans quelques jours. Il retint son envie de la soulever, de la serrer contre lui. Les baumes qui la couvraient devaient encore agir plusieurs heures sans qu’on y touche.
Alors que le souffle de la jeune femme se faisait plus rapide, deux fines larmes perlèrent et roulèrent sur les herbes appliquées sur son visage. Il supposa qu’elle souffrait encore et allait demander de l’aide quand elle ouvrit des yeux dans lesquels il ne put lire qu’une rage froide teintée d’une pointe de regrets.

Forçant ses lèvres tuméfiées à laisser passer sa voix, Imiria exprima en trois mots sa colère et sa déception :

« J’ai été trahie ! »
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Dim 01 Mar 2009, 17:49

Quatrième tableau



Les traits tirés par la fatigue, ses longs cheveux emmêlés encore humides de l’effort, la jeune maman rayonnait de bonheur. Allongée sur des draps propres elle serrait tendrement sa petite fille contre son cœur en lui murmurant une douce berceuse.

L’enfant s’apaisait et la mère était enfin calme, au grand soulagement du moine accoucheur qui put renvoyer les trois envoûteurs épuisés qui l’avaient aidé à neutraliser les réflexes défensifs de la magicienne. Il abhorrait cette époque troublée qui transformait la jeunesse en machine à tuer et rendait dangereux un acte aussi naturel que donner la vie. Parmi ces enfants de la guerre les élémentalistes étaient les plus délicates à contrôler et celle-ci avait bien failli venir à bout des hommes chargés de la surveiller. La vue du magnifique bébé récompensait cependant ces heures de travail et de tension, même si l’absence de père déclaré le chagrinait pour l’enfant. La vie, les mœurs évoluaient d’une manière qu’il réprouvait mais il ne pouvait en rendre responsables les jeunes femmes dont il s’occupait, ni leurs partenaires d’ailleurs. Cette petite fille serait sans doute élevée sans le soutien de parents, probablement privée de sa mère très vite par cette guerre horrible.

Fataliste, il chassa ces pensées de sa tête. Il ouvrit la porte et eut à peine le temps de s’effacer, obligé de laisser le passage à une horde de visiteurs impatients de découvrir le bébé. Amusé, il s’éclipsa sans chercher de remerciements.



Imiria s’attendait à la bruyante intrusion des ses compagnons de guilde, aussi protégea-t-elle les fragiles oreilles de sa fille le temps de réclamer avec force le calme. Elle modéra le ton cinglant de son ordre par un demi-sourire malicieux. Quel bonheur de les voir tous réunis !

Adelia venait en tête comme il convenait à tout chef. L’immense guerrière essayait de canaliser sa petite troupe sans trop y parvenir. Si tous respectaient ses ordres au combat ou lors des conseils de guilde, les fortes personnalités de ses officiers prenaient souvent le dessus hors de ces circonstances. Fière d’arborer sa cuirasse d’apparat rutilante, elle bomba le torse et réussit à maintenir la pression de ses amis pour arriver la première au chevet de la toute jeune maman..

« Quelle merveille, s’exclama-t-elle en s’emparant de l’enfant que lui tendait Imiria, comment vas-tu l’appeler ? »
« Isialle, répondit la magicienne en fronçant les sourcils, inquiète des plaintes de son bébé au contact de l’armure trop froide. »
« Un peu petite pour faire une vraie guerrière, dommage commenta avec malice Adelia, taquinant une fois encore l’élémentaliste avec leur différence de taille. »

La guerrière se débarrassa en hâte de l’enfant qui commençait à geindre, le collant dans les bras du jeune Ming tout surpris de cette responsabilité inattendue. Le sourire béat du petit moine rondouillard se transforma très vite en grimace de panique quand Isialle décida de se délester d’un trop plein d’urine sur sa bure toute neuve.

Une fois de plus il ravala sa fierté et participa aux rires moqueurs de ses compagnons d’arme. Arrivé depuis peu dans la guilde il ne trouvait pas encore sa place et travaillait d’arrache pieds pour pallier son manque d’expérience et s’intégrer au plus vite. Parmi les « anciens » seule Imiria lui accordait sa confiance, l’accompagnait dans de longues missions trop faciles pour elle, le félicitait, l’encourageait, le remerciait de ses soins. Comme Elric le philosophe, comme Sir Ex le nobliau toujours avide d’apprendre au point de devenir envahissant, comme la plupart des nouveaux membres, il avait postulé pour cette guilde attiré par les écrits de l’élémentaliste. Il ne le regrettait pas.

Aux quatre coins de l’Empire, les conteurs reprenaient ses récits si différents des habituels comptes-rendus de bataille, si vivants, si personnels. Amusée et flattée dans un premier temps, lmiria avait accueilli avec soulagement la récente décision de son chef de fermer les inscriptions à la guilde.. Lasse, elle désirait juste profiter de la compagnie de ses amis, ne pas devenir un phénomène de foire exhibé pour la propagande des recruteurs.

Crypt le nécromant ainsi que « Tueur », élémentaliste maladroit, déposèrent un rapide baiser sur le front du bébé, refusant d’en débarrasser le pauvre Ming tout trempé. Seul Goffio, solide guerrier et compagnon de la première heure osa se saisir de la petite fille, la maintenant à bout de bras. Il la tourna en tous sens, l‘examina sous tous les angles avant de déclarer :

« Comment une chose aussi minuscule peu-elle uriner autant ? »
« Tiens-lui bien la tête Goffio, protesta Imiria »
« Ce n’est pas sa tète qui m’inquiète. Comme sa mère, elle ne se défend pas avec sa tète mais avec son ... »
« Goffio ! » l’interrompit la magicienne en pouffant d’un rire contrarié par la douleur d’une contraction tardive.
Se tournant vers le Derviche posté derrière lui, la facétieux guerrier lui tendit l’enfant en ajoutant :
« Tiens, à toi. Il faut que je rejoigne mon croco, il doit s’ennuyer de mes câlins»
« Profite-en pour affûter ma faux », répliqua sèchement le derviche.

Le sombre combattant entonna un chansonnette qui déclencha les hurlements du bébé. Imiria frémit. Autant cet homme pouvait paraître attentif, attentionné, paternel, autant il ne se privait pas d’affirmer se puissance en humiliant ses compagnons, Goffio en particulier. Elle n’avait jamais réussi à le comprendre mais elle soupçonnait son désir sexuel de passer avant toute considération de loyauté. Combien de fois l’avait-il harcelée malgré l’interdiction ? Un jour, il lui avait même avoué combien il était proche des extrémistes blancs manteaux. Imiria appréciait ses bons cotés, admirait son efficacité au combat, mais se méfiait de ce compagnon à l’âme noire et aux yeux blancs. Elle fut soulagée quand il confia le nouveau né au moine.

Le moine, SON moine, celui qui lors de toute bataille veillait sur sa vie, sur leur vie à tous, se tenait en retrait comme à son habitude, effacé, silencieux. La magicienne ne put s’empêcher de lui jeter un regard attendri, se retenant tout juste de laisser paraître son amour. Il lui répondit d’un sourire discret, retenu. Elle se souvenait de leur première rencontre. Alors qu’en quête d’une guilde à intégrer elle participait au nettoyage de la Fissure du Malheur. Elle avait senti sa présence, son soutien, comme jamais un moine n’avait su la rassurer. Il respirait le calme et la puissance, la bonté et l’assurance. Elle avait rejoint sa guilde comme une vraie famille, accueillie à bras ouverts, adoptée. Il était le seul, le seul en qui elle pouvait avoir une confiance totale, sans restriction aucune. Elle l’aimait. Elle l’aimait en secret puisque ce genre de sentiment était proscrit, interdit entre membres d’une même guilde. L’enfant se calma immédiatement au contact du guérisseur, comme consciente de sa protection. Il lui rendit Isialle endormie, heureux de l’avoir calmée.

« Nous veillerons sur elle Imiria, sois sans crainte. »

Son bonheur immense de sentir sa fille, cette nouvelle vie contre son sein, fut cependant gâché par le souvenir de la trahison. En regardant son enfant l’élémentaliste ne regrettait rien. Mais l’inquiétude, la peur d’être un jour découverte la taraudait. Personne ne savait, personne ne se doutait qu’elle avait menti, que le père d’Isialle était un membre de la guilde, son moine. Un soir de fête un peu trop arrosée, envahie par le désir, elle avait usé de ses dons d’envoûteuse pour abuser de lui sans qu’il en garde souvenir. Seules demeuraient les traces de son infamie, l’une splendide et innocente, sa fille, l’autre si lourde à porter, le souvenir honteux de son acte déloyal.

Imiria caressa la tête fragile de son bébé et dirigea son regard vers ses précieux compagnons. Comme elle aimait cette guilde, comme elle aimait cette famille, comme elle aimait ces fêtes interminables, ces moments de détente, de musique et de danse qui ponctuaient chaque sortie, ces baignades, ces discussions sans fin sur la plage. Puisse cette guerre finir vite, puissent ces moments de bonheur durer éternellement.
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Mar 03 Mar 2009, 10:23

Cinquième tableau



Adossée à la muraille, accroupie comme les quatre « sans guilde » qui les accompagnaient, la rôdeuse enduisait ses flèches de poison, appliquée, concentrée, silencieuse. Si tout se passait bien lors de cette mission, à moins de quinze ans elle atteindrait le vingtième cercle. Son apprentissage tirait à sa fin et elle avait hâte de gagner son indépendance. Depuis sa naissance la guilde la protégeait, l’éduquait. Mais en lui épargnant tout risque, en dépêchant ses meilleurs éléments pour l’accompagner on l’empêchait de prouver sa valeur, on l’étouffait.

Seul le moine se tenait debout, attentif. Il attendait le retour du derviche parti estimer les forces des affligés. La rôdeuse admira une nouvelle fois la perfection des tatouages bleus qui couvraient le corps puissant du guérisseur. Droit, confiant en ses capacités, silencieux comme à son habitude il veillait sur elle, fidèle à la parole donnée à sa mère. Sans lui cette dernière ne serait plus depuis longtemps. Sans elle le moine aurait sûrement succombé aussi. Leur entente au combat, leur confiance aveugle l’un envers l’autre, leur dépendance mutuelle avait fait la force et le renom de la guilde

« Ils ne sont que six. Je les finis vite fait et on rentre. »

La rôdeuse sursauta : elle n’avait pas entendu le derviche revenir. Après un temps de réflexion le moine lâcha trois mots ce qui équivalait pour lui à un discours.

« Attendons l’octade d’Imiria. »
« Inutile, répliqua le sombre combattant, elle est toujours à la traîne et nous n’avons pas besoin de renforts. »

Le ton du faucheur ne tolérait pas de réplique. Troisième pilier de la guilde il continuait malgré les années d’impressionner Isialle. Le blanc de ses yeux se devinait à peine sous la capuche noire qui lui cachait le visage, laissant juste transparaître une énergie froide, calculée, implacable. Seul à oser s’opposer au comportement enthousiaste et presque enfantin de sa mère, il s’attirait par la même le respect de la rôdeuse.

« Un guerrier avec Isialle, l’autre avec moi continua le faucheur. Les autres, vous m’appuyez. »
« Attendre ne nous coûterait rien, osa objecter le moine. »
« Je ne suis pas en sucre, dit sèchement la rôdeuse tout en caressant sa panthère avec vigueur, son arc armé maintenu par sa seule main gauche. Allons-y maintenant ! »

Le derviche plissa les yeux de contentement, heureux de se voir soutenu. Sans attendre il sortit de l’abri du mur et chargea les affligés. La rôdeuse, seule préparée à cette subite décision, décocha sa première flèche alors que ses compagnons se hâtaient de s’adapter dans un pathétique désordre. Le derviche adorait surprendre, se mettre en valeur.

Isialle alternait entre flèches, sorts d’interruption et soutien à sa panthère. Si ses coups n’étaient pas mortels ils apportaient au groupe un soutien appréciable. Le derviche tenait le front à lui seul, taillant dans les chairs sans jamais ralentir la cadence. Deux affligés tombèrent. L’élémentaliste du groupe se lança dans une longue incantation, les bras tendus vers le ciel. Tout allait vite, trop vite pour leurs ennemis débordés.

La rôdeuse ajustait l’envoûteur affligé quand le cri déchirant de leur élémentaliste couvrit le vacarme des épées et des faux. Le jeune homme tomba à genoux, les yeux exorbités. Un flot de sang jaillit de sa bouche grande ouverte. Le fer d’une lance sortait de son cœur. Mais ce n’est que lorsqu’il s ‘écroula face contre terre que la rôdeuse vit plusieurs flèches plantées dans son dos. Deux groupes d’affligés venaient de les prendre à revers.

Le moine et le guerrier sans guilde s’interposèrent entre Isialle et une nouvelle volée de projectiles. Une seule flèche la toucha à l’épaule. Elle lança en hâte un sort de guérison. Le moine se démenait comme un diable, assurant leur protection, mais il dut choisir. Le guerrier tomba, rejoignant dans l’au-delà leur paragon carbonisé. De l’autre coté le derviche revenait en courant à leur secours, laissant seul son compagnon qui ne tarda pas à succomber sous le nombre. Ils ne restaient que trois, encerclés, condamnés à la mort, à l’emprisonnement, ou pire.

Les affligés ricanaient. Fiers de l’efficacité de leur piège ils attendaient que leurs victimes osent bouger ou se rendent.

« Isialle doit survivre, grommela le moine alors que ses doigts continuaient à tracer de mystérieux signes et que leurs blessures arrêtaient de saigner. Nous devons ça à Imiria. »
« Pff, siffla le derviche. Si elle avançait plus vite nous n’en serions pas là. »
« Elle progresse lentement car elle protège ses arrière, ELLE ! renchérit le moine. »
« Ma mère est loin, lança la rôdeuse, et arrêtez de me pouponner. Je ne suis plus un bébé, je suis une combattante, comme vous ! Il y a bien un moyen de briser leur cercle, ajouta-t-elle après un bref silence. »

Isialle fulminait. Elle se savait jeune et sans grande expérience mais leur manque de confiance lui pesait. Et encore, ce n’était rien comparé au fardeau de sa condition : grandir dans l’ombre d’Imiria devenait une charge trop lourde. Certes elle aimait sa mère, elle appréciait son énergie, sa joie de vivre et elle admirait son ardeur au combat. Elle comprenait que tous soient charmés par cette femme-enfant, sa fraîcheur, son engagement, que les hommes se pressent pour combattre aux cotés de l’élémentaliste. Mais combien aussi lui reprochaient ses frasques, se gaussaient du penchant immodéré de la magicienne pour les hommes ? Combien se moquaient de la rôdeuse, prétendant pouvoir être son père ?
Isialle aurait de plus en plus aimé se passer de n’être que la fille d’Imiria, celle qu’il fallait à tout prix protéger.

« Il y a une faille, murmura le derviche sortant la rôdeuse de ses amères réflexions et la ramenant à la réalité. Leurs lanceurs de sorts sont nombreux mais groupés. Je peux essayer de nous frayer un chemin. »
« Ils te réduiront en miettes avant que tu ne les atteignes, observa le moine »

Les deux hommes échangèrent alors un long regard, un regard vide d’émotion, résolu. Ils pensaient la même chose. Isialle à son tour comprit : en leur offrant une protection maximum le moine ne pourrait pas bouger.

« Je vous soutiendrai jusqu’au contact, reprit le guérisseur. Après… vous serez seuls. »

Isialle voulut protester mais ne trouva pas d’alternative. Elle ne put qu’acquiescer. Il se sacrifiait. Il ne fuirait pas avec eux.
Elle marmonna un sort de vitesse et de protection alors que le derviche prenait l’apparence terrifiante du dieu Balthazar.

« Maintiens-toi juste derrière moi »

Les affligés serrèrent les rangs alors qu’ils chargeaient. Ils obliquèrent au dernier moment vers les lanceurs de sort. La faux du derviche taillait les membres, fendait les crânes, à peine visible tant le combattant y mettait de puissance et de rage. Isialle suivait de près sous un déluge de feu et de flèches sans ressentir le moindre impact, la moindre douleur. Le moine y veillait. Lorsque le passage s’ouvrit ils s’y précipitèrent et distancèrent sans peine les lourds affligés. Au loin, le cercle se refermait sur le moine.

…. (A suivre)
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Mer 04 Mar 2009, 18:01

Cinquième tableau suite et fin



Ce n’est qu’arrivée en lisière de forêt qu’Isialle reprit son souffle. Les belles fourrures blanches de sa veste sentaient le roussi et quelques filets de sang suintaient d’écorchures qu’elle s’efforça de nettoyer. Le derviche avait protégé leur fuite de son corps et paraissait mal en point. Elle sortit de l’onguent pour soulager son dos. Le craquement de branches cassées retint son geste. Les deux rescapés se mirent en position de défense.

Imiria surgit comme une furie du couvert et s’immobilisa juste devant eux, bientôt suivie de Ming et des membres de son octade. Plié en deux, les mains sur les genoux, le petit moine rondouillard prit à peine le temps d’essuyer son crâne dégarni et de respirer avant de s’affairer à soigner leurs blessures. La magicienne haletante restait muette, totalement immobile. Sa robe Forge-Glace collée à la peau se soulevait au rythme rapide de sa respiration. Ses yeux cherchèrent, rapides, explorant tous les recoins, puis s’arrêtèrent sur le derviche. Un regard de tueuse pensa Isialle.

« Nous avons été surpris par trois groupes d’affligés, commença le sombre combattant. Sans doute les derniers qui ... »
« Où est-il, l’interrompit Imiria d’une voix sourde, les dents serrées. »
« Isialle est intacte, continua le derviche. J’ai réussi à nous sortir de leur piège. Par contre il faudra attendre une autre octade car... »
« OU EST-IL, hurla la magicienne en détachant chaque mot ? »

Isialle recula d’un pas, le cœur déchiré par le reproche implicite de l’élémentaliste. Ils avaient abandonné le moine, ils avaient abandonné SON moine ! Elle ne pardonnerait jamais. L’adolescente réalisait que l’attachement de sa mère au guérisseur était plus fort que tout, bien plus fort que l’amour qu’elle portait à sa propre fille. Se rendait-elle compte du mal qu’elle lui faisait ?

L’élémentaliste tira sans ménagement le derviche à l’écart et Isialle ne saisit plus que quelques bribes de dialogue. Elle crut un instant que sa mère allait déchaîner le feu sur le sombre combattant responsable de l’attaque trop hâtive. Puis la magicienne tourna la tête dans sa direction et lui décocha un regard assassin juste avant d’appeler son octade.

« Vite, ordonna-t-elle, il reste une chance. »
« Toi tu restes avec elle, ajouta-t-elle à l’adresse du derviche dont l’expression hostile n’échappa pas à la rôdeuse. »



Alors qu’au loin retentissait le fracas de la bataille, Isialle regrettait son soutien au sombre combattant. Elle avait agi par bravade, désireuse de prouver son indépendance et son courage, profitant de la rivalité notoire entre l’élémentaliste et le derviche. Ce dernier, capable d’attention et de douceur, pouvait aussi devenir blessant, insultant, cruel parfois avec la magicienne. Il exprimait ainsi son désir, sa frustration, sa colère de se voir rejeté. Isialle avait depuis longtemps compris que cet homme insensible et imbu de lui-même manipulait sa mère, essayant par tous les moyens de l’attirer dans son lit. En s’interposant, Isialle s’était attiré leur ressentiment à tous deux.

Quand Ming revint et coucha le corps du moine sur un lit de feuilles, la rôdeuse soulagée constata qu’il respirait encore. Imiria suivait de près, apparemment indemne. Un seul guerrier gravement blessé l’accompagnait. Isialle resta immobile alors que sa mère entamait une danse de victoire, ses longs cheveux défaits encore teintés par endroit du pourpre du sang. La magicienne lui parut si futile, si égoïste : cinq hommes avaient donné leur vie pour satisfaire son désir, pour lui rendre son moine, et elle dansait ! Elle ne valait pas mieux que le derviche. Dégoûtée, la rôdeuse décida de s’affranchir définitivement de la tutelle de sa mère. Elle irait seule désormais, loin de cette guilde qui se fissurait, loin, très loin de l’élémentaliste.

Braqués sur l’insouciante danseuse, cachés de la lumière sous la grande capuche, réduits à de simples fentes, les yeux du sombre derviche lançaient des éclairs de haine.
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Ven 06 Mar 2009, 11:57

Sixième tableau



La fête battait son plein. A moitié ivre la magicienne passait de bras en bras, célébrant comme il se devait la victoire : ils avaient vaincu un dieu ! La bière coulait à flots, le ciel s’illuminait de myriades de feux d’artifice et les agents de l’Empereur distribuaient sans compter cadeaux et friandises.

Elle fendit la foule pour se joindre aux centaines d’élémentaliste qui commençaient à danser ensemble. Robes, capes et cheveux volaient en cadence, toutes guildes et toutes alliances confondues. Certaines avaient jeté leurs armures et se trémoussaient presque nues, excitant les guerriers groupés en cercle autour du ballet des mages. Elle se garda de trop provoquer, se fondant dans la masse et laissant exploser sa joie. Quand les assassins prirent le relais, elle sourit : aucune classe ne pouvait rivaliser en grace avec la danse des élémentalistes.

Certes il restait encore de nombreux foyers de résistance, certes les adeptes d’Abadon, les fidèles de Shiro et les fanatiques du Blanc Manteau continuaient d’attaquer les voyageurs isolés, certes des rumeurs de présence de Destructeurs dans le grand Nord commençaient à courir, mais pour beaucoup la guerre finirait ce soir. Les règles rigides des guildes volaient en éclat ce soir. Une nouvelle vie commençait ce soir. Imiria repoussa gentiment une main un peu trop entreprenante qui montait de son ventre vers sa poitrine et se rendit au bar. Un peu de la fraîcheur des vieilles bières de nain glacées lui ferait du bien.

Elle commençait à désespérer de trouver quelqu’un de sa guilde dans cette foule quand une retentissante claque sur les fesses lui fit lâcher sa chope encore presque pleine. Elle pivota d’un bloc, bras tendu pour gifler l’impudent qui avait osé la priver de sa boisson. La main ferme du derviche bloqua son mouvement.

« Calme ma puce, j’irai t’en chercher une nouvelle. »

Imiria détestait qu’il l’appelle ainsi. Le large sourire du beau brun qui avait pour une fois abandonné sa capuche la dérida cependant. Le temps était à la fête, pas au ressentiment.

« Paix ? continua-t-il en tendant les lèvres à la recherche d’un baiser un peu plus qu’amical. »

« Paix, répondit l’élémentaliste en n’offrant malicieusement que son front à l’entreprenant. »

Utilisant sa puissante musculature pour se frayer un passage vers les tonneaux il revint vite avec deux grandes choppes bien pleines et entraîna la magicienne un peu à l’écart des bruyants orchestres qui se disputaient la suprématie sonore. Imiria avala d’un trait la forte bière et s’essuya la bouche d’un revers de manche, image fort peu élégante qu’elle corrigea aussitôt en adoptant une posture aussi fière que provocante. Sans vergogne, le derviche loucha sur sa poitrine dressée à peine dissimulée par le mince tissu de sa tunique imprégnée de sueur.

« Tu es magnifique... te rends-tu compte que la guerre est finie, que nous sommes libres d’agir comme bon nous semble, libérés de tous ces interdits ? »
« Je sais, articula péniblement la magicienne en limite de saturation éthylique. Ce soir, enfin, tout est permis. Finis les non-dits, finis la frustration, finis les secrets. »

Elle sourit. Tant d’années avaient passé depuis sa rencontre avec son moine. Tant de complicité, tant d’élans de tendresse réprimés, tant d’amour retenu.

« Ce soir je lui ai dit que je l’aimais, avoua-telle en se retenant au bras du derviche tant la tête lui tournait. Il était tout timide, tout mignon. C’est un ange. Nous devons nous retrouver demain et partir, nous connaître mieux, sans que je me cache cette fois. »

Heureuse de partager son bonheur, l’élémentaliste caressait machinalement le biceps du derviche. Perdue dans ses pensées, elle ne perçut pas la subtile tension contenue dans sa voix.

« Je me doutais bien qu’il s’était déjà passé quelque chose entre vous, susurra le sombre combattant. Isialle lui ressemble tant. »

Le large sourire qui fendait son visage trompa la magicienne. Il semblait heureux pour elle. Elle se confia à lui comme à un frère, lui avouant ses intrigues, comment elle avait trompé son moine et lui avait menti, caché son secret. Elle lui ouvrit aussi son cœur, heureuse de trouver un ami à qui parler de sa joie, de son bonheur de partager enfin plus que quelques combats avec son moine.
La sèche réflexion du derviche lui fit l’effet d’une douche froide :

« Et ta promesse Imiria, tu ne tiens plus tes promesses ? »
« Quoi ? quelle promesse ? demanda-t-elle en essayant de se dégager sans succès de l’étreinte de son compagnon de guilde. »
« Tu as promis que je serai le premier à qui tu ferais l’amour si jamais la paix revenait. Ne me dis pas que tu as oublié. »
« Mais non ! Je devais être ivre pour dire une chose pareille ! »
« Allons ma puce, renchérit-il un sourire malveillant aux lèvres, la moitié de l’armée t’est déjà passé dessus. Un de plus un de moins, quelle importance ? Ton moine n’en saura rien. Accompagne-moi cette nuit. »
« Jamais ! répliqua Imiria en se débattant pour échapper à sa poigne. Tu me dégoûtes, tu n’es qu’un porc ! »

Il la lâcha sans prévenir et la magicienne tomba lourdement sur les fesses au grand plaisir des badauds qui s’étaient attroupés autour d’eux.

« Tu l’auras voulu petite peste, tu vas le regretter. »
« Regretter quoi ? Sûrement pas ! »
« Toute la guilde va te connaître telle que tu es, fais-moi confiance. »
« Mais je n’ai rien fait ! Ils ne te croiront pas ! »
« Oh que si, ils me croiront. »
« S’il te plait, ne fais pas ça, arrête ! »

Mais déjà le sombre derviche s’enfonçait dans la foule compacte. Elle le perdit très vite de vue.

« Arrête, ne fais pas ça hurla-telle trop étourdie et trop désorientée pour trouver d’autres arguments.

L’élémentaliste erra longtemps avant de revoir le derviche. Il parlait à Adelia et à Elric. Quand ils la virent, ses deux compagnons se détournèrent ouvertement, méprisants. Elle abandonna l’idée de leur parler de suite et continua ses recherches. Quand elle retrouva enfin son moine, son regard plein de tristesse et de reproches la vida de toute force. Elle le regarda s’éloigner sans mot dire, consciente qu’elle allait le perdre mais incapable de réagir. Pourquoi ?

Anéantie, Imiria avait besoin de solitude, d’exercice physique, d'évacuer alcool et mauvaises pensées. Elle réagit de la seule façon qu’elle connaissait : elle se dirigea vers les portes de la ville pour aller courir.




Sixième tableau, suite



Seule dans la nuit, elle courait. Jusqu’au bout d’elle-même, jusqu’à l’épuisement, pour trouver l’oubli elle courait. Personne ne croisait son chemin, aucun promeneur, aucun garde, aucune patrouille. Elle n’avait rencontré qu’un petit groupe de blancs manteaux et avait soulagé sa haine en les insultant. Elle abhorrait cette secte raciste au cruel passé mais ne s’était pas aventurée à les combattre sans son grimoire et son bâton. Resté au campement, le Koosun lui avait manqué mais quelle importance ? Les jours de ces extrémistes étaient comptés. Ils disparaîtraient bientôt. Maintenant il fallait juste courir, pousser son corps au-delà de ses limites. Courir. Juste courir. Courir pour ne plus penser.

Arrêtée nette dans son élan, elle toisa crânement les trois hommes. Ces chiens lui barraient la route. Ils l’avaient attendue. Elle sourit. Ses jambes la brûlaient mais elle se savait encore capable de les distancer. Pour l’instant, coincée entre deux murs de rocs, elle reculait lentement, ne les quittant pas des yeux..

Reprendre son souffle, faire durer le repos, détendre les muscles.

Violemment tirée en arrière par les cheveux elle tituba. Elle n’avait pas vu, pas entendu les trois autres blancs manteaux. Elle écarta les bras pour retrouver l’équilibre et se sentit saisie, immobilisée. Elle tenta de résister mais que pouvait-elle espérer ? Un violent coup de poing au ventre lui coupa le peu de respiration qui lui restait. Elle cessa de lutter alors que les six hommes l’entraînaient à l’écart dans un cul de sac isolé.

Imiria supportait sans mot dire les railleries de ses assaillants. Au moins, ils n’avaient pas l’intention de la tuer. Leurs mains courraient sur sa poitrine, glissaient sur son ventre, s’inséraient sous sa jupe. Elle se détendit, cessa totalement de résister et plissa les yeux.

Patience, guette l’occasion de fuir.

Ils prirent son relâchement pour une amorce de plaisir et desserrèrent leurs prises. La magicienne n’attendait que cela. Telle un félin furieux elle se dégagea, frappa du talon une jambe tendue et sentit le genou craquer. Alors que l’homme s’écroulait en hurlant, elle mit tout son poids, toute son énergie dans son bras et dans son poing serré. Le coup fracassa les dents d’un autre blanc manteau. Leurs deux cris de douleur se mêlèrent. Elle venait de se casser la main mais la voie était ouverte. Elle bondit.

Sauvée ! Cours maintenant, cours ! Quelques mètres d’avance suffiront.

Elle se précipita dans la brèche. Un pas... deux pas...
Elle ne sentit pas la main qui effleura son pied. Surprise, elle tomba lourdement, face contre terre. La pierre avait goût de fer, le goût de son sang. Elle roula, pris appui sur sa main valide pour se relever mais un talon massif la maintint en place, lui broya les doigts. Elle ouvrit la bouche pour hurler. Un coup de pied lui cassa la mâchoire, la privant du cri qui aurait soulagé sa douleur. Quand à leur tour ses cotes cédèrent sous la violence d’une lourde chausse elle sut qu’elle ne se relèverait plus, qu’elle était perdue.

« Elle m’a bousillé le genou ! Finis-la cette put ! »
« Tu vas le regretter, tiens ! »

Roulée en boule Imiria tentait de se protéger des coups qui pleuvaient. Ses bras et ses jambes encaissaient, protégeant son visage. Ses côtes cassées lui labouraient les chairs de l’intérieur.

Tiens le coup, ne lâche pas. Ils vont bien se lasser... néglige la douleur, tiens le coup, tu peux le faire.

« Arrêtez, vous allez la tuer. »

Soulagement.

« Laissez-la sur place. Personne ne viendra jusqu'ici la secourir. Je veux qu’elle souffre »

Les blancs manteaux s’éloignèrent un a un, ricanant de la voir prostrée, ensanglantée, réjouis de savoir que de longues heures de calvaire l’attendaient, des jours peut-être avant qu’on la trouve. Elle essaya de reprendre son souffle en inspirant à fond, écartant les os brisés qui comprimaient ses poumons.

Tenir, tenir encore, ne pas s’évanouir, attendre qu’ils partent. Je peux m’en sortir.

« Attendez... »

Elle ne vit pas venir le coup, elle n’entendit même pas le sinistre craquement. Sous le choc elle se cambra, réveillant la douleur de ses multiples fractures mais ce n’était rien. Rien à coté de l’éclair de souffrance qui irradiait de son dos. Elle lâcha un gémissement alors que sa vue se brouillait, que son regard se voilait. Malgré sa volonté de vivre, de surmonter l’épreuve, elle sombra dans le refuge de l’inconscience.





Froid. J’ai froid. Ou suis-je ?
Douleur.
Je ne peux plus bouger sans réveiller la douleur... Je me souviens.... Ils sont partis.

Loin. La route est trop loin. Mes jambes ne répondent plus. Mes cotes m’étouffent.
Ramper, je peux ramper. Gagner un mètre. Planter les ongles entre les pavés. Tirer sur le bras qui me reste.

Un mètre. Encore un mètre, juste un mètre, gagne un mètre !
Loin, trop loin. Personne ne me verra. Encore un mètre. Je peux le faire.... douleur...le noir...

Retour.
Ne regarde pas au loin, accroche-toi. Un mètre, gagne un mètre si tu veux vivre.
Je veux vivre, mais c’est si dur....
Un mètre ! Juste un mètre. Tu abandonnes ?
Je suis Imiria Lynn, je n’abandonne jamais !
Alors un mètre encore, tire sur ton bras, traîne tes jambes inertes, oublie tes cotes brisée, néglige ces doigts qui ne répondent plus.

C’est quoi cette lumière ? L’aube ! j’adore la lumière de l’aube... voir le lever de soleil, encore une fois...
Non ! Ne t’endors pas ! Encore un mètre !
Oui... juste un mètre... le sol est humide, il a plu ?
C’est ton sang, pas de l’eau idiote ! N’y pense pas ! Un mètre !
Je ne pense plus. Un mètre, encore un mètre...
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Dim 08 Mar 2009, 18:05

Interlude



La neige avait depuis longtemps cessé de tomber. Le conteur leva les yeux vers les étoiles: la nuit était déjà bien avancée et il lui restait tant à dire. Suspendus à ses lèvres, les rudes guerriers Norn attendaient patiemment qu'il reprenne son récit. Il estima que les trois tableaux à venir ne retiendraient que peu leur attention aussi décida-t-il de n'en faire qu'un, réservant plus de détails aux scènes de combat qu'ils semblaient adorer. Il reprit une grande inspiration et annonça:

« Septième tableau ! »





Le parangon vérifia la position des ses hommes. Son maître arrivait et ne devait pas trouver à redire au discret dispositif de sécurité qui interdisait l’accès aux scribes et aux gardes impériaux non autorisés. Le puissant moine avançait d’un pas rapide droit vers lui.

« Montre-moi, réclama-t-il sans salut préalable. »
« La patrouille l’a trouvée ici, répondit le parangon en désignant la jonction de la route et du chemin. »

Asturia prit le temps de remonter les traces de sang séchées qui menaient au fond de l’impasse, Bien des années avaient passé sans qu’il interfère dans sa vie, sans qu’il la quitte des yeux non plus. Il retint un haut le cœur à la vue de deux ongles arrachés, plantés entre deux pavés. Elle avait rampé comme un animal blessé, allant au bout de ses forces pour revenir vers la route, vers le monde des vivants. Le savoir était une chose, voir l’endroit en était une autre.

« Shelter ? »
« Oui Seigneur, répondit le parangon étonné du ton chevrotant de son maître. »
« Les a-t-on retrouvé ? »
« Nous savons où ils sont Seigneur. »
« Interdisez à la garde impériale d’agir. Je veux qu’ils souffrent toute leur vie, peu importe le coût, et que celle-ci soit la plus longue possible. »
« Et le derviche Seigneur, devons-nous agir ? »
« Non, grogna le moine d’une voix sourde, celui la je me le resserve. Il paiera quand l’heure sera venue, quand il aura oublié ne serait-ce que l’existence d’Imiria. »

Le parangon frissonna : malheur à celui qui encourait la colère de son maître. Incapable de se contenir, il osa cependant le questionner encore une fois.

« Puis-je vous demander ? »
« Bien sur Shelter. Je sais ce que je dois à votre loyauté. »
« Toute la garde voudrait savoir : comment va-t-elle ? »

Le puissant moine hésita, partagé entre le devoir de répondre et la peur d’aller contre le désir de sa protégée.

« Nous sommes arrivés trop tard malgré ses efforts Shelter. Je crains que certaines séquelles soient inévitables. »
« Graves Seigneur ? »
« Hélas, oui. Il reste une chance, mais elle est mince. Si vous la voyez, surtout n’y faites pas allusion : elle est persuadée qu’elle s’en tirera une fois encore. »
« A vos ordres. Et merci, au nom de la garde. »
**********




« Asturia, je n’en peux plus. »

Le puissant moine baissa la tête. Il savait ce qu’elle endurait. Il avait du réconforter l’élémentaliste, l’aider à se reconstruire, la soutenir quand elle avait voulu repartir et remplir une nouvelle mission avec sa guilde. Quand la douleur de son dos broyé l’avait terrassée malgré son endurance, il avait du la ramener, expliquer à sa guilde combien elle était diminuée.

Puis il avait réuni les meilleurs guérisseurs de l’Empire pour le temps de la dernière chance. On ne pouvait rien reprocher aux moines, ils avaient tout tenté avant de se résigner au seul choix possible. Pour que les souffrances de l’élémentaliste cessent, ils avaient sacrifié ses jambes. Elle ne pourrait plus marcher que grâce à sa magie.

« Je veux mourir. »

Asturia frémit : « Ne dis pas de bêtises ! »
« Non, tu m’as mal comprise. Je veux juste disparaître, commencer une nouvelle vie, ne plus subir le regard apitoyé des gens que je connais. Ils ne verront plus que mes mains maladroites, que ma mâchoire ankylosée, que mes jambes immobiles. Je ne veux plus être comparée à celle que j’étais avant. »
« Comment ça ? »
« Débrouille-toi. Arrange ma mort, mon enterrement, tu en as le pouvoir. Aucune des personnes que j’ai connues ne doit me rappeler au passé. Ils doivent oublier, je dois oublier, tout recommencer. Donne-moi une nouvelle vie. »
« Te rends-tu compte de ce que tu me demandes ? »

Le regard suppliant de la magicienne fit fondre le puissant moine. Son influence sur les plus hautes sphères de l’Empire rendait dans une certaine mesure possible la demande. Il avait les moyens d’étouffer l’affaire, d’organiser une fausse disparition et d’obliger les personnes impliquées au secret.

« Et après, que feras-tu ? »
« Je partirai. Je ne supporte plus leur regard. Aide-moi, je t’en supplie. »
Asturia acquiesça, à regret.
**********






Assis sur la plage avec pour seul compagnon l’éternel mouvement des vagues, le petit moine rondouillard pleurait. Dernier gardien de l’immense domaine des Seigneurs, il mesurait le poids de la solitude. Après la disparition de l’élémentaliste, son moine était parti sans un mot, ainsi que tous ceux qui avaient rejoint leur groupe pour elle. Adelia avait bien tenté de reconstruire la guilde mais elle avait vite jeté l’éponge. Aujourd’hui il ne restait que lui.

Il se leva, face au large. Le vent souleva la mèche de cheveux qui essayait de dissimuler sa calvitie. Quelque chose clochait. Il connaissait la magicienne plus encore que les anciens, son amour propre, sa fierté. L’hypothèse d’une disparition organisée se tenait. Adélia s’était détournée, son moine ne voulait qu’oublier mais lui, il refusait de renoncer.

Sa décision prise, Ming rassembla ses herbes, ses potions et toutes ses économies. Il faudrait de l’or pour payer les mercenaires qui devraient l’accompagner. Il caressa son Mangeur de Cicatrice, ce bâton qu’elle était allée chercher pour lui, pris son baluchon et franchit le portail d’un pas résolu. Si elle vivait encore elle laisserait forcément des traces de son passage et il la trouverait.
Qu’importe le temps que cela prendrait, il la trouverait.
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Mar 10 Mar 2009, 10:22

Huitième tableau



Enfin seule sur le champ de bataille, insipides mercenaires et fidèles héros renvoyés à leurs foyers, Imiria Lynn jeta un rapide coup d’œil aux cadavres étendus à ses pieds. Jadis l’odeur du sang et la vue des chairs brûlées suffisaient à la remplir d’allégresse. Aujourd’hui ses jeunes années étaient loin, ses robes blanches d’adolescente depuis longtemps teintes aux couleurs du deuil, l’enthousiasme de la jeunesse remplacé par l’amertume et les regrets. La découverte de ce nouveau monde à la fois rustre et accueillant mais si prévisible n’arrivait pas à chasser ses idées noires.

Trouvant une pierre plate un peu à l’écart de la tuerie la magicienne s’assit et déroula la peau tannée qui protégeait son précieux grimoire. Elle pris le temps de lancer un sort protecteur pour éviter au parchemin la souillure de la petite pluie glaciale qui la pénétrait jusqu’aux os. L’esprit occupé par la brusque conscience de sa solitude elle s’appliqua cependant à noter son nouvel exploit, cette vallée vidée des ennemis des hommes, ces quatre boss terrassés sans effort. Elle se permit un sourire en évoquant le pathétique stratagème du dernier d’entre eux : se transformer en gentil lapin pour l’attirer dans un piège mortel. Elle aurait pu en mourir mais la puissance de ses sorts et son expérience l’avaient encore une fois sauvée.

Le récit terminé, l’Elémentaliste examina le bâton lâché par l’un des monstres. Un bel objet, un de plus. En d’autres temps elle eut été fière et heureuse de montrer à tous que déchaîner le feu lui avait encore rapporté une magnifique récompense mais... non ! Surtout ne pas penser au passé ! Trop tard, les souvenirs passaient la barrière de glace construite pour les retenir. Elle essaya de toutes ses forces de les repousser.

« Souviens-toi de ta force Imiria, tu ne dois pas céder aux sentiments ! »

Mais c’en était trop. Submergée, elle éclata en sanglots, des spasmes violents secouant son corps meurtri, de grosses larmes traçant de profonds sillons dans la couche de poussière qui recouvrait son doux visage déformé par la tristesse.

Tout perdu ! Elle avait tout perdu, ses amies, ses amants, mais aussi son insouciance et sa joie de vivre, même son nom et son histoire soigneusement effacés par l’efficace Asturia. Elle avait cru que la défense des portails Asura contre cette incursion de Destructeurs occuperait son esprit, que l’accueil chaleureux des géants Norn compenserait la perte de sa famille, qu’elle aurait la force et l’orgueil pour surmonter la solitude. Mais le temps de la fierté avait vécu. Que n’aurait-elle donné pour sentir encore une fois, juste une fois la présence d’un moine derrière elle au combat... de SON moine ?
Aujourd’hui elle ne supportait plus l’absence de guilde, de véritables compagnons à qui se fier, à soutenir.

La magicienne dénoua le ruban qui lui retenait les cheveux, se soulageant un instant de la tension imposée par sa coiffe. Au loin les silhouettes de ses mercenaires en route vers le sud apparurent une dernière fois sur la colline. Koss resta le dernier, ombre immobile découpée sur le ciel gris, puis disparut à son tour. Imiria soupira. Elle avait conscience du désarroi de son fidèle garde du corps mais sa décision était prise. Elle s’en remettrait aux dieux. S’ils le désiraient, elle rencontrerait de nouveaux compagnons, une nouvelle guilde. Sinon...

Enfin seule sur le champ de bataille, insipides mercenaires et fidèles héros renvoyés à leurs foyers, Imiria Lynn pleurait enfin, évacuant son chagrin.
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Sam 14 Mar 2009, 12:13

Neuvième tableau





La piste disparaissait ici, une fois encore effacée par les traces d’un furieux combat. Il faudrait perdre des heures à chercher ses empreintes légères, à peine marquées sur le sol pourtant détrempé. Le petit homme trapu essuya d’un revers de manche la pluie glaciale qui inondait son visage, ruisselant de son front dégarni, à peine ralentie par ses épais sourcils noirs. Maudissant le climat nordique et ce crépuscule éternel, il appela d’un geste les combattants engagés pour le protéger.
Ming laissa les mercenaires fouiller les lieux et soupira. Sa condition de moine soigneur l’obligeait à supporter la compagnie de ces brutes épaisses, surtout dans ce territoire inconnu, et l’Elémentaliste du groupe relevait à peine le niveau. Son regard s’attarda cependant sur la silhouette de la jeune fille, si voisine et pourtant si différente de la femme qu’il poursuivait.

La bataille avait du être féroce. Les cadavres monstrueux des envahisseurs jonchaient le sol, souvent enchevêtrés en tas de chair brûlée. Les guerriers s’approchèrent avec circonspection, inspectant chaque corps à la recherche d’un éventuel survivant ou d’un homme à enterrer mais seuls les soldats du chaos semblaient avoir été appelés par la grande faucheuse. La jeune magicienne ouvrit de grands yeux étonnés et fut prise d’un long frémissement. Un peu choquée, elle réalisait quel chemin il lui restait à franchir avant de pouvoir déchaîner le feu comme l’avait fait son aînée ici. A ses cotés, le sombre nécromant bavait, avide de chair à animer, regrettant sans doute que la mort soit trop lointaine pour qu’il puisse exercer son art.

Ming sourit et ferma les yeux. Il revoyait Imiria, le corps tendu lévitant au-dessus du sol en pleine concentration avant que son coup de rein ne fasse jaillir les flammes de ses doigts tendus. Il l’imaginait en cette terre aride, prise dans ce piège tendu par l’ennemi, retournant contre eux ses pouvoirs, transformant ce qui devait être une facile embuscade en une terrible hécatombe. La confrontation était récente, deux jours tout au plus. Ming se rapprochait. Après quatre ans de recherche, quatre ans de traque, jamais il n’avait été plus proche de la retrouver.

Quel genre de femme pouvait-elle être maintenant ? Quel niveau de magie avait-elle atteint ? Et surtout, l’âme noire qui l’habitait depuis son agression l’avait-elle enfin quittée ? Il avait connu l’Imiria d’avant, tout en charme et en joie de vivre, l’Imiria au cœur généreux. Puis était venue l’Imiria d’après, toute en sombres pensées, exigeante, haineuse, acharnée même.

Il secoua la tête, chassant le souvenir pour revenir au présent. Les mercenaires assis en rond autour d’un maigre feu profitaient de sa rêverie pour enfin souffler un peu. Le moine décida de les laisser se reposer et partit seul inspecter les abords, cherchant de ses yeux fatigués les traces du départ d’Imiria et de ses compagnons.
La piste. Chercher la piste et la suivre vite, très vite pour la rattraper.

Il n’eut que peu de mal à la trouver mais la direction prise par le petit groupe l’étonna : ils revenaient en direction de la ville, vers au sud au lieu de continuer au nord-ouest comme précédemment. La raison de ce changement d’objectif lui échappait. Ming ne comprenait pas mais d’un autre coté ce revirement l’arrangeait : il serait plus facile de maintenir une marche forcée en territoire connu et en grande partie dégagé des forces ennemies. Il fit mine de se tourner vers le campement improvisé de ses serviteurs mais arrêta net son mouvement. Le sang avait quitté son visage. Se jetant à genou sur le sol trempé, sans ménagement pour sa tenue si précieuse et si fragile il interrogea la terre, suivit les traces de pas en se traînant à quatre pattes. Il gémit. Le doute n’était pas permis. Tous les membres du groupe étaient partis par ce chemin, tous sauf un : la magicienne ne les accompagnait pas. Terrifié à l’idée d’avoir encore perdu la piste, Ming entreprit une fouille fébrile des environs, le cœur battant d’inquiétude et de désarroi.

Il lui fallut plus d’une heure pour trouver de légères empreintes de boue s’éloignant vers le nord à partir d’un rocher plat surmontant le champ de bataille. Epuisé aussi bien nerveusement que physiquement, le petit homme s’assit la où elle avait pris du repos après le combat. Il sentait presque sa présence à ses cotés, comme au temps où la guilde était unie et puissante, comme au temps où elle consacrait des heures à l’aider dans son apprentissage, le temps où elle lui laissait croire qu’il lui était indispensable. Le moine se lassa aller, voyageant dans le passé, submergé par les souvenirs.

La réalité le rattrapa, violente comme un coup de poing, lui tordant les entrailles. Il avait retrouvé sa piste, oui, mais elle était partie seule. Ses mercenaires l’avaient-ils quittée ? Ou bien les avait-elle renvoyés ? Il connaissait la réponse, même s’il la refusait, même s’il en niait les implications. On ne quittait pas Imiria si facilement. Elle les avait libérés, il en était certain. Or même une Elémentaliste aussi expérimentée qu’Imiria ne pouvait affronter seule un groupe important de soldats du chaos. Sans moine pour la soutenir, sans guerrier pour lui éviter le contact, sans l’appui d’autres sorciers toute sa puissance destructrice ne suffirait pas à lui éviter la défaite et de graves blessures. Ming le savait, elle le savait aussi. Elle ne pouvait donc avoir renvoyé ses protecteurs par hasard ou par erreur. La magicienne avait renoncé. Elle s’en remettait aux dieux, elle allait à la mort..

Le petit homme trapu essuya d’un revers de manche une larme naissante. Quatre ans de recherche, deux jours de retard. Deux jours de trop. Il allait échouer, retrouver son cadavre, son corps déchiqueté, son âme disparue dans les limbes à jamais. Il arriverait trop tard pour la soigner, trop tard pour la rappeler, trop tard pour l’aider.

A moins... à moins d’un miracle, qu’elle arrive à survivre et qu’il aille vite, très vite pour se porter à son secours.

Ming se redressa, son regard implorant les dieux tourné vers le ciel, puis se précipita vers le camp de ses mercenaires. Ils iraient à marche forcée, sans dormir, sans même une halte pour manger, ils iraient au bout de leurs forces, au-delà de leurs limites pour arriver à temps, pour arriver avant, avant le dernier combat d’Imiria Lynn.


Dernière édition par Imiria le Mar 17 Mar 2009, 10:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Mar 17 Mar 2009, 10:09

Dixième tableau



Le canyon s’étendait au loin, se rétrécissait dans la brume pour devenir indistinct à quelques centaines de mètres à peine. Ming leva la tête. Le ciel pour une fois sans nuage rougissait à l’approche du crépuscule et pourtant le tonnerre retentissait devant eux. Aucun doute, le claquement des sorts était seul à rompre le silence. Le petit homme trapu se tourna vers ses compagnons, la fureur de l’urgence dans les yeux. Leurs traits étaient tirés par trois journées de veille, leurs membres fourbus, leur souffle court, mais ils se plieraient à cette dernière demande.
« Courons ! Courons comme si l’avenir du monde en dépendait ! »




La magicienne enchaînait les sorts, satisfaite de sa ruse. Elle n’aurait eu aucune chance en terrain découvert mais l’étroitesse du défilé rendait impossible à ses adversaires une attaque sur plusieurs fronts. Un seul pouvait essayer de l’atteindre mais ses sorts transformaient en enfer le point de contact. Ils s’y briseraient un à un. Elle connaissait cette sensation, ce sentiment de puissance absolue, de fusion avec la magie, d’invincibilité. Ils étaient morts.

Elle reprit l’incantation de pluie, rempart de feu leur interdisant tout contact. Son corps tendu encaissa quelques coups sans faiblir. Tout allait bien quand elle se trouva soudain projetée au sol, interrompue dans son incantation. Elle eut juste le temps de lever son Koosun pour dévier un coup de hache mortel, roula sur elle-même et se releva d’un bond. Elle lâcha le phénix et le guerrier se consuma. Un autre venait. Elle invoqua Rodgort pour repousser les ennemis qui s’infiltraient par la brèche mais se retrouva à terre, encore interrompue. Elle leva son bâton, réussit de nouveau à arrêter un coup de taille mais il lui échappa.

Imiria regarda le Koosun rouler au loin, perdre son éclat comme il quittait sa main affaiblie. Elle sourit, de ce demi-sourire qui autrefois faisait son charme et courut, tournant le dos à ses adversaires. Elle se savait trop faible, incapable de les distancer, mais elle irait au bout, jusqu’au bout de ses forces. Le sang coulait à flots sur ses jambes mortes. Elle se sentait si faible, si lente.

Le sifflement familier d’une tempête de feu couvrit un instant le bruit des pas de ses poursuivants. Elle sentit le baume d’une prière de guérison lui caresser le corps et vit un guerrier se ruer à l’assaut, interposer son corps entre elle et les créatures du chaos. Un miracle ? Elle fit face, rassemblant ses ressources pour soutenir ses sauveurs, soulagée : il ne serait pas dit qu’Imiria Lynn mourrait dos au combat. A ses cotés une jeune élémentaliste lui jeta un regard approbateur et complice. Puis elle ne pensa plus qu’à déchaîner le feu, à tuer, à gagner. Que savait-elle faire d’autre ?

Ce n’est que quand le dernier monstre tomba qu’elle remarqua le petit homme trapu rayonnant de joie malgré d’énormes cernes noires, ce visage qu’elle pensait ne jamais revoir. Ming ne la quittait pas des yeux bien que s’activant à soigner les plaies des mercenaires épuisés qui l’accompagnaient. Il fallut attendre que l’adrénaline tombe et que le camp s’organise pour la nuit avant qu’ils puissent échanger un mot, que leurs gorges se dénouent.



« J’ai mis du temps à te retrouver Imiria, tant de temps... »
« Comment as-tu pu ? demanda la magicienne. Elle pensait n’avoir laissé aucune trace, aucun indice. »
« Un jour quelqu’un m’a dit que si l’on voulait très fort quelque chose... commença le moine trapu tout en caressant d’une main tremblante son crâne dégarni »
« Il fait si froid, commenta-t-elle, juste désireuse de sortir de l’émotion des retrouvailles. »
« Ce n’est que l’humidité d’une nuit de printemps. Je ne crois pas que les ténèbres perdureront. »

Il marqua une pause puis reprit d’une voix peu assurée.
« Imiria, je suis le dernier maître des Seigneurs de Dwayna. Je garde le domaine, mais la place à notre tête t’attend. Reviens, je t’en supplie. Tu nous manques, tu me manques... et tu mérites un peu de repos. »

Touchée la magicienne baissa la tête pour cacher ses larmes.
« On m’a envoyée pour sauver l’Empire Ming, mais pas pour moi. Comment reprendre le cours de son ancienne vie ? Comment continuer quand dans son cœur on commence à comprendre qu’on ne peut plus retourner en arrière ? Il y a des choses que le temps ne peut pas cicatriser, des blessures si profondes qu’elles se sont emparées de vous. »

La main du moine s’égara et saisit celle de l’élémentaliste.
« Puisse-tu connaître cette paix à laquelle tu as droit. »
« J’irai la chercher mon ami. »
« N’abandonne pas Imiria. »
« Jamais ! »

Ils restèrent plusieurs minutes ainsi, les corps à peine reliés par quelques doigts et l’esprit si proche qu’aucune des pensées de l’un n’échappait à l’autre.

« Demain je pars avec toi Imiria. Je t’accompagnerai jusqu’à ce que tu trouves cette paix. »
« Demain je m’enfonce dans des souterrains inconnus Ming, un royaume tellurique qui je l’espère deviendra ma nouvelle maison, m’accueillera comme une nouvelle famille. A ses portes, je n’aurai pas besoin de toi. Et Asturia sera toujours la pour me soutenir si un jour j’en éprouve le besoin.»

Ming soupira.
« Tant de jours à te chercher pour te reperdre si vite. »
« Quoi que nous fassions le souvenir demeure. Nous ne serons jamais si loin. »
« Les souvenirs font mal. »
« Oui, mais ils ne remplissent pas une vie, c’est pourquoi il nous faut chercher ailleurs, toi comme moi petit moine. »

Il sourit au rappel de ce surnom et les images de ses débuts de soigneur remontèrent. Elle répondit à son sourire, puis ils s’endormirent l’un contre l’autre pour se réchauffer comme au temps anciens, pour une dernière nuit, un dernier partage.
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Imiria
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MessageSujet: Re: Imiria Lynn et les légendes des hommes du Nord   Mer 25 Mar 2009, 10:30

Epilogue



Le souffle court, le conteur s’accorda quelques secondes pour reprendre ses esprits. Même au bout de tant de représentations, même après tant d’années il ressentait toujours la même émotion à la fin de son récit. Il cligna plusieurs fois des yeux pour sécher ses larmes, frissonna en prenant conscience du froid et serra sur son cou le grand manteau Norn. Le ciel commençait juste à s’éclaircir. Le soleil pointerait bientôt. Elle avait tant aimé les lueurs de l’aube...
Il reprit.



« Ici finissent les récits du Sud, ici commencent les légendes du Nord. De nombreuses sagas Norn relatent le passage d’Imiria parmi vous, sa lutte contre les destructeurs, ses explorations de donjons, ses patrouilles pour la protection des voyageurs. Au sud, on dit qu’on l’a encore vue venir seule à bout des hordes de Jennur, et même repousser l’assaut contre le Bastion de Dzagonur. Mais sa trace s’arrête aux portes du royaume souterrain.

Aujourd’hui, la guerre est loin et les héros oubliés. Seules restent leurs légendes, leurs histoires, comme celle d’Imiria Lynn.
Elle ne fut ni la meilleure, ni la plus puissante, ni l’élémentaliste des plus grands exploits..
Elle fut juste humaine, une petite fille qui rêvait de chevalerie et d’exploits, d’Eowin et de la dernière charge des cavaliers du Rohan. Elle fut juste une femme, amoureuse de la vie, de la loyauté et des hommes.

Alors que le souvenir de tant de braves s’est effacé, alors que son désir fut de disparaître, restent les traces indélébiles de son passage, restent ses écrits soigneusement conservés dans les coffres de l’Empire, reste un parfum de vie teinté de nostalgie, reste l’histoire d’Imiria Lynn. »



Le conteur passa une main sur son crâne dégarni et observa les visages graves des Norns toujours immobiles. Le silence total qui accueillait la fin de son récit lui glaça le sang. Allait-il pour la première fois être humilié ? Où avait-il failli ?

Lentement, les Norns se levèrent. Ils prirent une position étrange, le buste plié, les mains sur les genoux. Le silence revint, total, presque terrifiant. Puis la foule immense des géants frappa ses cuisses, comme un seul homme. Tous ensemble, du plus humble au plus grand chef, tous les yeux tournés vers lui, sur un rythme lent ils frappaient leurs jambes. Les claques retentissaient comme la foudre qui tombe. Le petit homme trapu se sentit honoré, acclamé comme il ne l’avait encore jamais été car les hommes du Nord réservaient cette ovation aux plus estimés de leurs héros.

Puis, lentement, sans cesser de frapper, Olaf et les chefs Norn se détournèrent, et tous pivotèrent vers les bancs des étrangers, des hommes du Sud. Les claquements redoublèrent d’intensité. Désorienté le conteur chercha des yeux le centre de ce cercle, et il vit.

Il vit la vielle femme impotente, l’épouse du vieux combattant se lever de son siège et léviter droite et fière. Il la vit ôter le voile qui lui dissimulait le visage et dénouer le ruban qui maintenait ses longs cheveux. Il vit son vieux compagnon Asturia s’aider du vénérable Koosun qu’elle tenait pour se lever aussi. Et enfin il distingua les rides qui se formèrent aux coins de ses yeux bleu sombre quand elle lui adressa un demi-sourire malicieux.

Alors le conteur laissa échapper un sanglot de joie et arracha l’épais manteau Norn qui le protégeait du froid. Sa tunique de moine élimée reçut les premiers rayons du soleil levant au même instant que les longs cheveux blonds et blancs de la magicienne.
Et Ming se joignit à l’hommage des Norn.

FIN
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